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familles, les envoyer clans les séminaires de France, afin qu'ils puissent respirer une atmosphère toute catholique, perdre au contact du caractère français ce je ne sais quoi de trop exclusif et de trop personnel qui est comme le fond du caractère anglais, abdiquer dans l'heureux mélange des conditions, tel qu'il se fait chez nous, cet esprit de caste qui gêne l'universelle expansion du zèle sacerdotal, prendre ces habitudes çle charité et de dévouement qui fleurissent comme naturellement sur notre terre d'apôtres, enfin, former des prêtres fidèles qui travaillent avec ardeur à la résurrection du catholicisme, tels sont le point de départ, le plan et le but de l'œuvre des étudiants anglais. Cette œuvre n'est pas nouvelle. A l'époque où saint Augustin prêchait pour la première fois l'Évangile dans la Grande-Bretagne, le pape saint Grégoire faisait acheter des jeunes gens de dix-sept à dix-huit ans, et les envoyait dans les monastères des Gaules, afin que, s'abreuvant de la science de nos pères et se formant sur leurs généreux exemples, ils pussent répandre partout les lumières de l'Évangile et supporter courageusement les fatigues
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de l'apostolat. Ce qui se fait aujourd'hui n'est qu'un retour aux vieilles coutumes de l'Église. Il y a entre l'ancienne et la nouvelle conversion de l'Angleterre un rapprochement mystérieux que Dieu bénira.
Je dis plus, mes frères, l'œuvre des étudiants anglais doit offrir à Dieu une compensation. A la place des ambitieux et des misérables qui oublièrent jusqu'à l'apostasie la sainteté de leur caractère, et entraînèrent le peuple dans les abîmes de l'hérésie, nous voulons donner à l'Angleterre une race de prêtres choisis qui réparent, par leur science, leurs vertus et leur inébranlable fidélité à l'Église de Dieu, le crime de leurs prédécesseurs. Ceux-là, nous les bénirons comme nous avons maudit les apostats, et ils rendront à l'Église universelle ce que nous leur aurons fait de bien par notre généreuse assistance. Car, remarquez-le bien, l'œuvre des étudiants anglais touche de près notre œuvre nationale de la propagation de la foi, et elle répond à une des plus glorieuses qualités de notre caractère français, le besoin sans limites de l'effusion des lumières et du bien. C'est par là, mes frères, que nous pesons d'un poids
immense sur les destinées du monde entier. Personne ne se soustrait à cette vive impatience qui fait de notre nation la plus remuante et la plus agitée, quand il s'agit des intérêts de l'esprit. La femme, elle-même, n'est pas exempte d'une sorte de témérité qui la met en contradiction avec son sexe, et, plus d'une fois, j'ai entendu dire à cle pauvres petites filles, qui n'avaient qu'un souffle cle vie, ce que disait sainte Catherine cle Sienne : ce Que ne suis-je homme pour évangéliser les nations ! » Mesdames, ne croyez pas que ce désir soit à jamais inefficace. Votre condition vous enchaîne, mais vos prières voyagent, votre argent se fait homme et s'en va convertir les peuples infidèles.
