‹ Discours et panégyriques (volume 3)Chapitre 66 sur 71 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

MORT DU T. R. P. LÂCORDAIRE

Allocution prononcée dans l'église Saint-Augustin, à Paris, le 29 novembre 1880.

Messieurs,

Je n'ai point à vous dire pourquoi nous sommes ici, vous ne le savez que trop. Les sinistres événements qui ont dispersé, avec tant d'autres religieux, la famille dominicaine, en imposant silence à ses prières publiques, devaient, du même coup, supprimer l'hommage solennel qu'elle rend chaque année, depuis bientôt vingt ans, à la mémoire de son illustre et bien-aimé restaurateur, notre père

et votre ami. Mais vous avez cherché, demandé et obtenu pour notre deuil commun une hospitalité sainte ; je vous en remercie du plus profond de mon cœur, et je prie ceux qui vous ont accordé cette hospitalité de prendre dans notre reconnaissance la large part qu'ils méritent.

Vous m'avez appelé à cette triste fête de la piété filiale; qu'attendez-vous de moi? Un panégyrique pompeux de l'orateur incomparable qui passionna votre jeunesse, du moine ardent et saint qui fît, au nom de la liberté, une trouée immense dans les préjugés du siècle, et parvint, à force de prestige, à assurer, en France, à la vie religieuse, près de quarante années d'une existence tranquille et respectée? Hélas ! mon cœur navré n'est pas à la hauteur de cette tâche. Je vous renvoie aux pages émouvantes que de pieux amis ont écrites sur la vie publique, la vie intime et la vie religieuse du très éloquent, très vertueux et très vénérable Père, Frère Henri-Dominique Lacor- DAiRE, des Frères-Prêcheurs, lumière et édification de ses contemporains, instrument béni de la Providence pour la restauration de

l'Ordre de Saint-Dominique et des familles religieuses en France.

Semblable aux proscrits qui, pour tromper les douleurs de l'exil, invoquent la douce et chère image de la patrie absente, je viens, près de notre grand mort, me rappeler la patrie spirituelle qu'il m'a ouverte et où j'ai joui, pendant vingt-cinq années, du plus grand bonheur de ma vie ; je viens demander aux sentiments qui l'ont animé dans sa noble et sainte entreprise une espérance pour l'avenir.

Au printemps de l'année 1839 parut un mémoire commençant par ces mots : « Mon pays,

(( pendant que vous poursuivez avec joie et

(( douleur la formation de la société mo-

(( derne, un de vos enfants nouveaux, chrétien

« par la foi^ prêtre par l'onction traditionnelle

(( de l'Église catholique, vient réclamer de

« vous sa part dans les libertés que vous

(( avez conquises et que lui-même a payées.

« Il vous prie de lire le mémoire qu'il vous

(( adresse ici, et, connaissant ses vœux, ses

(( droits, son cœur même, de lui accorder la

« protection que vous donnez toujours à ce

(( qui est juste et sincère. » Ce mémoire, après une courte et saisissante apologie de la vie religieuse, proposait à la France le rétablissement de rOrdre des Frères-Prêcheurs ; il était signé Henri-Dominique Lacordaire.

Touché par le souffle de l'incrédulité, sans que la pureté de son cœur en eût été altérée, et tout entier à l'ivresse de sa foi reconquise par un sincère amour et une loyale recherche de la vérité; doué d'une imagination ardente, tempérée par la froide raison d'un philosophe : imagination et raison servies par une parole soudaine, vive, pleine de magie ; ami passionné de son siècle et fils obéissant de l'Église; pénétré du sentiment de sa dignité et toujours prêt à inventer des supplices pour châtier l'orgueil; cœur rempli de tendresse et timidement caché derrière les remparts d'une sage réserve; ami fidèle et généreux, mais ne reculant pas devant les plus rudes sacrifices du cœur pour ne pas trahir la sainte cause de Dieu ; fougueux dans l'entreprise et calme dans la contradiction ; sensible aux blessures de l'amitié et laissant s'user tranquillement sur son âme d'acier les morsures de l'envie; sévère amant

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de la justice et de riionneur et prompt à pardonner au repentir ; modeste en ses désirs et pourtant dévoré de l'ambition de convaincre les égarés et de les conquérir à la vérité, à la vertu, à la grâce de Dieu ; capable de provoquer des admirations enthousiastes et de porter sans fléchir le poids de la gloire ; parlant peu de son tendre amour pour Dieu et lui faisant dans l'ombre d'héroïques libations de son sang: tel était le P. Lacordaire. Dieu avait bien choisi son ouvrier.

