Philip., cap. ir
au sein d'une terre ingrate. Le peuple anglais s'était déshonoré, mais Dieu ne l'avait point abandonné, vous le voyez bien. Dans la mort même de l'erreur, il lui conservait mystérieusement la vie et le préparait petit à petit au parfait accomplissement de cette promesse, qui m'a servi de point de départ : — « Je suis la résurrection aussi bien que la vie. Ego sum resurrectio et vita. » — L'heure est arrivée, l'impatience de notre charité catholique, plus forte que nos passions nationales, presse Dieu de se déclarer pour un événement suprême et décisif en faveur de ce peuple, d'ailleurs si grand et si illustre dans sa misère religieuse. Ne semble-t-ilpas que Dieu réponde à la ferveur de nos désirs ? Le mouvement qui se fait en Angleterre, depuis le commencement cle ce siècle, ne nous présage-t-il pas une prochaine résurrection? Que dis-je? Jésus-Christ se montre déjà fidèle à sa parole. La résurrection est commencée, oui, elle est commencée. La sève vitale du catholicisme ne se cache plus clans les mystères cle la bonne foi, ni ne s'emprisonne plus clans quelques centaines d'individus compromis, mais, libre de s'étendre et
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de se donner, elle cherche à envahir toutes les âmes.
Chose étrange ! Ce bonheur inespéré du retour à la vie de Jésus-Christ, l'Angleterre le doit au plus grand de nos malheurs.
Par une précaution cligne des tyrans apostats, Henri VIII et ses successeurs avaient armé la législation de rigueurs inouïes contre tous les retours du catholicisme. Après les massacres hideux qui épouvantèrent le peuple et condamnèrent la foi au silence, un siècle d'arbitraire et de terreur acheva de le pousser à l'apostasie.
A quiconque refusait de prêter au souverain, roi ou reine, le serment de suprématie religieuse: La Mort.
A quiconque se faisait absoudre par des bulles du pape : La Mort.
A quiconque défendait la juridiction du Saint-Siège : La Mort.
A quiconque déterminait un sujet anglais à abandonner le protestantisme établi : La Mort.
A quiconque aidait, conseillait ou recevait chez lui un nouveau converti : La Mort.
A tout prêtre séculier ou religieux : La Mort.
A quiconque recevait un prêtre ou un religieux : La Mort.
Et pour clés crimes moindres, la confiscation, le bannissement, la prison, les amendes, les inhabiletés. — Enfin tout acte catholique était prévu, tout acte catholique était puni. Les nations étrangères avaient peine à se couvrir du droit des gens, et à faire respecter leur culte dans des chapelles privées.
Telle était, mes frères, la législation anglaise quand notre patrie fut livrée en proie aux fureurs révolutionnaires. Nos prêtres proscrits ne craignirent pas de demander l'hospitalité au peuple anglais, et, chose singulière et toute providentielle, là où les attendait un sort aussi rigoureux que dans leur pays ils ne rencontrèrent que bienveillance et sympathie. Les rancunes religieuses s'adoucirent devant leur malheur et aussi devant leurs vertus. Cette austère fidélité, qui consentait si joyeusement à toutes les douleurs du bannissement et à toutes les misères de l'exil, toucha les cœurs qui n'avaient plus qu'un vague sou-
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venir des vertus catholiques- Nos prêtres français devinrent un point de ralliement pour les âmes timides que la publicité effrayait, et qui redoutaient l'orage des préjugés et la persécution du mépris. Encouragés par les saintes hardiesses de ces étrangers à qui le malheur avait appris à ne rien craindre, les catholiques anglais osèrent se montrer. Des chapelles furent bâties et autour cle ces chapelles se formèrent des paroisses, bien petites d'abord, bien modestes, bien silencieuses, mais aussi bien fidèles et pleines d'espérance pour un meilleur avenir. Le règne de la tolérance était inauguré. Les lois draconiennes dormaient clans lapoussière des parchemins, nos malheurs avaient eu des contre-coups heureux.
