II Tim., cap. iv
un coin de la maison de Dieu, et s'endort dans un coupable silence, comme un animal domestique repu d'aliments et fatigué de caresses ! Honte à celui qui sacrifie la lumière et le devoir à un repos égoïste et à une grandeur immorale ! L'apôtre doit être libre, c'est ainsi que l'entendait Jésus-Christ.
Il ne s'est pas contenté d'envoyer les siens et de clissisper les ténèbres qui pesaient sur leur esprit, mais il a dégagé leurs cœurs des chaînes qui retiennent la parole captive. L'homme n'est lâche que parce qu'il est attaché à ses biens, que parce qu'il ambitionne les grandeurs, que parce qu'il veut être aimé, que parce qu'il tient à la vie. Eh bien, mépris des richesses, mépris des honneurs, mépris des affections humaines, mépris de la vie, Jésus-Christ a enseigné tout cela à ses apôtres, il leur a persuadé tout cela et ainsi il les a affranchis.
ce Ne vous attachez pas, disait-il, aux biens périssables que la rouille corrompt et que les voleurs enlèvent. Ne vous faites pas des trésors avec lesquels le cœur s' enfouit , et près desquels il oublie toute dignité. Ne portez ni or, ni ar-
gent, ni besace, ni ceinture, ni deux tuniques, ni bâton. Soyez les enfants de la Providence qui donne à l'oiseau le grain abandonné sur le bord du chemin, et les larmes que l'aurore a répandues dans le calice des fleurs, au lys cette blanche et virginale tunique que le roi Salomon lui eût enviée. »
« Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. Souvenez-vous que quiconque s'abaisse sera élevé, quiconque s'élève sera abaissé. Devenez semblables à de petits enfants. Que celui qui veut être le premier entre tous se fasse le serviteur des autres. »
« Aimez-vous les uns les autres, mais n'amollissez pas votre courage, n'épuisez pas les richesses de votre cœur, ne tarissez pas la fécondité de votre vie, ne vous faites pas un esclavage dans les affections de la chair et du sang. Qui aime son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, ses amis plus que moi n'est pas digne de moi. Qui ne sait pas haïr son père, sa mère, ses frères, ses sœurs, quand leur amour menteur peut rendre traître au devoir, ne peut pas être mon disciple. »
« Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. Bienheureux serez- vous lorsque les hommes vous maudiront et vous persécuteront à cause de moi. Qui aime sa vie en ce monde la perdra pour l'éternité, qui ne tient pas compte de sa vie la sauvera pour toujours. »
Telles sont les paroles du Sauveur. Les apôtres les reçoivent clans un cœur docile, et voilà que, pauvres, humbles, mortifiés, sans famille et toujours prêts à mourir ; c'est-à-dire, que, libres, et affranchis de tous les esclavages, ils parlent à l'univers entier. Quel bruit, grand Dieu ! On croirait entendre ces vents impétueux qui soulèvent les flots de la mer, battent les flancs des montagnes et remplissent les forêts de leurs gémissements. Rien n'épouvante, rien ne retient leur verbe intrépide, ni la colère des peuples ennemis de la vérité, ni la jalouse résistance des pontifes, ni la majesté des proconsuls, des sénateurs et des césars, ni les menaces, ni la brutalité des tyrans. Ils parlent, les pieds dans le sang et la tête sous la hache des bourreaux. Ils parlent, et plus leur parole est comprimée i 18
plus elle jaillit avec force, comme ces eaux impatientes et irritées dont rien ne peut étouffer les gerbes victorieuses.
Vous admirez, mes frères, cette sainte liberté de la parole apostolique, mais n'oubliez pas d'en faire honneur à celui qui l'a inaugurée. Jean-Baptiste fut, comme les apôtres, victime de son grand courage, et, avant que saint Paul eût poussé ce cri sublime : « Verbum Dei non est alligatum1 : La parole de Dieu n'est pas enchaînée, » toute la Judée s'était étonnée de la merveilleuse audace du Précurseur. Sans les entendre, il s'était appliqué les conseils du maître, et avait procédé à l'affranchissement de sa parole par le mépris des biens, des honneurs, des affections humaines et de la vie.
Retiré au désert et dénué de tout, il s'abandonne à la Providence ; humble et dépouillé de toute estime de lui-même, il repousse les hommages qu'on veut lui rendre comme au plus vénéré clés prophètes, comme au Messie. « Non, non, clit-il avec serment ; je ne suis pas « Élie, je ne suis pas le Christ; je ne suis
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(( qu'une voix qui crie clans le désert : Ego vox « clamantis in deserto. Il en est un plus grand « que moi qui se tient au milieu de vous et « que vous ne connaissez pas et je ne suis pas « digne cle délier sa chaussure. Laissez-moi, « laissez-moi, car il faut qu'il croisse et que je « sois diminué : Illum autem oportet crescere « me autem viinuii. » Père, mère, parents, amis, Jean a tout quitté; pendant trente années il s'est sevré cle tout amour humain afin de ne pas connaître, son jour venu, d'attendrissement fatal à son ministère. A peine nourri et sans certitude sur son lendemain, il s'est appris à mépriser la vie. C'est fait; il est pauvre, il est humble, il est sans famille, il est sans peur, il libre, il est apôtre.
Aussi, voyez avec quelle intrépidité il annonce rapproche du royaume cle Dieu, avec quelle ardeur il anathématise tous les vices qui encombrent la voie sacrée par où le Christ doit venir. « Race de vipères, dit-il, qui vous « apprendra à fuir la colère qui doit venir? « Sachez que la cognée est à la racine cle