L'ouvrier, aussi, avait bien choisi ses points d'appui pour Tédifice qu'il voulait construire. (( Nous ne désespérons pas de nous, disait'-il, (( même en face de tous les obstacles- exté- « rieurs. Nous avons confiance à Dieu qui (( nous appelle et à notre pays. »

Cette double confiance à Dieu et au pays, nous la retrouvons, Messieurs, dans l'âme de tous les fondateurs et restaurateurs d'Ordres religieux. Le maître des vocations, l'inspirateur des grandes oeuvres tient sa grâce toute prête, pour soutenir le courage de ses travailleurs et assurer le succès de leurs efforts, et à cette grâce correspond toujours un instinct et

un besoin des peuples chez lesquels s'établissent les familles religieuses. Pénétré de la grâce de Dieu qui l'appelait, le P. Lacordaire crut entrevoir, à travers les préjugés de son pays, l'instinct et le besoin qui devaient favoriser sa sainte entreprise : l'instinct du droit acquis par la liberté religieuse de prendre sa place parmi les libertés publiques dont on vantait la conquête; le besoin d'entendre une parole neuve et ardente au service des vérités anciennes, presque toutes démolies par les sophismes de l'incrédulité dans les esprits qui se glorifiaient de quelque culture.

Il ne se trompait pas. Mises en demeure de se prononcer sur un appel à l'opinion, contenant l'étrange proposition de ce replanter sur (( le sol français une institution depuis longce temps calomniée dans son fondateur et « dans sa postérité, » la tribune et la presse gardèrent le silence, reculant devant l'insigne malhonnêteté de prôner la liberté et de la refuser à qui la demandait franchement, en invoquant les dispositions même de l'esprit public. Mais, quand, revêtu de l'habit dominicain, l'auteur du mémoire eut repris possession des âmes

que sa parole magique avait enivrées, alors qu'il n'était que prêtre séculier, le silence fut rompu. Un long cri d'admiration retentit à travers la France, étouffant les clameurs effarées et les mesquines critiques des trembleurs et des jaloux. La cause des Frères-Prêcheurs était gagnée.

Du côté de Dieu la confiance avait porté ses fruits. Touché par la grâce, un petit troupeau de disciples, jeunes et pleins d'ardeur, s'était réuni autour du maître, et l'avait suivi jusqu'à la ville sainte où se conservaient les traditions de la vie dominicaine. Leur noviciat fut éprouvé par la contradiction, comme sont éprouvées les œuvres divines, mais leur humble soumission triompha de toutes les défiances, et la mort choisit bientôt parmi eux de saintes victimes, invisibles fondements du grand édifice qui devait s'élever en France.

C'est à Nancy que se fonda le premier couvent de la restauration, dans la maison d'un ami qui se donnait lui-même en donnant ce qu'il possédait. Tout y était bien modeste; mais les commencements du royaume de Dieu

qui devait envahir la terre n'ont-ils pas été comparés par le Sauveur à la plus petite des semences ?

Après Nancy, Chalais, vieil asile de moines, bâti dans la montagne, entre des rochers, des forêts et des prairies, sur un plateau tour à tour inondé de soleil et caressé par les nuages, adossé à des pics couronnés d'arbres séculaires, ouvert sur les vallées et les plaines fertiles qu'arrosent l'Isère, la Saône et le Rhône. Riante solitude,, au-dessus de laquelle planaient les aigles invitant l'âme à s'élever vers le soleil éternel, où l'on entendait l'écho lointain des pas et des voix des enfants de saint Benoît et de saint Bruno. Leur cloître et leur église étaient encore debout, et, dans sa flèche ruineuse, leur cloche muette attendait que la main d'un novice l'ébranlât pour appeler à la prière les enfants de saint Dominique.

