‹ Discours et panégyriquesChapitre 67 sur 86 · Joan., cap. ni · texte numérisé non relu

Joan., cap. ni

« l'arbre ; tout arbre qui ne rapportera pas « de bons fruits sera coupé et jeté au feu. » Princes des prêtres, docteurs, pharisiens, soldats, publicains, peuple obscur, entendent tour à tour ses reproches, ses menaces, ses malédictions, ses durs préceptes, ses fortes exhortations. La loi, le devoir, la pénitence, la respectueuse attente du Dieu qui approche, il ne connaît que cela. Il faut qu'on l'écoute. Il n'aime personne, il n'épargne personne, malgré les jalousies, les rancunes et les résistances qui acceuillent sa parole.

Cependant, mes frères, il manque quelque choseàl'épreuvede son courage, la majesté d' un roi et la brutalité d'un tyran. Ces deux choses ne lui feront pas défaut. Hérode avait scandaleusement épousé la femme de son frère. Il pensait être fort cle l'appui des lâches flatteurs qui voyaient son crime sans le condamner, mais la loi cle Dieu et la conscience publique veillaient à sa porte clans la personne de Jean-Baptiste. Alors qu'Hérocle croyait pouvoir jouir en paix de son infâme amour, et faire asseoir avec lui sur le trône l'adultère et l'inceste, Jean fait entendre cette parole terrible : « Non licet

<( tibi habere uxorem fratris tui1 : il ne t'est (( pas permis d'avoir la femme de ton frère. » Vous savez quel fut le prix de cet avertissement. La prison, les rancuneuses colères d'une femme impudique et puis la mort. C'était le jour natal d'Hérocle, jour que les princes consacrent à la clémence et aux bienfaits. La cour du roi était réunie à une table de festin et regardait danser la fille d'Hérodiade. Le roi fut séduit, ce n'était pas difficile tant son cœur était corrompu. Il promet à la danseuse ce qu'elle voudrait, fût-ce la moitié de son royaume. Mais, secrètement avertie par sa mère, elle demande la tête de Jean-Baptiste. Hérode fut triste à cause de son serment. Il reconnut, mais trop tard, qu'avant d'exposer la tête de l'homme juste et vénérable qu'il craignait encore, il avait perdu la sienne dans les vertigineuses fumées du festin et des plaisirs. Cependant, il eut l'atroce lâcheté d'être esclave de son imprudence, et de livrer à la compagne de ses ignominies et de ses débauches le sinistre trophée qu'elle convoitait.

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