SAINTETÉ DU MARIAGE
Mes Frères,
Vous êtes aujourd'hui rassemblés pour fêter, dans ce qu'elles ont de plus cher, l'union de deux familles amies.
C'est un jour heureux pour vous, et je prends affectueusement part à ce qui réjouit vos cœurs ; d'autant que j'ai la consolation d'unir deux vrais enfants de Dieu, préparés, par les traditions chrétiennes de leurs familles, au respect des saintes choses. Les promesses qui vont être échangées tout à l'heure se rencontreront avec la bénédiction du ciel ; tout y sera grave, sincère, solennel, comme dans les serments divins eux-mêmes.
(1) Mariage de Monsieur René P. et de Mlle Madeleine E. (St-Michel du Havre, 8 février 1898).
252 mariages chrétiens
Mon cher ami, ma chère enfant,
Vous avez pris au sérieux cette parole de F Apôtre : « Ce sacrement est grand dans le Christ et dans l'Eglise ». L'alliance des époux chrétiens n'est pas un contrat vulgaire qu'on puisse traiter avec la légèreté et le sans-façon des choses humaines ; tout y mérite nos plus profonds respects, car elle est sainte dans son origine, sainte dans sa signification, sainte dans son action, sainte dans ses destinées.
Elle est sainte dans son origine: c'est Dieu qui l'a faite. Quand II vit l'homme nouvellement créé, tranquille dominateur du monde, Il eut peur pour lui de la solitude, et, parce que lui-même vivait en famille dans sa bienheureuse nature, Il voulut donner une famille au fils de sa dilection, afin de fixer et de grandir du côté des créatures les affections de son cœur tout jeune encore.
C'est alors qu'il rendormit d'un mystérieux sommeil, et lui donna une compagne comme lui pleine de grâce et de beauté !
Et Adam la contemplant à son réveil, s'écria : « Tu es l'os de mes os, la chair de ma chair. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à son épouse ».
Avertissement prophétique adressé à toute la race humaine ; il nous apprenait que les premières joies d'une union, pleine d'espérances pour l'avenir, seraient accompagnées des secrètes douleurs d'une séparation, et que, comme tous les bonheurs ici-bas, le mariage, si c'en est un, doit être rehaussé par le sacrifice.
Mais il y a plus, mes Frères : le père du genre humain était encore sous l'influence de la bénédiction divine qu'il venait de recevoir; et plus puissante que la voix de ses instincts, la voix de la grâce parlait en lui, lui faisant comprendre que l'union de l'homme et de la femme est sanctifiée dans son origine par la mystérieuse présence et la souveraine autorité du Maître de la vie.
Ainsi l'ont compris, dans la loi antique, ceux qui s'épousaient saintement ; ainsi le doivent comprendre des chrétiens, puisque Jésus-Christ, le régénérateur de toutes choses, a bien voulu élever le mariage à la dignité d'un sacrement. Ce sacrement est inviolable et à l'abri de tous les coups des lois humaines. Les hommes ont beau décréter des ruptures, ils ne briseront jamais les liens sacrés dont le mariage étreint les deux vies qui
s'épousent sous l'œil de Dieu. La mort seule a le pouvoir de séparer ce que Dieu a uni.
L'union du mariage est sainte dans sa signification, car elle figure et copie à la fois l'union mystique du Christ et de son Eglise, c'est-à-dire le perpétuel échange d'amour, de respect, de tendre sollicitude et de grâce qui se fait entre l'Epoux éternel et l'Epouse qu'il a tirée de son corps martyrisé.
L'union du mariage est sainte dans son action, car elle donne la grâce. Sans la grâce, mes enfants, votre affection serait comme toutes les affections humaines qui se promettent l'éternité, déréglée, inconstante, stérile. C'est la grâce qui purifie, affermit et féconde l'amour, l'arrache aux étreintes de la passion, le passe aux flammes de la divine charité, rend bon, chaste et saint ce qui pourrait révolter les délicatesses de la vertu. C'est la grâce qui couvre l'affection d'une armure impénétrable, et l'empêche de s'user au frottement des mille défauts et imperfections dont aucune nature humaine n'est exempte. C'est la grâce qui entoure le front de l'époux et de l'épouse d'une auréole toujours brillante, qui rend aimables encore la vieillesse, les rides et les cheveux blancs. C'est la grâce qui creuse
dans le cœur des époux chrétiens des abîmes de confiance et de pardon, et leur donne un seul et même désir, d'être parfaits comme le Dieu et pour le Dieu qui les a unis.
Enfin l'union du mariage est sainte dans ses destinées, car en unissant un fils et une fille de son Eglise, Jésus-Christ n'a pas pour but de peupler la terre de ces générations vulgaires qu'on voit empressées à la recherche d'une félicité menteuse, et toujours prêtes à trahir la vertu pour se créer ici-bas le paradis de leurs convoitises. Jésus-Christ veut peupler la terre de chrétiens et le ciel d'élus.
Et voilà, mes chers enfants, l'union que vous allez contracter. Ni mon cœur qui vous aime, ni mes mains que Dieu a consacrées ne sont capables de vous bénir comme je veux que vous soyez bénis. Benedicat vos Deus ! que Dieu vous bénisse lui-même !