C'est là que vint s'abattre discrètement le religieux essaim d'où devaient partir tant de glorieuses ruches. Les hommes d'État s'émurent et, par des lettres confidentielles, ils invitèrent les évéques à « user de leur pacifique

(( intervention pour faire avorter les desseins (( de M. l'abbé Lacordaire, et pour arrêter « des entreprises qui n'auraient d'autre résul- « tat que de nuire essentiellement aux inté- « rets de la religion ^ » Les évêques savaient à quoi s'en tenir sur les intérêts essentiels de la religion. Leur pacifique intervention s'exprima par des réponses adroites, d'un côté, et, de l'autre, par des bénédictions. Les hommes d'Etat se turent, n'osant pas évoquer, devant une opinion libérale, — on avait de l'honneur alors, — le spectre des lois existantes. Quand ils eurent, à quelque temps de là, le triste courage de rappeler ces lois contre un ordre plus avancé que le nôtre dans sa restauration, il leur fut répondu par une célèbre consultation que signèrent les plus savants jurisconsultes de France, parmi lesquels... mais je me suis promis de ne mêler aucune récrimination à mes souvenirs.

Du reste un nouveau cri de liberté allait bientôt retentir. N'était-il poussé que par des

1. Lettre de M. Martin du Nord, garde des sceaux, à Mgr Breuillard, évoque de Grenoble.

voix sincères ? Il n'importe, S'il y eut, en 1848, des surprises, elles tournèrent au profit de la chose promise par les Chartres depuis plus d'un demi-siècle. L'habit des Frères-Prêcheurs put se montrer publiquement, et leur noviciat, caché aux extrémités du désert de la Grande- Chartreuse, put descendre en des lieux plus accessibles.

Dans la Côte-d'Or, patrie du P. Lacordairc, en face de la colline fameuse au pied de laquelle expira la liberté des Gaules, une petite ville qui fut pendant la Ligue le refuge de la liberté du Parlement de Bourgogne vit alors s'affirmer la liberté religieuse. C'est Flavigny, nid fortifié des moines et des seigneurs du moyen âge, riche encore de leurs souvenirs. Flavigny, séjour cher à mon cœur, piscine sacrée où je reçus un second baptême, le baptême de la vie religieuse. On ne se cachait plus. Les entraves administratives, tout à coup brisées, laissaient passer, joyeuse et pleine d'espoir, la jeunesse qui voulait se consacrer à Dieu; et, de la route tortueuse qui sillonne les coteaux et la vallée, on pouvait voir, sur les anciens remparts qui leur servaient de jardin,

les iils de saint Dominique promener leur robe blanche et entendre leurs saints cantiques.

On se cachait bien moins encore à Paris même, dans cette ancienne maison des Carmes, où le P. Lacordaire vint, quelque temps après, installer sa famille. Ce n'était plus la horde sanglante des égorgeurs de septembre qui assiégeait l'église et le couvent, mais une foule curieuse et bienveillante, avide de contempler la résurrection de cet Ordre qu'on lui peignait, depuis longtemps, sous des traits odieux, et qu'elle trouvait aimable et sympathique.

Quatre couvents étaient fondés. C'était plus qu'il ne fallait pour l'érection d'une Province. L'acte de cette érection fut signé le 15 septembre 1850. L'illustre et vénérable Province de France, gouvernée par son restaurateur, reprit dans l'Ordre son rang et ses droits. Quinze jours après, un bref pontifical instituait un de ses nouveaux enfants, le sage et pieux P. Vincent Jandel, vicaire général de tout l'Ordre. « C'est un grand honneur pour nous, écrivait, à ce sujet, le P. Lacordaire, pour nous qui avons à peine quelques années

d'existence, et que le vicaire de Jésus -Christ proclame hautement, par un choix extraordinaire, comme le rejeton vivant de l'Ordre de Saint-Dominique, c'est pour moi la récompense la plus précieuse de tous mes travaux... Le P. Jandel, c'est moi-même. »

Oui, c'était lui-même! C/ était quelque chose de sa vie qu'on allait infuser dans un corps allangui. Il aurait pu chanter leNunc dimittis sur ce grand triomphe de ses efforts.

Mais Dieu lui réservait de greffer une branche nouvelle sur l'arbre dominicain, par par l'institution du Tiers-Ordre enseignant et de jouir, en lui, d'une liberté pour laquelle il avait vaillamment combattu, pendant sa jeunesse, la liberté d'enseignement. Il la vit fleurir dans les collèges d'Oullins et de Sorèze, où son coeur paternel put contenter le tendre amour dont il était rempli pour la jeunesse.

