X-l'esprit clérical, lui, avec Thabileté et la souplesse
qui le caractérisent, a commencé, au début, par être
fort modeste en ses prétentions. 11 s*est contenté de
demander une humble place au soleil; et puis, quand
cette place a été obtenue, il n'a cessé de ridiculiser,
de couvrir de ses sarcasmes la déclaration de 1682,
c'est-à-dire les anciens principes de TÉglise de France.
M. de Montalembert ne pouvait pas retenir les éclats
de sa gaieté quand il parlait des libertés gallicanes ;
et on a assisté à ce spectacle assez curieux dans
V Église de France de voir des prêtres, des curés, des
évèques même, dont je ne conteste ni le mérite ni la
capacité, traiter Bossuet et ses contemporains comme
de petits garçons qui avaient besoin d'être encore
catéchisés.
L'Etat a laissé faire; l'État a laissé passer. Il s'est trouvé des ministres de la justice, des itiinistres des cultes qui ont, de temps à autre, rétabli les principes. L'Église a continué son travail de cheminement et elle est arrivée à supprimer dans tous les séminaires, même à Saint-Sulpice, l'enseignement des libertés gallicanes et à proscrire comme une hérésie tout ce qui rappelait la vieille Église de France, les libertés traditionnelles de cette Église qui avait été constituée sous le double empire de la protection nationale et de la dignité même de l'Église.
Et qu'est-il arrivé. Messieurs? Il est arrivé qu'on a demandé à enseigner d'abord les petits, les humbles, puis on s'est élevé, on est passé à l'enseignement secondaire, et aujourd'hui nous voici à l'enseignement supérieur, à la collation des grades par les Universités catholiques au détriment de l'État.
A ce propos, permettez-moi, quoique ce soit un incident, de mettre sous vos yeux la manière dont le chef infaillible de l'Église interprète votre loi sur l'enseignement supérieur, et je recommande aux bonnes âmes qu'un libéralisme excessif a entraînées
m CHAMBRE DES DËPCTÂB.
vers la constitution d'Universités catholiques, non geulement la lecture du bref qui investit M*^ l'évËque de Lydda da titre de chancelier chargé de conférer les diplAmes, mais d'un autre bref qui vous fera connaître les doctrines canoniques qu'on professera daii~« ces écoles.
Voici la lettre que le pape, « serviteur des serviteurs de Dieu pour perpétuelle mémoire, » a adressée â l'Université de Lille.
Il est en efl'el nécessaire, pour bien juger l'audace des prétentions ultramontaines dans notre pays, de vous lire ce document. Je ne ferai que quelques réflexions sur les mots qui me paraîtront décisifs, comme «spoliation », par exemple, puisqu'on parle tant de spoliation dans le parti clérical, et qui, dans le document dont je.parle, s'appliquent aux droits de la souveraineté nationale.
« Assis au gouvernail de l'Église catholique, sans aucun mérite de notre part, mais par un mystérieux dessein de la volonté divine... « — Je passe ce préambule. — « ... Nos Vénérables Frères René-François Régnier, cardinal-prËtre de la S. E. R. du titre de la T. S. Trinité'du Mont-Pincius, par Notre grâce archevêque de Cambrai, et Jean-fiaptiste Lequette, évéque d'Arras, ont saisi récemment l'occasion offerte par la restitution enfin obtenue pour eux, du moins en partie, du gouvernement civil, de la liberté d'enseigner... »
Ainsi, cet effort de libéralisme est considéré h Rome comme une restitution pour la partie du droit antérieur et supérieur que possédait l'Église de délivre des diplômes, d'enseigner ses doctrines, et probablement le sens de ces mots «liberté restituée, du moins en partie, >> fait allusion à la prétention très légitime qui doit animer les Églises infaillibles de ne donner cet enseignement qu'à l'exclusion de tout autre.
On ne désespère pas d'en venir là tAt ou tard, et il
4 UAI 1877. 223
faut bien reconnaître que les prophéties de Rome sur les progrès qui se sont accomplis depuis cinquante ans dans ce pays, se sont trop rarement trouvées démenties par les événements.
Après avoir posé à Tétat de principe que cette loi de la collation des grades n*était qu'une restitution faite par le pouvoir civil à TÉglisé, le Saint-Siège arrive à une autre partie, portant sur Tobéissancô qu'on devra dans les chaires qu'on va occuper.
«... Les mêmes vénérables frères ont voulu que cette nouvelle institution se rattachât au siège apostolique par les liens les plus forts du dévouement et de la vénération , et pour cela, ils ont ordonné non seulement qu'elle persévérât constamment dans la profession et la défense de la saine doctrine de la foi, mais encore ils ont décidé dans leur sagesse , comme il convenait de le faire, qu'elle montrerait en toutes choses une parfaite obéissance et soumission d'esprit envers cette chaire du bienheureux Pierre, centre de la vérité et de Tunité catholique.