Ce que vous allez détacher, tout à l'heure, cle votre superflu, cette misère, ce rien, travaillera bientôt à la conversion du peuple anglais, et savez-vous bien à quoi aboutira finalement ce travail? A la conversion du monde. L'Angleterre, cette nation voyageuse, qui touche à toutes les extrémités de l'univers, y portera un jour notre foi, notre loi et nos sacrements. La voyez-vous, sillonnant toutes les mers avec i ' 6
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ses vaisseaux, et protégeant la croix, le pavillon cle Dieu. L'entendez-vous, parlant le catholicisme en anglais comme nous le parlons en français. Ou plutôt, voyez-vous ces deux peuples, anglais et français, se donnant la main, l'Anglais, devenu catholique, étouffant dans son cœur les fureurs delà cupidité, empruntant au Français l'amabilité du caractère et l'ardent amour du bien universel, le Français s'endurcissant près de l'Anglais aux fatigues des fîères et sublimes aventures. Comme ils seront amis, quand ils n'auront plus qu'une même foi et qu'ils marcheront vers un seul but, la conquête du monde par la croix cle Jésus-Christ. Prophètes du Seigneur, les temps sont arrivés, vos oracles s'accomplissent. Les îles inconnues nous tendent les bras et nous demandent un baiser fraternel, l'Église élargit ses tentes pour y rassembler, sous la conduite du même pasteur, toutes les nations évangélisées par les deux plus grands peuples qui soient au monde. L'univers est au Christ ! L'univers est à nous ! Je finis, mes frères, en vous racontant un fait qui m'a profondément attristé. Ceux qui patronnent Y œuvre des étudiants anglais m'ont
affirmé que les ressources étaient loin de suffire pour tous les sujets qui se présentent. Dernièrement encore, disaient-ils, on a été obligé d'en refuser cinquante. Cinquante ! c'està-dire, cinquante paroisses en retard, des milliers d'âmes sans pasteur, des enfants sans éducation, des pauvres sans assistance, des malades sans asile, car un prêtre, en Angleterre, c'est une église, une paroisse, une école, un centre où se rattachent toutes les oeuvres de charité. J'avais le cœur navré et je me suis dit à moi-même : J'en parlerai à mes amis, ils seront si généreux que désormais on ne refusera plus personne. Il dépend de vous, mes frères, de prouver à ceux qui m'ont envoyé que je ne me suis pas trompé. Ne consultez que votre cœur et assurez par votre charité le progrès de l'œuvre si sainte, si éminemment catholique des étudiants anglais. Si j'osais j'étendrais mes indignes mains et je la bénirais, mais, Benedicat Deus! que Dieu la bénisse luimême, et lui donne cette vie féconde, cet accroissement merveilleux que reçoivent toutes les œuvres qui ont le bonheur d'éclore sous sa main puissante et généreuse ! Ainsi soit-il.
UNE NOUVELLLE FRANGE
Discours pour l'Œuvre des Orphelins arabes de la province de Constantine, prononcé dans l'église Saint-Augustin. (Juillet 1870.)
Orphano tu eris adjutor.
iPsaume IX.)
Mes Frères,
Ce n'est point une orgueilleuse prétention de la part de l'homme, bien qu'il soit petit et misérablepar nature, de chercher à imiter Dieu, type infini de toute beauté et de toute bonté; c'est un devoir que Jésus-Christ, notre maître, nous a imposé par ces paroles : — « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait : Estote ergo perfecti sicut Pater meus cselestis perfectus est. » — La splendeur harmonieuse de nos vertus est une image affaiblie de la
sainteté divine, nos œuvres de bienfaisance représentent cette libéralité infinie avec laquelle Dieu répand ses dons sur toute créature. Aussi, nous est-il permis, et c'est la plus précieuse récompense que nous puissions désirer, de porter clés noms qui sont les noms propres de Dieu. Comme lui, nous nous appelons Saints, comme lui Providence des malheureux. Toutes nos vertus et nos œuvres de charité nous reviennent en louanges et titres de gloire. Je ne me trompe donc point, mes frères, en vous adressant directement cette parole du prophète au Seigneur : — « Orphano tu eris adjutor, vous serez l'aide et le soutien de l'orphelin, » — puisque vous pouvez la mériter en prêtant au Père céleste votre généreux concours.
L'œuvre des orphelins arabes de la province de Constantine, qui nous réunit aujourd'hui, est doublement intéressante et digne de nos sympathies, car elle a pour objet ce qu'il y a de plus gracieux et de plus touchant dans l'humanité : l'enfance abandonnée à la douce providence qui prend soin des germes et des fleurs, et ce qu'il y a de plus cher à nos cœurs
français : l'honneur de la patrie, la gloire de la religion, l'extension du règne de Jésus- Christ, toutes .choses que nos pères appelaient « les faits et gestes de Dieu par les Francs : Gesta Dei per Francos. »
Je m'arrête à ce dernier objet qui sera le thème de mon discours. Après vous avoir indiqué le but que la France, nation chrétienne, fille aînée de l'Église, doit se proposer dans sa domination d'Afrique, je vous montrerai la place providentielle que prend notre œuvre parmi les moyens d'atteindre ce but.