Plus grande faveur encore ! Toulouse, ville aimée de saint Dominique, berceau de sa famille religieuse et tombeau de l'angélique docteur Thomas d'Aquin, Toulouse lui demanda une colonie de Frères-Prêcheurs. De toutes les bénédictions, auxquelles il était accoutumé

depuis dix ans, ce fut celle qui lui alla le plus au fond du cœur et qui l'attendrit davantage. f( Il me semble, disait-il, que c'est le couronnement des grâces que Dieu m'a faites dans ma vie et qu'il n'y a plus rien au delà, si ce n'est de ne pas me montrer trop indigne, dans les jours qui me restent, de ce que j'ai reçu si gratuitement. »

L'ouvrier de Dieu avait bien travaillé. Pendant qu'il se reposait dans les embrassements d'une jeunesse pleine d'admiration pour son génie, d'estime pour son grand caractère et de vénération pour sa pitié, la Province de France continuait son œuvre. Bordeaux, Dijon, Mazères venaient enrichir son patrimoine, et la seconde ville de France, Lyon, voyait éclorele germe d'une nouvelle Province.

Rappelé au gouvernement, le P. Lacordaire paya sa bienvenue par la conquête du couvent royal de Saint-Maximin, un des joyaux de notre antique couronne, du tombeau de sainte Magdeleine, protectrice de l'Ordre, et de la grotte vénérée, où, dans la compagnie des anges, l'austère amante du Sauveur attendit pendant trente ans le dernier appel de son

bien-aimé. Saintement fier de cette conquête, il voulut la chanter par un poème en l'honneur du Christ miséricordieux et de la grande pénitente; et, comme s'il eût eu l'instinct de sa fin prochaine, il traça ces paroles prophétiques : (( Puissé-je écrire ici ma dernière ligne, et comme Marie-Magdeleine, Tavant-veille de la Passion, briser aux pieds de Jésus-Christ le frêle et fidèle vase de mes pensées. »

Au moment où il déposait la plume, la mort vint le frapper au cœur et lui ouvrir les portes de l'éternel repos.

Dormez, Père bien-aimé! dormez sous la froide dalle de votre tombeau de Sorèze; vous n'êtes pas mort tout entier. Tout ce qui se fait après vous est pénétré de votre souffle restaurateur. Marseille, Lille,Le Havre,Langres, le second couvent de Paris, Carpentras, Poitiers, Angers, Arcueil, Saint-Brieuc, Coublevie, les quatre Provinces dominicaines de France, d'Occitanie, de Toulouse, du Tiers-Ordre, c'est votre oeuvre !

Que dis-je, Messieurs? L'œuvre du P. Lacordaire est plus vaste que la Province qu'il a restaurée et que l'Ordre auquel il a inoculé une vie

nouvelle. Quand il écarta les plis de son manteau et montra au siècle étonné sa robe blanche, il s'écria : « Moi qui viens à vous, je suis une liberté ! » Ce cri audacieux retentit dans les âmes qui essayaient timidement des restaurations. Enhardis par l'appel de l'intrépide pionnier qui se jetait en avant et les couvrait de gloire, tous les Ordres s'écrièrent avec lui : (( Nous sommes une liberté ! » Et l'on vit la vie religieuse refleurir en France sous tous ses aspects.

Ah ! c'était trop de gloire ! Vous qui mouriez heureux en présence d'un édifice si laborieusement construit; vous qui dormiez tranquille au milieu des religieux progrès auxquels votre grande âme avait donné l'élan, Père, levez-vous et voyez ce qu'on a fait de votre œuvre! Partout des portes brisées, des maisons dévastées, des sanctuaires scellés, des cellules vides, des citoyens libres violentés, des congrégations d'hommes paisibles, qui priaient et faisaient le bien ensemble, dispersées comme on disperse des associations de malfaiteurs, les

