‹ Discours et panégyriquesChapitre 37 sur 86 · Vincent Contenson · texte numérisé non relu

Vincent Contenson

s'applique à corrompre, les saintes résolutions et les généreux desseins dont dépend toute une vie qu'il s'efforce d'étouffer, sachant bien qu'on renverse difficilement des habitudes établies. Les jeunes pousses sont plus facilement entamées par le ver que le cœur robuste des vieux chênes. La jeunesse est vive et ardente, mais en elle les tissus de l'âme ne sont pas encore affermis. Mille périls la menacent, surtout dans les centres populeux où l'atmosphère morale est, plus que l'atmosphère physique, chargée de principes contagieux. A l'air libre, dans l'isolement des campagnes, sous le faix d'un travail où le corps se dépense plus que l'âme, une jeune nature, si elle manque de développement intellectuel, peut avoir la chance d'échapper aux influences malsaines qui corrompent la rectitude du jugement, la pureté du cœur et la simplicité des mœurs. La jeunesse qu'on lance dans les villes à la recherche d'une carrière est plongée toute vive au milieu de ces influences ; comment n'en serait-elle pas atteinte ?

Toutes ses énergies veulent prendre une direction; mais elle a peu fait encore usage

cle sa liberté, et se trouve en cet état qu'un poète cle l'antiquité a décrit en deux vers charmants :

Quumque iter ambiguum est et vitse nescius error Diducit trépidas ramosa in compita mentes *.

ce II faut avancer, mais la route est douteuse, « et l'ignorance de la vie conduit l'âme trem- « blante d'impatience en des sentiers qui vont « de côté et d'autre, comme les rameaux d'un ce arbre touffu- »

C'est l'inexpérience, faiblesse touchante au milieu cle tant cle force. Il faudrait la diriger au bien ; mais comment ? Le père n'ose plus trop faire sentir son autorité à cette âme fougueuse qui se cabre sous le commandement, la mère voit revenir à elle les traits émoussés cle sa tendresse, les maîtres cle l'enfance et de l'adolescence n'exercent plus qu'une influence lointaine. Le jeune homme est en présence de nouveaux maîtres et d'amis trop affranchis d'un pur et religieux passé. C'est par eux qu'arrivent aux inexpérimentés ces enseignements

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