Il est, en face de nos rivages méridionaux, une terre immense, abreuvée de soleil, au centre presque inconnu, aux côtes riantes, fertiles, rafraîchies par la brise et visitées par tous les peuples du monde. La partie supérieure de cette terre, entourée de trois mers et d'un vaste désert, forme une sorte de grande île qui semble n'avoir été séparée qu'à
regret de notre continent. Son ciel n'est qu'un prolongement plus lumineux et plus pur de notre ciel, son sol fécond reproduit plus promptes, plus nombreuses, plus fortes, plus savoureuses, les richesses végétales de notre midi, ses vastes solitudes ont conservé les fiers animaux que notre civilisation a chassés, et, depuis plus de vingt siècles, on remarque clans sa vie et ses destinées une tendance à se mêler à la vie et aux destinées des nations de l'Europe. Ceux qui ont étudié l'histoire ont appelé cette tendance la vocation européenne de l'Afrique septentrionale. Avant que nos armes l'eussent conquise, les trois quarts de la population de ses grandes villes se composaient d'esclaves chrétiens, de renégats et de Maures venus d'Espagne. L'Asie n'était maîtresse qu'en apparence; le génie européen l'arrêtait sur les pentes de l'extrême barbarie. Aujourd'hui l'Afrique septentrionale est soumise en partie à notre domination.
Mais cette domination, quatre autres l'ont précédée, pour nous apprendre moins les vertus qui conviennent aux maîtres des peuples que les vices qu'ils doivent éviter. Ces quatre
dominations sont la domination des Carthaginois, la domination des Romains, la domination des Vandales, la domination des Arabes.
Née d'un mensonge et d'une surprise, l'astucieuse Carthage eut bientôt déclaré ses prétentions sur des peuples incultes qui ignoraient, avec les finesses de la civilisation, l'art de s'opposer aux envahissements d'une force disciplinée; mais ce ne fut pas tout d'un coup qu'elle devint maîtresse; trois siècles de patience et d'efforts furent employés à assurer son empire tel qu'elle le rêvait : empire des côtes, la mettant à même de tenter les aventures, et de pousser au loin les offres de son génie mercantile. Toute son ambition était rivée à cette formule égoïste : devenir et rester un peuple privilégié et dominateur. A cet effet, elle fit jouer tous les ressorts de son exécrable politique, et s'appliqua, non à transformer les barbares qui peuplaient l'intérieur du pays dont elle fermait les issues du côté des terres civilisées, mais à les diviser et à les exploiter. Armer les Gétules contre les Numides, et les Numides contre eux-mêmes ; exploiter les passions des tribus, exploiter le sang, exploiter le
travail, exploiter les productions ; faire servir, enfin, toute faiblesse et toute force, toute misère et toute richesse au profit d'une cupidité superbe, tels furent, pendant quatre cents ans, les caractères odieux de la domination carthaginoise.
Tout cela devait se retourner un jour en châtiment. Les barbares, toujours maintenus par l'orgueil et l'avarice au rang des peuples subalternes, attendaient une nation puissante qui les prît pour complices de ses haines. Elle vint en son temps. Carthage, arrivée au sommet de sa force et de sa gloire, rencontra Rome sur son chemin. D'un coup d'oeil, elle eut mesuré le jeune athlète qui entrait dans l'arène, et elle comprit qu'il fallait lui disputer l'empire du monde. La lutte fut longue, acharnée, pleine d'émouvantes péripéties et de poignantes angoisses. On y vit se choquer les plus grandes armées conduites par les plus grands capitaines de l'antiquité. Un jour, Rome entendit ce cri sinistre : Annibal est aux portes ! Annibal ad portas! Mais, à quelque temps de là, sauvée de la mort et rassurée par de nouvelles victoires, elle put s'écrier elle-même par la
bouche du vieux Caton : Il faut détruire Carthagc! Delenda Carihago ! Carthage fut détruite, et l'Afrique passa au pouvoir du peuple romain, bientôt maître clu monde entier.
Favorisé par le sort, le nouveau dominateur héritait d'un travail tout fait, et prenait possession d'un pays où la civilisation l'avait précédé. Toutefois, cent années s'écoulèrent avant qu'il osât y envoyer ses colons. Ils viennent enfin, à la suite de ses légions invincibles, qui refoulent devant elles les bataillons indisciplinés des barbares; ils sortent des rivages où Carthage se tenait systématiquement enfermée; ils sèment la plaine, jusque-là solitaire, de villes dont les ruines superbes étonnent encore aujourd'hui nos soldats ; ils s'emparent des champs, les retournent, les cultivent et envoient leurs riches produits à la métropole altièrc qui les réclame. Toujours l'égoïsme payen ! Rome est lasse des austères vertus qui ont honoré sa jeunesse; elle veut se reposer. L'Italie est devenue un jardin immense, un lieu de plaisance où elle promène son faste et sa mollesse ; l'Afrique sera son grenier. C'est de là qu'elle tirera le pain que demandent à
grands cris les citoyens qu'elle amuse, sans se préoccuper des concussions de ses proconsuls et de ses prêteurs.