Mais la tolérance ne saurait offrir à la vérité une assez grande sécurité, car elle ne détruit pas l'arbitraire. Ce n'est qu'un déguisement momentané sous lequel se cachent des fureurs et des caprices toujours prêts à se réveiller. Être supporté et craindre sans cesse, ce n'est pas vivre. Les catholiques le sentaient bien, aussi ne voulaient-ils plus de l'arbitraire. Un homme parut donc, doué de cette éloquence
prodigieuse dont un peuple se souvient éternellement, et rempli de cette généreuse ardeur qui se met facilement au niveau des plus hautes entreprises. A force d'agitation, de protestations et de remontrances, sans autre ressource qu'un appel solennel à la dignité du peuple anglais, il parvint à triompher de tous les souvenirs du pass"é, de toutes les rancunes des sectes religieuses, de toutes les susceptibilités des partis. Daniel 0' Connel entra victorieusement à la Chambre des communes. Dans sa personne le catholicisme était affranchi.
Il faut le dire, mes frères, à la gloire de la nation anglaise, le bill d'émancipation fut un acte sérieux et sincère. Du moment que les catholiques entrèrent dans le droit commun, ils y entrèrent avec tous les privilèges dus aux citoyens. La liberté d'association leur fut accordée, parce que cette liberté est dans la loi. Elle y est plus large et mieux entendue que partout ailleurs. Rien ne peut la corrompre, ni les mesquines jalousies des ministres qui aspirent à l'omnipotence, ni les vaines terreurs qui agitent les pouvoirs mal assis, ni les puériles persécutions dont se ren-
dent chaque jour coupables les législations sans franchise. La liberté est dans la loi. En devenant les enfants de la loi, les catholiques étaient libres.
Or assurer la liberté du catholicisme en Angleterre c'était assurer son triomphe. Le protestantisme suit sa loi naturelle. Il se morcelle, il se divise, il se décompose parla seule application de son principe. Mille sectes diverses naissent de ses entrailles, comme naissent des entrailles d'un cadavre les vers qui le mangent, et ne doivent plus laisser de lui que des os desséchés. L'anglicanisme, lui-même, patronné par l'État n'est plus qu'une forme vaine et aristocratique, un pur et simple département politique. Comme on dit le département des finances, le département de la guerre, le département de la marine, on dit aussi le département de la religion. Il n'y a plus que deux issues : le rationalisme jusqu'à ses extrêmes conséquences, ou le catholicisme. C'est entre les bras de ce dernier que se réfugient les âmes tourmentées. Quel spectacle pour elles que celui de cette antique religion, sortant tout à coup de la poussière des tom-
beaux, apparaissant dans la naïve splendeur de cette beauté qu'elle a reçue de Dieu, et opposant aux divisions doctrinales du protestantisme, à la stérilité de ses œuvres, à la froideur compassée de son culte, à l'incertitude de ses espérances, l'unité compacte de ses dogmes, la fécondité de ses vertus, la majesté de ses cérémonies et l'infaillibilité de ses promesses pour un meilleur avenir. À cette vue, le sang des vieux Anglais se réveille clans les veines appauvries de leurs enfants, la terre mêlée de leurs cendres bénies se hâte de produire un nouveau peuple. Quelle moisson ! C'est par milliers que les ouvriers évangéliques recueillent les épis qui se lèvent, la résurrection est commencée, la résurrection s'avance. Jésus- Christ a bien dit : — « Je suis la résurrection et la vie. Ego sum resurrectio et vlta. »
Depuis quelques années, treize diocèses et trois vicariats apostoliques se sont formés en Angleterre. Ce chiffre peut vous sembler énorme, mes frères, cependant, si nous comparons le nombre des pasteurs au nombre des convertis, et surtout au nombre des âmes qui attendent les suprêmes avertissements de la
grâce par la parole de Dieu, il est certain qu'il y a un défaut d'équilibre. C'est le cas de dire comme le Sauveur, considérant dans un avenir prochain l'accroissement de son Église : « La moisson est grande, mais les ouvriers sont peu nombreux : Messis quidem multa, operariiautem pauci1. »
Où trouver des ouvriers évangéliques ? Comment les former ? Comment établir des séminaires, dans un pays où toute l'activité des prêtres suffit à peine aux besoins religieux des populations ? Ces graves questions ont été agitées par l'épiscopat de la Grande-Bretagne, et, sous l'inspiration de Son Éminence le cardinal Wiseman, dont l'âme magnanime ne recule devant aucun travail, et dont le nom illustre est désormais intimement lié aux destinées religieuses de la Grande-Bretagne, l'œuvre des étudiants a été fondée.
Ne rien distraire des forces vives de l'apostolat en Angleterre, et cependant pourvoir à l'éducation des apôtres. Choisir, avec soin et discrétion, des enfants d'honnêtes et pieuses