‹ Discours et panégyriquesChapitre 65 sur 86 · Joan., cap. xvi · texte numérisé non relu

Joan., cap. xvi

enseigne, et sa parole magistrale n'est si prestigieuse et si puissante, devant le peuple et les grands, que parce qu'on sait qu'il n'a rien appris que par le procédé merveilleux de l'illumination divine.

Illuminé comme les apôtres,1 Jean n'a pas un autre but que les apôtres dans sa prédication. Une race nouvelle doit éclore qui remplacera la race usée d'Abraham ; un peuple parfait doit être créé qui supplantera le peuple imparfait et inachevé que Dieu s'était choisi jadis. Mais, entendez-le bien, ce n'est pas la prédication apostolique, si profonde et si sainte qu'elle soit, qui fera éclore cette race et qui créera ce peuple. Aucune parole sortie de la bouche d'un homme, même lorsqu'il parle au nom cle Dieu, n'a le don d'opérer ces révolutions intimes qui transforment les esprits et les cœurs. Si la parole éveille l'attention, arrache l'âme à ses préoccupations vulgaires, la met dans l'attente des opérations divines et la dispose à les recevoir, les coups souverains de la grâce triomphent seuls des résistances de l'erreur et des passions, les coups souverains cle la grâce ont seuls la force

d'assouplir cette faculté auguste par laquelle Dieu a donné à chacun cle nous le pouvoir de lui résister, la liberté. La liberté ! Si elle veut être opiniâtre et rebelle, vous lui parlerez longtemps avant que vous lui fassiez subir l'autorité cle vos discours. Mais que Dieu vienne ; il la touche d'une main respectueuse, avec force et suavité, et, sans la contraindre, il la plie à ses victorieuses volontés. Lors clone qu'on dit qu'un homme en convertit un autre, c'est une manière cle parler par laquelle on unit une pure et simple occasion à un effet, sans supprimer pourtant l'intervention d'une cause occulte qui relie efficacement ces deux choses. Un faux apôtre s'y trompe, mais un vrai apôtre ne s'y trompe pas. Il renvoie à Dieu les victoires cle sa parole. Le but cle la prédication apostolique ce n'est donc pas de créer le peuple parfait que Dieu a prédestiné, mais cle le préparer. C'est à cela que travaillaient les apôtres, c'est à cela que travaillait Jean - Baptiste. L'ange du Seigneur l'avait dit en termes précis à Zacharie : « Ton fils sera grand devant « le Seigneur : Hic erit magnus comm Do- « mino. Et le but de son ministère sera de

<( préparer à Dieu un peuple parfait : Parare « Domino jrtebemperfectam. »

Mais cle quelle manière faut-il parler pour préparer le peuple parfait que Dieu attend? saint Paul l'enseigne à son disciple lorsqu'il lui dit: « Parle toujours, à temps, à contre « temps, arguments, reproches, prières, n'é- « pargne rien : Insta, opportune, importune, « argue, increpa, obsecra1; » c'est-à-dire ne crains pas de braver les passions des hommes, les résistances de l'orgueil, les brutalités de la force, les défaillances de la nature, sois libre ; il le faut.

En effet, mes frères, à quoi bon l'honneur de la mission et l'éclat des lumières divines si l'homme porte tout cela dans un cœur timide et lâche. La mission fait de lui un traître, les lumières se changent en opprobre. Sous le double fardeau que Dieu lui impose, il se traîne misérablement. Honte à celui qui a peur, quand il s'agit cle jeter à la face de l'erreur et du vice une parole hardie qui les condamne et les maudisse ! Honte à celui qui se retire dans

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