Tout à Rome, tout pour Rome, périssent les barbares s'ils ne veulent pas se laisser énerver par les influences d'une civilisation corrompue : voilà à quoi se réduit la civilisation romaine- La sève chrétienne qui pénètre, malgré les persécutions, le monde tout entier, ne change rien encore au paganisme politique. La colonie a beau grandir et renvoyer à l'Italie les échos de sa vieille langue passée aux feux du soleil africain, Rome y est tout; et, dans ce pays fortuné, comme partout où elle a pris pouvoir, son orgueil, ses violences, ses duretés, ses rapines hâtent l'exécution des oracles qui pèsent sur sa tête, depuis que le prophète Daniel a vu le châtiment des bêtes royales qui doivent, à tour de rôle, asservir l'univers.
Une sorte de fureur divine agite les extrémités inconnues du vieux monde, un mouvement prodigieux amène subitement, en pleine civilisation, des hommes d'un sang neuf et d'un courage féroce. D'où viennent-ils? — Des lieux
demi- sauvages où ils vivaient au jour le jour, contents du fruit de leurs, chasses et de leurs pèches, du lait de leurs génisses et de la toison de leurs brebis. Un mystérieux dégoût de cette longue pastorale, dans laquelle s'écoulait leur existence tranquill 3, s'est emparé tout à coup de leur cœur. Un de ces coups de sifflet que Dieu fait entendre, quand il appelle les brigands au secours de sa justice, éveille dans leur âme inculte l'amour des grandes aventures. Ils partent. L'air retentit bientôt des hennissements de leurs fières cavales et de leurs cris de mort. Tous à la fois, ils pèsent sur les extrémités de l'empire, ils forcent les barrières, ils écrasent les légions, ils entrent. Les voici dans la Gaule, dans l'Italie, dans l'Espagne. La mer inclémente n'arrêtera pas leur course vengeresse, et l'Afrique qu'elle protège connaîtra leur joug. — Non, la race humiliée et impuissante qui habitait encore l'extrémité des plaines de la Gétulie et de la Numiclie ne pouvait pas servir les desseins de Dieu. Il appelle et il pousse devant lui des barbares plus vaillants, les Vandales, dont le nom est devenu synonyme de destruction.
Pendant un siècle, en effet, ils ont détruit ; détruit les villes glorieuses qui chantaient les merveilles de la civilisation romaine ; détruit cette belle Église d'Afrique qui, couverte de la pourpre du martyre, illuminée par le génie de ses docteurs, pleine encore cle la voix clu grand et admirable Augustin, aurait triomphé peutêtre, malgré son penchant à la rigueur, de la dernière fougue clés haines payennes, de l'incertitude clés esprits cultivés, de la corruption et clés superstitions auxquelles le peuple était en proie. Ils ont détruit, et le faible pouvoir cle Bysance qui vint après eux ne put rien reconstruire, jusqu'à l'apparition des blanches troupes cle Hassan l'Arabe, qui effaça jusqu'aux derniers vestiges du nom romain.
Sous le ciel fortuné de l'Arabie, au milieu des tribus remuantes, un homme d'un caractère ambitieux et hardi, d'une imagination poétique et exaltée, d'un tempérament épileptique, ami cle la méditation et de la solitude, venait cle pousser ce cri: Dieu est Dieu et Mahomet est son prophète. Dieu est Dieu, cette vérité première fit tomber les idoles chères aux Arabes; Mahomet est son prophète, ce
mensonge fut le signal des calamités immenses qui devaient pleuvoir de nouveaia sur la chrétienté. Brûlé par la fièvre et près de mou» rir, Mahomet remettant à l'un de ses disciples l'étendard de l'Islam lui disait : — « Fais la guerre sainte, et tous ceux qui refuseront de croire, massacre-les. » — Il fut trop bien obéi. Les vicaires du faux prophète se dispersèrent en quittant son lit de mort, heureux d'appliquer au prosélytisme de la conquête l'activité dévorante clés Arabes, et de les forcer à l'unité et à l'obéissance par les liens de l'agression. Déchaînés comme le simoun sur le sabler du désert, ils vont, ils vont sur leurs coursiers rapides, bouleversant tout, broyant tout : peuples, gouvernements, mœurs, religions, et triomphant avec ce cri terrible : Crois ou meurs.