« Ils n'ignorent pas en effet que cette étroite et parfarite adhésion à la chaire infaillible est le moyen le plus efficace pour, extirper les innombrables erreurs qui, de nos jours, envahissent les sciences, et qui exposent la société civile à tant et de si grands périls, ou plutôt la poussent à sa perte totale... »
Yoilà les étudiants de la Faculté de Lille, au point de vue scientifique, bien lotis pour l'avenir. {Rires à gauche,) Je continue.
«... Ayant pris l'avis de nos vénérables frères le$ cardinaux de la sainte Église romaine préposés à la sainte congrégation des études ; de notre autorité apostolique et de notre pleine puissance... »
Vous croyez peut-être avoir quelque chose à dire, vous autres législateurs , ou ceux qui vous ont précédés, qui ont fondé le droit à l'aide duquel on érigQ
les universités catholiques? vous croyez peut-être que M. le ministre de Tinstruction publique a quelque chose à dire dans ces fondations? Écoutez !
« ... De notre pleine puissance, nous érigeons, instituons et confirmons à perpétuité Tuniversité catholique fondée à Lille, ville illustre du diocèse de Cambrai... <c Car le pape ne connaît pas le département du Nord. {liires à gauche.)
« ... Ville illustre du diocèse de Cambrai, dans laquelle on enseigne la théologie, la jurisprudence, la médecine, la philosophie et les lettres, les sciences physiques et mathématiques, comme nos prédécesseurs et nous, avons érigé, constitué et confirmé les autres universités les plus célèbres.
« Dans Tuniversité ainsi érigée, nous voulons qu'il y ait toujours un chancelier, à la nomination de nous ou de nos successeurs les pontifes romains, qui représente notre personne. A cette charge et pour cette fois, par nos lettres en forme de bref, nous avons destiné et nommé notre vénérable frère Henri Monnier, évoque de Lydda, m partions tnfidedum, lui accordant tous les droits, honneurs et privilèges attachés à cet office, et spécialement pour lui et pour ses successeurs, le pouvoir de créer et d'instituer les docteurs. »
Voilà M. Wàddington réduit à la sinécure! {Rires à gauche.)
«... Le pouvoir de créer et d'instituer les docteurs et de conférer des grades honorifiques, soit par luimôme, soit par un autre...» Cela peut se déléguer. — «... Nous accordons aussi au recteur, aux professeurs, aux maîtres et aux autres fonctionnaires présents et à venir, et aux élèves de TUniversité qui, après les épreuves scientifiques et morales, auront acquis selon Tusage les grades honorifiques et le titre de docteur, tous les droits, libertés et privilèges dont jouissent ceux qui, dans lès autres universités instituées et confirmées canoniquement par nous et nos prédécesseurs,
ont mérité les mêmes postes ou le» grades académiques et le titre de docteur. »
Et alors vers la fin, comme on peut prévoir qu'il y aura quelque résistance, quelques observations de la part des autorités françaises, dont on méconnaît à ce point le droit et les prérogatives, on termine de la manière suivante qui me paraît ressembler, quoique je ne sois pas grand clerc, à un anathème.
« Qu'il ne soit donc permis à aucun homme d'enfreindre ou de contredire témérairement cette page de notre érection, institution, confirmation, réserve, induit, concession, dérogation et volonté. Si quelqu'un osait commettre un tel attentat, qu'il sache qu'il encourt rindignation de Dieu Tout-Puissant et dé ses bienheureux apôtres Pierre et Paul. » {lïires à gauche,) Messieurs, je ne pense pas qu'un document de cette nature ait, à aucune époque, franchi la frontière de France sans qu'il ait rencontré les protestations des magistrats de France, chargés de surveiller la réception des brefs ou lettres apostoliques. Je ne peux pas comprendre comment, soit à Rome, soit à Paris, soit à Cambrai, soit à Lille, il ne s'est pas trouvé un agent assez scrupuleux, assez respectueux de son devoir, des droits du pays, il ne s'est trouvé personne pour porter à la connaissance de qui de droit un document de cette espèce. (Vive approbation à gauche,)
Et, Messieurs, malheureusement, l'introduction en France des hrefs, des lettres apostoliques, qui rencontrait de telles difficultés autrefois, ne s'explique que trop aujourd'hui telle que nous la voyons faite sans entraves. C'est que le mal clérical, — et c'est là un: des côtés de la question que nous agitons aujourd'hui, — c'est que le mal clérical s'est infiltré profondément dans ce que l'on appelle les classes dirigeantes du pays ; c'est que ceux qui le répandent et le propagent ont pris si bien soin, depuis vingt ans, soit dans les écoles qui préparent aux administrations publiques/>
226 CIIA^IBRE DES DÉPUTÉS.
8oit dans ces administrations, soit dans les sphères gouvernementales proprement dites, de faire pénétrer non seulement leur esprit, mais leurs créatures que, aujourd*hui, ils ont presque toujours, sinon la connivence, au moins la complaisance d'un grand nombre de fonctionnaires de TÉtat. {Vif assentiment et applaudissements à gauche.)