fruits de quarante années d'un travail honorable détruits par une tempête administrative. Hélas! je n'ai vu qu'une scène de ce lugubre drame, et c'est assez pour remplir mon cœur d'une inconsolable douleur que ravivent sans cesse mes souvenirs. Je crois entendre encore ce cri sinistre : (c Les voilà ! » et les pas de la troupe humiliée qui vient faire le siège d'une maison inoffensive, et les cris du peuple qu'on refoule, et les sommations altières de l'arbitraire, et les vains appels faits à la justice, et les protestations indignées de l'honneur, du droit et de la liberté, et les truands qui s'écrient : (( A l'ouvrage! » et les coups retentissants des haches et des marteaux, et les lourdes pesées des pinces, et le bruit strident du fer qui se brise, et les craquements du bois qui vole en éclats, et ces cris impérieux : « En avant ! sortez ! emportez ! » et les voix douces et fermes qui protestent. — Je vois encore sortir, l'un après l'autre, entre deux soldats habitués à conduire des scélérats et honteux, en ce jour, de coudoyer un honnête homme, et les vétérans de la vie religieuse et les jeunes recrues qui en goûtaient les premiers charmes;

je vois les larmes qui coulent, et les gestes désolés qui disent adieu aux chers sanctuaires de la méditation et du travail, et les pieuses génuflexions sur le seuil des portes rompues, et les embrassements de Tamitié navrée, et la foule qui jette des fleurs et des couronnes et crie : « Au revoir ! » à des gens qui ne savent ce qu'ils vont devenir. Je vois encore mon Dieu chassé de son tabernacle et sa demeure scellée comme la chambre d'un mort. Je me retrouve seul dans ces grands cloîtres tant de fois sillonnés par les pas graves et discrets de toute une communauté qui va à la prière, au travail, à la réfection, à la joie, au repos; je rôde encore autour de l'église tant de fois animée par le chant religieux des hymnes et des psaumes. Je cherche, j'écoute... et je ne trouve plus rien, je n'entends plus rien..., rien que la solitude et le vide, rien que les gémissements du vent dans ce désert, bruit mystérieux et sombre que mon âme troublée prend pour les cris plaintifs des pauvres innocents qu'on

a chassés et qui demandent à rentrer Mon

Dieu! mon Dieu! J'ai le cœur encore plein de larmes et de sanglots. Quel coup vous avez

frappé ! Et nous en sommes tous, tous, affreusement meurtris !

Amère dérision ! Tout cela s'est passé non loin des édifices sur le frontispice desquels on lit ce mot plein de promesses : Liberté ! — Mais qu'est-ce donc que la liberté ? Ah ! ce n*est plus le rêve doré des nobles âmes qui croyaient triompher facilement des énergies du mal, en brisant les entraves qui contenaient les énergies du bien; c'est le cauchemar d'une race ivre de la haine du Dieu qui condamne ses appétits, et impatiente de se débarrasser de tout ce qui le représente. La liberté! ce n'est plus la riante et large promesse des Chartres et des codes; c'est le réveil surnois des lois oppressives qui dormaient oubliées et méprisées dans les archives administratives. La liberté ! ce n'est plus le pavillon protecteur qui flotte sur la conscience, la demeure, la personne de tous les citoyens honnêtes, pour couvrir leur inviolabilité; c'est le drapeau sinistre qu'on montre aux révoltés que la justice a bannis, pour leur dire : (c Revenez, » aux hommes paisibles, dévoués, soumis au gouvernement que le peuple se donne, pour leur

dire : « Allez-vous-en. )) La liberté ! ce n'est plus le vaste et loyal chemin où peuvent circuler, sans se froisser, tous les droits et toutes les aspirations légitimes ; c'est la voie scélérate par où Ton arrive au pouvoir, pour étouffer opportunément les libertés dont on veut se défaire, surtout celles des hommes de Dieu.

Mort bien-aimé ! Vous ne 'comptiez pas sur ces étranges renversements des idées et des faits quand vous disiez à votre siècle : « Je suis une liberté ! » Ne vous êtes-vous pas trompé en vous confiant à Dieu et à votre pays ? Dieu abandonne vos enfants et le pays les chasse.

Non, Messieurs, non, leP.Lacordaire ne s'est pas trompé. Si notre courte sagesse ne peut voir le fond des desseins de Dieu, elle doit compter sur sa justice et sur son infinie miséricorde.