Les provinces romaines s'offraient les premières en proie à leur avidité, et, parmi ces provinces, la belle et fertile Afrique. Ils y entrèrent. Hassan réduisit d'abord les impériaux Grecs; mais il vit se réveiller, tout à coup, le vieux sang numide, et dut faire assaut de courage, de persévérance et de fanatisme avec
les barbares que commandait une femme, la reine Kahina. Il vainquit pourtant, et, afin d'étouffer toute révolte, il força, sous le tranchant du cimeterre, les Maures domptés à apprendre la langue et la religion du prophète.
Encore une fois, l'Afrique était soumise à une domination étrangère. Cette domination eut ses jours de gloire et d'audace, et fit sentir à l'Espagne son terrible voisinage; cependant, refoulée, à plusieurs reprises, sur la côte Africaine, elle commença à s'amoindrir elle-même en se fractionnant, et ne s'arrêta sur les pentes de l'extrême barbarie que grâce aux emprunts forcés faits à notre civilisation chrétienne par l'esclavage et l'apostasie. Fatiguée des agressions et des pirateries de ce peuple né pour le pillage, l'Europe osa prendre contre lui l'offensive. Ses efforts furent d'abord infructueux, mais, il y a quarante ans de cela, sur les côtes de l'Afrique, un cri de détresse et un cri de victoire retentirent en même temps : c'était l'Arabe qui fuyait au désert ; c'était la France chrétienne qui plantait son drapeau victorieux sur les remparts d'Alger.
Pourquoi, mes frères, ne suis-je pas parti
de ce fait glorieux, au lieu de vous raconter la longue et tragique histoire qui a précédé notre conquête ? — Parce que l'esprit moderne a pris l'habitude de se reporter vers le passé, et cle lui demander des leçons. Conquérants d'un pays nous recherchons, comme d'instinct, dans les dominations antérieures à la nôtre, des exemples profitables ; or j'aime à vous faire voir qu'il n'y en a pas, ou qu'il y en a peu.
Gomme elle a des principes supérieurs à ceux des peuples payens ou barbares, pour déterminer ses conquêtes, toute nation chrétienne- doit avoir clés principes supérieurs, pour régler sa domination. Le vain plaisir cle s'agrandir et d'augmenter le prestige cle sa force, la soif exécrable d'avoir beaucoup pour satisfaire les besoins factices que crée une civilisation raffinée, l'amour des aventures et du pillage, ambitions vulgaires, basses convoitises : voilà les mobiles des conquêtes illustres dont vous venez d'entendre le récit. A nous, chrétiens, il appartenait cle suivre une inspiration plus haute, la seule digne d'un peuple baptisé dans le sang cle Jésus-Christ, et cle
servir, en conquérant, les intérêts de l'humanité. Un peuple, toujours armé contre l'Europe chrétienne, quittait à chaque instant les rivages de l'Afrique, et inquiétait la civilisation par ses brigandages ; nous lui avons fait sentir la force de notre bras, nous sommes devenus ses maitres ; c'est bien. — Mais, quels maîtres serons-nous ? Qui imiterons-nous dans le passé? — La cupidité carthaginoise? L'orgueil et l'égoïsmedes Romains? La manie destructive des Vandales ? La férocité fanatique et la corruption des fils de Mahomet? — Ah! laissons, laissons cette odieuse histoire. Nous n'y pouvons prendre que quelques rapides leçons de courage, de patience et de persévérance, et puis, il faut oublier ce qui est derrière nous pour marcher en avant: quse quidém rétro sunt obliviscens ad cavoro quce sunt prlorn extendens meipsum1. Oui, marchons en avant à la lumière des principes chrétiens.
Dieu merci, la France n'a pas encore éteint le divin flambeau qui éclaire sa glorieuse vie, et son coeur généreux sait entendre la grande