Isaï., cap. ix
généreuses aumônes amènent, au plus vite, cette glorieuse conclusion des efforts héroïques de nos colons, de nos soldats et de notre clergé.
Discours prononcé à la distribution des prix de l'Ecole d'Arcueil, le 5 août 1876.
Messieurs,
La vie humaine a, comme le jour, ses périodes, et clans chaque période ses beautés caractéristiques. L'enfance est une aurore pleine de promesses et de grâces charmantes. L'intelligence et l'amour, lumière et chaleur de l'âme, n'y font que poindre encore par des teintes délicates ©triantes dans lesquelles nous cherchons à lire l'avenir. Regards naïfs, sourires aimables, cris joyeux, doux bégaiements, tendres baisers, autant de signes que l'espérance interprète et où elle veut voir des
12ti LA JEUNESSE.
merveilles. A l'autre extrémité de la vie, la vieillesse lassée et prête à disparaître jette ses feux affaiblis, mais superbes encore, sur les chemins qu'elle vient de parcourir. C'est l'effort suprême d'un astre qu'on ne voit s'éteindre qu'à regret, splendide auréole où brillent, d'un éclat aimable et salutaire à tous, l'expérience et les vertus de longues années. Comme les voix de la nature saluent et bénissent à son coucher l'astre fécond qui partout a répandu la vie, ainsi les voix des cœurs reconnaissants saluent et bénissent à son déclin toute existence qui passa en faisant le bien, et dont les dernières lueurs sont encore un enseignement et un bienfait. Voilà, dans leur beauté caractéristique, l'aurore et le couchant de la vie humaine ; mais, entre cette aurore et ce couchant, il y a les heures de pleine lumière et de fortes ardeurs, parmi ces heures la radieuse, chaude et vivante matinée : c'est la jeunesse.
La jeunesse, âge de la force, de l'enthousiasme, des impétueux désirs et des dévouements; la jeunesse de tous les âges le plus beau et le plus regretté. Que l'homme ait
abusé de la vie, qu'il l'ait noblement dépensée, quand vient l'âge des désillusions et de l'impuissance c'est le même cri qu'il pousse : Ah! si j'étais jeune encore !
En présence de ces enfants et de ces adolescents tant aimés, qui bientôt deviendront jeunes hommes, permettez-moi, Messieurs, de vous parler de la jeunesse et de vous dire quels sont, à son endroit, nos rêves, nos déceptions, nos efforts et nos luttes.
L'enfant n'est déjà plus depuis plusieurs années, l'adolescent vient de disparaître. Ces traits incertains et grossis par la croissance, ces lignes informes et disproportionnées qui enveloppaient le corps tout entier viennent de se fixer en un dessin précis et harmonieux. La fermeté souple a remplacé partout une mollesse embarrassée, le sang a trouvé ses issues, le muscle ses courbes, l'os ses assises ; sur tous les points la force rayonne
et fleurit. Mais ces phénomènes de surface en cachent d'autres plus merveilleux et plus clignes de notre attention. L'âme, qui jusqu'ici n'a vécu que d'emprunts et n'a marché qu'appuyée sur d'autres âmes, l'âme sent naître en elle-même des pensées qui lui appartiennent, et commence à s'exercer en des vouloirs dont elle prend toute la responsabilité. Prompte, vive, ardente, elle a hâte de connaître. Les moindres beautés l'étonnent, et facile à l'admiration elle la prodigue par l'enthousiasme. Chaque pas qu'elle fait aiguillonne ses désirs, où elle veut aller la passion l'emporte, et l'inexpérience laisse libres toutes ses audaces. N'ayant joui qu'un peu de la vie, le jeune homme n'y tient que par des attaches faciles à rompre, et se trouve prêt aux dévouements héroïques. 0 force, ô lumière, ô vie, ô jeunesse ! que de trésors Dieu a mis clans ton sein qui peuvent être dépensés à la gloire et au bonheur de la famille et de la société !
Mais pour cela, Messieurs, il faut que la jeunesse soitréglée dans ses ardeurs, et qu'une vie maîtresse s'empare de sa vie. Abandonnée à elle-même, elle dissipe et corrompt sa gêné-
reuse vigueur. Les exceptions sur ce point peuvent être considérées comme des merveilles. Quelle vie maîtresse s'imposera donc à une jeune vie qui prend possession de toute son énergie ? L'homme seul ne suffira plus ; car, par un sentiment exagéré de sa dignité, le jeune homme se défie de toute âme qui semble vouloir dominer la sienne. Il ne veut accepter d'influence qu'au nom d'un maître tellement souverain qu'on ne puisse contester ses droits.
Or, Messieurs, il est un maître dont la douce force et l'adorable bonté, en s'emparant de la jeunesse, règlent son esprit, son cœur, ses passions, et lui préparent, avec des joies aimables, la plus grande beauté qui se puisse voir ici-bas. Ce maître, vos cœurs l'ont nommé. Il appelait à lui les petits enfants, les embrassait, leur imposait les mains, les bénissait1. Il était plein de tendresse pour ceux qui vivaient dans son intimité ; mais celui qu'il aimait plus que tous les autres, celui dont il appuyait la tête sur son cœur, celui qui puisait à ce cœur,