Dieu a-t'il voulu châtier les familles religieuses des défaillances d'une vie que son amour jaloux trouvait trop imparfaite? Je n'en sais rien. — Ne les a-t-il dispersées que pour les préserver de quelque sanglante catastrophe? Je n'en sais rien. — N'a-t-il permis leur malheur que pour révéler à ceux qui en

faisaient peu de cas l'estime profonde et les généreuses sympathies qu'elles ont conquises par toutes sortes de dévouements? Je n'en sais rien. — Ne les fait- il passer au creuset de la tribulation que pour les purifier et les rendre plus propres au travail de régénération qu'il médite pour notre pays ? Je n'en sais rien. Mais, je sais que s'il permet qu'on froisse et qu'on déchire la page vivante sur laquelle il fait lire au monde les conseils évangéliques, il ne la laissera pas détruire ; je crois qu'il n'a pas engagé tant de grâces du ciel et tant de vertus de la terre dans une restauration religieuse pour l'abandonner sitôt aux fureurs de l'impiété ; j'espère que sa tendre pitié se laissera émouvoir par une infortune dignement et saintement supportée; j'ai confiance en sa justice autant qu'en sa miséricorde, et, aujourd'hui, 29 novembre 1880, au nom de toutes les familles religieuses en souffrance, je prends, près de son infaillible juridiction, un arrêté de conflit, et j'attends une sentence qui réformera bientôt, je l'espère, les jugements des hommes, si facilement trompés par les préjugés et la passion.

Comme mon Père Lacordaire, j'ai contiaiicc cil Dieu, j'ai confiance aussi dans mon pays.

On a prononcé quelque part cette parole malheureuse : il y a deux Frances ; je ne le crois pas. Mais quand cela serait, n'est-il pas évident, Messieurs, que la France qui se souvient de ses religieuses traditions, la France qui comprend Futilité des vies immolées et les bienfaits des dévouements associés, la France qui sait interpréter le droit sans passion, la France qui voit clair aux conséquences des entreprises compromettantes pour l'inviolabilité du foyer domestique et de la liberté individuelle, la France qui hait la persécution civile et religieuse, la France ennemie des hypocrisies qui se parent de mots retentissants et d'axiomes frelatés, la France des nobles âmes qui ont le sentiment de l'honneur et de la justice, la France qui consent au sacrifice des positions acquises plutôt que de se déshonorer par l'arbitraire et la violence, la France du peuple qui travaille et qui prie, la France qui veut la concorde et la paix publiques, la vraie France, en un mot, la France de l'avenir est avec les familles religieuses ?

Nous l'avons vue à l'œuvre ; nous avons entendu ses protestations indignées; nous avons senti dans nos mains sa main généreuse. Qu'elle reçoive, ici, avec l'hommage de notre profonde reconnaissance, l'assurance de notre parfaite confiance en elle pour des jours meilleurs.

Ailleurs, nous n'envoyons que des pardons. Victimes d'une erreur qui n'est point celle du pays, nous demandons la lumière pour ceux qui se sont trompés, les estimant trop sensés pour se croire infaillibles.

Ouvrier de Dieu, apôtre de la vérité. Père vénéré, Lacordaire, vous nous aiderez dans cette œuvre de réparation miséricordieuse. Il me semble que j'en ai reçu la promesse du ciel, lorsque, ces jours derniers, contemplant le bronze où l'art a gravé vos traits, je crus entendre cette parole qui consola Judas Machabée : « Hic est fratrum amator et po- (( puli, hic est qui viultum orat pro populo : « Voilà celui qui aime ses frères et le peuple, « voilà celui qui prie beaucoup pour eux. )) — Priez le Dieu qui a couronné vos travaux. Ne demandez pas des vengeances qui répugnent

à nos cœurs chrétiens ; mais demandez 'pour nous d'être patients et dignes dans le malheur, pour ceux qui nous ont frappés la grâce de voir leur erreur . Puissent-ils dire bientôt : Nous nous sommes trompés : la main qui exécute ne doit jamais précéder la justice ; nous nous sommes trompés : tous les droits sont un péril dès qu'un seul est violé par le pouvoir ; nous nous sommes trompés : un siècle de liberté ne doit pas mentir à sa devise ; nous nous sommes trompés : l'association des sacrifices et des dévouements est, pour les peuples, la plus salutaire et la plus féconde des associations; nous nous sommes trompés : la liberté religieuse est la sauvegarde et le couronnement sacré de toutes les libertés.