Que Dieu vous bénisse ! non seulement comme II bénit dans la nature les êtres que des lois invariables tiennent attachés l'un à l'autre : les éléments qui se mêlent, les forces qui agissent de concert, les astres si harmonieusement groupés dans le firmament, les fleuves qui marient leurs eaux, la vigne fertile enlacée autour d'un robuste olivier, les cou-
pies féconds qui s'épousent et multiplient la vie ; non seulement comme II bénit les patriarches de l'ancienne loi, mais comme il bénit son Christ et son Eglise. Que votre union soit la copie parfaite de leur union sainte. A leur exemple, respectez-vous, aimez-vous, dévouez-vous, soyez fidèles, d'une fidélité sans défaillance et sans langueur qui, bravant les forces destructives du temps, resserre de jour en jour, d'année en année, les liens sacrés de vos cœurs.
Dans votre amour, fortifîez-vous mutuellement par de tendres exhortations, préservezvous par de sages conseils, perfectionnez vous par d'aimables corrections,soyez toujours de moitié dans les mêmes peines et les mêmes bonheurs, renvoyant tout au ciel par une commune offrande, et par une commune action de grâces.
Que Dieu vous bénisse ! Et votre foyer chrétien ne sera pas attristé par ces dissentiments de croyance qui créent comme deux cultes dans la famille, remplissent le cœur d'une femme pieuse de mortelles inquiétudes pour le salut de celui qu'elle aime, et font de l'homme un chef amoindri, un roi découronné de sa plus grande gloire et de sa plus haute
influence : la gloire et l'influence religieuses. Le foyer des époux chrétiens resplendit des lumières de la foi, et la paix du Seigneur y est souveraine. Ils croient les mêmes vérités ; ils aiment, ils prient, ils servent ensemble le même Dieu, le même Christ qui les a unis ; ils l'appellent au partage de leurs joies et de leurs tristesses ; ils sont à lui et se reposent en lui dans tous les travaux et toutes les adversités, comme dans tous les bonheurs. Us sont une seule âme dans le même Dieu et un seul cœur dans le même amour ; amour sanctifié par la grâce et devenu, sous son influence, pur, noble, fort, dévoué, sanctifiant pour la famille sur laquelle il doit régner, et fidèle jusqu'aux jours éternels.
Que Dieu vous bénisse ! et que sa bénédiction ne vous laisse jamais choir sur les pentes de ces déplorables faiblesses qui ruinent l'autorité des chefs de famille, troublent l'ordre et remplacent la sainte monarchie du foyer par une de ces républiques sans règle où les passions mal contenues triomphent de la foi et de la vertu.
Que Dieu vous bénisse ! et que sa bénédiction arrête au seuil de votre demeure les invasions de l'esprit mondain, ennemi de Paus-
DISGOURS — 17.
tère simplicité du devoir, qu'il sacrifie sans pudeur aux plaisirs bruyants et aux joies folles.
Que Dieu vous bénisse ! afin que vous persévériez dans les nobles sentiments que vous ont légués vos familles et que vous puissiez continuer, en vous-mêmes et dans les fruits vivants de votre vie, les traditions de foi, de religion, d'honneur, de vertu et de glorieuse fécondité depuis longtemps commencées par vos parents !
Que Dieu vous bénisse ! Point de nuages, point de tempêtes, si c'est possible, dans votre existence. Mais s'il importe, pour votre salut, que vous receviez la visite austère de la souffrance, vous serez, je l'espère, résignés, patients, forts, magnanimes, au pied de la croix que vous tiendrez embrassée tous les deux.
Mon cher ami, après avoir pratiqué près de vos parents les vertus d'un bon fils, vous allez commencer une nouvelle famille. Soyez-en le vrai chef et rappelez-vous que l'époux chrétien est, non seulement, l'homme courageux, prudent et sage, qui assure l'ordre, la paix, la prospérité du foyer domestique, c'est un prêtre qui met au-dessus de tous les intérêts, les intérêts religieux de la famille et qui prépare au ciel la place de sa postérité.
Puissiez-vous mériter cet éloge du Psalmiste qui s'applique si bien à votre famille et à celle dans laquelle vous allez entrer : « Bienheureux l'homme qui craint le Seigneur et marche dans ses voies. Le travail est le soutien de sa vie. Il se réjouit de voir son épouse bénie comme la vigne fertile qui s'étend aux parois de sa demeure. Sa gloire, ce sont les nombreux enfants qui entourent sa table, joyeux et vivaces comme les jeunes pousses de l'olivier. Il est heureux, car c'est ainsi que Dieu bénit ceux qui le craignent : Ecce sic benedicetur homo qui timet Dominant » (1).
Et vous, ma chère enfant, pénétrez-vous bien de cette pensée : que le mariage est la porte d'entrée d'une vie sérieuse et un engagement pris à une pratique plus généreuse et plus parfaite des vertus chrétiennes. Il ne s'agit plus de rêver, il faut se mettre à l'œuvre, et voici la règle qui vous est tracée par les saints Livres : — La femme chrétienne est celle qui met sa vertu au-dessus des grâces trompeuses et de la vaine beauté que le temps flétrit. C'est la femme forte qui reçoit dans un cœur ferme la confiance d'un cœur viril ;