Le cardinal de Bérulle
dit un grand saint, Dieu a soif des larmes des pécheurs. Deus sitit lacrymas j^eccatorum.
0 Maître bien-aimé, soyez enivré, voici
Madeleine. Toute profanée par le crime, elle
vient s'offrir à Celui qui répare les ruines.
Personne ne l'attend, dit saint Augustin, mais,
avec une pieuse impudence, elle brave Téton -
nement des convives. N'a-t-elle pas fait depuis
longtemps le sacrifice cle cette pudeur dont
Dieu enveloppe comme d'un voile la vertu de
la femme? Si elle a eu l'audace du péché,
pourquoi n'aurait-elle pas l'audace du repentir?
Ce n'est pas en cachette, mais publiquement,
qu'elle a ravi à son Seigneur et Maître les dons
dont il l'a comblée, c'est publiquement qu'elle
veut les lui rendre. Elle ne dit rien, pas un
mot, tant la parole est impuissante à rendre
ce qui se passe dans son âme ; mais ses actions
parlent plus vivement, plus éloquemment que
tous les actes symboliques dont l'antique orient
se servait pour exprimer l'humiliation. Ces
rois vaincus, qui, couchés à terre, prenaient
d'une main tremblante le pied poudreux de
leur vainqueur et le plaçaient sur leur tête
n'étaient pas plus anéantis que Madeleine.
Elle se tient en arrière, dit l'Evangile, prosternée aux pieds du Sauveur : Stans rétro secus pedes Jesu l ! C'est la foi qui lui donne cette humble attitude par laquelle elle semble dire à Jésus : Vous voyez tout, vous savez tout ; ayez pitié de moi. Une grande pensée occupe uniquement son esprit, tout à l'heure plein de tumulte et cle vaines images et complètement vide du souvenir de Dieu : elle croit que Jésus peut lui pardonner, parce qu'elle croit qu'il est un Dieu Sauveur. Les malades et les infirmes qui crient sur les places publiques et sur le bord des chemins : « Fils cle David, ayez pitié de nous, » confessent que Jésus est thaumaturge. Madeleine qui, la première, l'invoque uniquement pour ses infirmités spirituelles, confesse qu'il est rédempteur et, par conséquent, vrai lils de Dieu. Les cimes orgueilleuses de son âme s'inclinent dans cette confession, et Jésus rend hommage à sa foi.
Cependant cette foi n'est que le principe de son salut et la restitution d'un premier bien profané par l'oubli. Son cœur s'est prodigué