Eccles., cap. XI
l'âme sort plus vaillante et le corps plus reposé.
Il veut arriver ; mais la sagesse chrétienne lui apprend à mesurer ce qu'il veut sur ce qu'il vaut, à ne point tendre vers des sommets qu'il ne pourrait atteindre, où il ne pourrait rester sans crime ; elle lui montre les chemins ténébreux qu'il faut éviter, les droits sentiers qu'il faut suivre ; au-dessus de ces choses si vénérables qui commandent les moyens d'arriver à un but: la conscience, l'honnêteté, la justice, elle fait briller une chose plus vénérable encore: la sainteté.
Il veut aimer; mais son cœur, attaché parles fils les plus délicats à l'éternel amour, fuit les cœurs sensuels qui ne donnent qu'une hospitalité passagère et trompeuse où la vertu est tuée en trahison. Sans passion, sans trouble, il cherche un cœur chaste et fidèle, asile plein de repos et cle douceur, où la créature est d'autant plus chérie qu'elle appartient davantage à Celui en qui les cœurs purs doivent s'aimer à jamais.
Il veut se donner ; mais la prudence chrétienne le préserve de cette activité fébrile qui
prodigue la vie en pure perte et lui fait voir les véritables et sublimes objets de ses dévouements : la famille, la patrie, la religion, l'infortune.
Il veut être libre ; mais il n'ignore pas que la liberté a besoin d'être dirigée dans ses premiers pas; qu'elle s'égare si elle n'est pas soutenue par les avis, les conseils et les encouragements de ceux qui ont connu la vie. Il ne croit pas s'amoindrir s'il demeure soumis aux douces autorités qui lui représentent, ou par droit de nature, ou par droit d'état, ou par droit de sagesse, son maître Jésus- Christ.
Il sent bouillonner en lui les flots ardents et généreux d'une vie toute neuve, il entend cette grande et terrible voix des sens qui épouvantait l'Apôtre ; mais, revenu des premiers étonnements et clés premières alarmes de la pudeur, il prend la résolution de n'amoindrir ni ne corrompre par le vice le sang précieux qui doit être plus tard le sang d'une famille. Si la passion le presse, il sait où aller pour en apaiser les ardeurs funestes. La prière est son refuge ; les confidences douloureuses de ses luttes ne
coûtent pas à sa fierté, et il en sort pour ouvrir son cœur plus profond et plus fidèle au tendre ami des âmes pures.
Le voilà! ce préféré du Maître, celui que le Christ aime plus que tous les autres ! Il est pur, il est grand, il est fort, il est sage, il est beau : beau d'une beauté qui, selon le langage du sage, « le distingue entre tous et lui fait honneur près de ceux qui achèvent de vivre : Habet claritatem ad turbas et honorem apud senior es juvenis. » Voyez comme cette âme aimée de Dieu rayonne et resplendit ; comme tout est calme et reposé dans ce visage, comme ce front est serein, comme cet œil est limpide, comme ces lèvres sont souriantes, comme ce maintien est fier sans orgueil ! Va, jeune homme, quoi que tu deviennes, la famille, la patrie, la religion peuvent compter sur toi. Si tu es père, tu le seras tout à fait, et clans un sang pur tu feras germer ta foi et tes vertus. Nul mieux que toi n'est propre à servir la sainte cause du pays et la plus sainte cause de Dieu ; car les nobles ambitions, le courage, la générosité, le dévouement, l'esprit de sacrifice fleurissent spontanément dans les âmes
qu'illumine la foi et que féconde la grâce de Dieu.
Ai-je fait un portrait de fantaisie? Non, Messieurs. J'ai vu la merveille que je viens de décrire, je l'ai vue plus d'une fois, et toujours avec un attendrissement et un bonheur qui ne pouvaient s'exprimer que par les larmes. Je chantais clans mon cœur ce cantique des saintes Lettres : <c 0 quant pulchra est casta generatlo cum claritate : 0 qu'elle est belle la chaste génération qui vit dans les splendeurs des vertus chrétiennes * ! » et je me disais : C'est ainsi que devraient être tous les jeunes gens !
Voilà notre rêve, Messieurs ! Écoutez nos déceptions. L'ennemi du bien, dit un pieux et savant théologien*, s'attaque surtout à ses principes ; ce sont les germes des vertus qu'il
\. Sap., cap. iv, 1.