Atendite a falsis prophetis, qui veniunt ad vos in
Mais malgré ce solennel avertissement l'humanité catholique laissa s'endormir sa vigilance, et saint Paul, voyant clans les premiers déchirements cle l'Eglise comme les précurseurs de maux plus grands encore, jeta ce cri prophétique : « Il faut qu'il y ait des hérésies : Oportet hœreses esse1. »
Chaque page de notre histoire religieuse nous révèle l'accomplissement de cet oracle apostolique. En même temps que nous assistons aux conquêtes cle la lumière, nous voyons l'envahissement des ténèbres, et comme clés nuages pleins cle foudres et de tempêtes couvrir le front des nations que tout à l'heure on appelait saintes. Horreur! Ceux-là mêmes qui devaient dissiper les ombres les ont amassées par des révoltes impies. Des évêques, des prêtres, des moines, des rois se sont appliqués à ravir aux peuples le plus grand cle tous les biens : le bien cle la vérité, les admirables lumières cle la révélation cle Jésus-Christ. Je ne vous raconterai pas, mes frères, l'histoire
vestimentis ovium, intrinsccus outem sunt lupi rapaces. (Matth., cap. vu, 15.) 1. I Cor., cap. xi, 19.
T)8 DISCOURS sur l'oeuvre
lamentable des hérésies. Que leurs auteurs soient à jamais confondus dans une même malédiction. Oui, maudits soient les pères cle l'erreur et du mensonge ! Maudit, entre tous, le moine jaloux et colère qui fut traître à tous les serments, à tous les bienfaits, à toutes les vertus, et dont l'opiniâtre résistance persévère sous les lambeaux d'une doctrine défigurée ! Maudit, le roi immonde qui sacrifia le salut d'une nation aux fureurs insensées d'un amour adultère! Maudits, les ambitieux sacrilèges et les lâches complaisants qui ont entraîné l'illustre peuple anglais au déshonneur et aux misères cle la prévarication et de l'apostasie ! Au sixième siècle, un moine, saint Augustin, annonçait l'Évangile à la Grande-Bretagne. Des milliers cle barbares ouvraient les yeux à la lumière, les rois eux-mêmes courbaient le front sous ses mains bénies, et le pape Grégoire le Grand, à la nouvelle des succès de son apôtre, s'écriait : « La voilà donc cette nation féroce ! La voilà qui môle aux rudes accents cle ses chants guerriers le joyeux alléluia des Hébreux ! Les flots de l'océan se sont assouplis sous les pieds des envoyés cle Dieu et sont
devenus le chemin de la vérité et de la grâce. » Ile fortunée, tu voyais fleurir, à chaque instant, de sublimes vertus. La renommée de tes héros et de tes saints arrachait à l'Église des larmes d'admiration et d'amour. Dix siècles après, plus rien que des ruines ! Plus rien que des restes inutiles et souillés, semblables aux épis d'un champ que la grêle a dévasté ! Encore une fois, qu'ils soient maudits ceux qui t'ont perdu, illustre et malheureux peuple anglais !
Mais, s'il nous est permis de maudire ceux qui, au mépris de leur conscience et des foudres de l'Église, étouffèrent les lumières de la vérité catholique, nous ne pouvons que plaindre les infortunés dont l'âme est, depuis plus de trois siècles, engagée à l'erreur par le crime de leurs pères. Gardons-nous de contrister leur cœur par de dures paroles qui ressembleraient à une réprobation. Gardonsnous d'empoisonner leur vie par les fausses interprétations d'un axiome théologique qui parait les exclure de l'héritage céleste. Nous n'avons pas le droit d'être plus sévères que Dieu, ni de faire marcher le glaive de sa jus-