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POUR L IRLANDE

Appel à la charité en faveur de l'Irlande. — Droits de l'Irlande suppliante à notre charité: 1° droit du malheur, — 2° de la religion, — 3° de l'affection, -- 4° des services. — I. Droit du malheur. — Misère de l'Irlande. — L'Irlandais est pauvre. — Comment il accepte la pauvreté. — Causes de sa misère. — Misère actuelle: horrible famine. — Lettres et rapports qui peignent les souffrances de l'heure présente et les angoisses en face de l'avenir. — II. Droit de la religion. — Attachement de l'Irlandais au catholicisme.

— Il reste fidèle, malgré la persécution. — Il est Tapôtre de sa foi. — III. Droit de V affection. — Affection de l'Irlandais pour la France. — Elle est fondée sur la sympathie de caractère. — Comment elle s'est développée. — Comment elle s'est exprimée dans nos derniers malheurs. — IV. Droit des services.

— Service du sang. — Service de l'assistance dans le malheur. — Ce que l'Irlande a fait pour nous pendant la guerre de 1870. — La fête de ce jour doit être la fête de notre reconnaissance.

Commentaire des paroles de saint Paul : Donum facientes... non defîciamus : 1° Le bien que fait l'Œuvre de Saint-Michel. — 2" Elle doit le faire sans défaillance.

— I. Parmi les biens faits et à faire^ l'Œuvre de Saint- Michel a choisi une part glorieuse. — Elle est un appendice de l'Œuvre de l'apostolat. — Rôle de la parole dans l'apostolat. — Comment la parole est fixée dans le livre. — Puissance du livre. — But de l'Œuvre: — combattre par la bonne presse les influences de la mauvaise presse. — Surtout par la presse populaire.

— II. Empressements et ambitions de la charité au au principe des Œuvres. — Désillusion. — Tentation du découragement. — Un mot: 1° à ceux qui s'impatientent, — 2° à ceux qui se dépitent, — 3<* à ceux qui se lassent. — Il ne faut jamais abandonner une position conquise. — Il faut la garder avec courage ; elle peut devenir le point de départ des plus admirables conquêtes. — Vœux pour l'Œuvre de Saint-Michel.

l'autel

Pourquoi l'Église a-t-elle institué les cérémonies des consécrations? — La consécration de l'autel est une prédication en acte : 1° Notre ressemblance avec l'autel coiisacré. — 2° Le respect que nous devons avoir de notre consécration. — I. Développement de cette

parole de saint Augustin : « Ce qui se fait dans les temples construits de main d'homme se complète en notre édification spirituelle. » — Purifications, onctions, sanctification. — Symboles de notre purification et sanctification par les sacrements. — Le chrétien est un autel vivant et consacré. — II. Ce que dirait l'autel s'il avait la parole, — Pouvons-nous parler comme lui? — Qu'avons-nous fait de notre consécration ? — Que de chrétiens ne sont plus que des autels profanés! — Comment l'autel consacré nous invite au respect de nous-mêmes. — Prière pour tous auprès de l'autel nouvellement sanctifié.

l'orgue

But de cette fête à la foi artistique et sacrée. — , L'Eglise sanctifie les lieux et les objets qu'elle consacre au culte divin; leurs services sont pour nous de pieuses et salutaires leçons. — 1° L'orgue dans l'Eglise,

— 2» Leçons de l'orgue. — L Le monde vaste temple; Tensemble descréatures musique immense. — L'homme y tient sa partie, la plus noble et la plus expressive.

— Son langage et son chant appliqués au culte de Dieu. — L'homme a cherché hors de lui-même des secours pour sa voix; il a fait chanter la matière inerte, dont les sonorités vagues se perdaient dans le concert de l'univers. — Instruments de musique. — Antiquité musicale. — Ce que nous avons à chanter. — L'Église, son chant et sea instruments. — Beauté de l'orgue. — Comment les artistes doivent s'en servir,

— Comment nous devons l'écouter. — II. L'orgu

chante pour nous inviter à chanter. — 2° Il nous rappelle que nous sommes des orgues vivants dont tous les jeux doivent chanter la gloire de Dieu. — 3° Que l'Eglise est un orgue immense où le Christ ne veut entendre que des voix dociles et concordantes. — Apostrophe à l'orgue.

NOCES d'or des conférences DE SAINT-VINCENT-

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