Luc, cap. vu
DE SAINTE MARIE-MADELEINE- 3jQ
La grâce, la paix, Jésus pouvait s'arrêter là, il ne nous doit pas davantage. Si le péché enfante des tristesses qui nous empêchent de jouir de l'amitié divine, si, devenu public, il nous attire des mépris et des rebuts, Dieu peut nous laisser aux prises avec ces infortunes trop bien méritées, et notre devoir est de les supporter dans l'humble attitude cle l'expiation. Mais, voulant exprimer en Madeleine toute l'efficacité de la rédemption, le Sauveur ne se contente pas de lui donner la grâce et la paix, il la comble cle joie et d'honneur. Non seulement il approuve son amour, mais il le lui rend d'une manière sensible. Dans toute sa conduite, il est facile de voir que l'âme qu'il aime le plus c'est l'âme de cette pécheresse si miraculeusement revenue de ses égarements. Dès qu'il entend la voix plaintive de Madeleine lui raconter une peine, son divin cœur frémit et ses yeux versent des larmes. C'est vraiment son amie. Il se plaît à honorer sa demeure de sa présence, il s'attache affectueusement à sa famille, il lui permet de saintes familiarités qu'il ne souffre de personne, il la laisse approcher de lui, oindre son corps pour figurer sa
sépulture, s'asseoir à ses pieds, le regarder et l'écouter avec une pieuse ivresse. Il lui parle avec tendresse ; les paroles qu'il lui adresse sont pour elle seule, douces, intimes, profondes, bienfaisantes comme les confidences d'un ami à son ami, Madeleine éprouve, en les entendant, une joie semblable à celle des anges auxquels Dieu communique ses secrets dans les cieux. Son coeur s'épanouit et oublie le monde clans une contemplation qui le ravit. C'est en vain qu'on l'appelle, elle n'entend rien, et à ceux qui se plaignent de son immobilité et de son silence : — « Laissez-la, dit le Sauveur, elle a choisi la meilleure part qui ne lui sera point enlevée : Optimam partem elegit quse non auferetur ab ea1. »
Madeleine est l'amie de Jésus ! Je comprends qu'il n'ait pas permis au monde de la mépriser; le jour môme où il voit dans son coeur le grand amour qui l'amène à ses pieds, il la protège contre les orgueilleux dédains du pharisaïsme. On s'étonne qu'il la supporte; mais lui prétend que malgré ses hontes passées il