C'est là le péril tout à fait éclatant et véritablement alarmant de la situation actuelle, péril qui a été révélé fort souvent dans la presse, dans les Assemblées qui nous ont précédés, alors que le mal dont je parle n'avait pas atteint les proportions qu'il affecte aujourd'hui.
En effet, en 1865 ou en 1864, dans les Chambres qui existaient sous l'Empire, le progrès alarmant des créatures, des disciples, des agents de cet esprit ultramontain et jésuitique avait déjà été dénoncé par des hommes très considérables que, à coup sûr, on ne taxera pas d'esprit révolutionnaire ni d'esprit de secte ; et quand ils apportaient à la tribune, — que ce fût le regretté et malheureux M. Bonjean...
M. LE COMTE DE Colbert-Chabannais. — C'était un sénateur de l'Empire !
M. Gambetta... Ou M. Rouland, ou M. Guéroult, ou le général Husson, — quand ils apportaient à la tribune des documents et des statistiques, — je les ai là sous la main, — on constatait les faits en soupirant, on poussait un cri discret, qui était recueilli dans le Sénat et dans le Corps législatif, mais qui n'en franchissait pas l'enceinte, et, le lendemain, les agents autorisés des congrégations qu'on avait dénoncées, avaient le talent d'enterrer la question, et on ne voyait aucune trace au dehors ni des enquêtes administratives, ni des statistiques officielles. (i?im à gauche.)
Cependant, quand on se reporte à la statistique de cette époque et que, en dehors des pièces et des docu-
.. ments nouveaux, on pense à l'effrayante multîplica- * tîon dont les ordres religieux, les congrégations de ;^ toute sorte, hommes et femmes, offrent le spectacle ~~ depuis le dernier recensement, on se demande si jamais dans aucun pays, à aucune époque, il y a eu "^^ un tel développement et des biens de mainmorte et des congrégations dévouées aux doctrines de la faction politique que je dénonce. {Assentiment à gauche.)
- ' Et, Messieurs, si ce mal se rattachait à Texerciçe r d'un droit régulier, du droit commun ; s'il était vrai
- qu'il y eût là une liberté d'association consentie par le législateur, donnée d'une façon égale pour tous, que chacun pût entrer en lutte avec une égale part d'ombre et de soleil, je ne m'élèverais pas contré ce développement et cette multiplication des ordres, non seulement non autorisés, mais des ordres prohibés par la loi. {Applaudisse^nents à gauche et surplusieurs bancs au centre,)
Mais il n'en est rien. Tandis que les uns ignorent le droit d'association, ignorent presque le droit de réunion, les autres ont à leur disposition toutes les facultés, tous les privilèges, tous les lieux de réunion ; ils ont toute liberté d'acquérir, de recevoir, de transmettre, de s'agréger, de se dissoudre, de se déguiser, de prendre toutes les formules de l'anonymat, de la commandite ; ils sont les seuls qui, dans la France, ont le privilège d'être placés au-dessus de la loi qu'ils violent sans aucun souci, donnant ainsi au monde le spectacle affligeant d'un État mis en tutelle presque avec son propre consentement. (Bravos et applaudissements prolongés à gauche et sur divers bancs au centime.)
Nous en sommes arrivés à nous demander si l'État n'est pas maintenant dans l'Église...
A gauche. — C'est cela! — Très bien I
M. Gambetta... a rencontre de la vérité des principes qui veut que l'Église soit dans l'État.
A gauche. — Très bien! très bien !
M. Gambetta. — Messieurs, si Ton n'adopte pas an prompt remède pour résister à cet esprit d'envahissement, qui touche à tout et qui ne néglige rien, —car c'est grâce à lui que, dans les familles, dans les ateliers, dans les champs, partout enfin, s'est répandue cette opinion, cette certitude que Tultramontanisme, le cléricalisme, est tout-puissant pour protéger les intérêts matériels de ceux qui en forment leur clientèle, — si, dis-je, on n'adopte pas un prompt remède pour résister à cet esprit d'envahissement et de corruption, il atteindra le double but qu'il se propose : la conquête de l'État et la direction des foules.
A gauche. — Très bien 1 très bien !
M. Gahbetta. — Voilà où nous en sommes 1
Eh bien, sommes-nous véritablement des novateurs quand nous venons dire, non pas au nom de nos idées républicaines, — ce serait notre devoir, — non pas au nom de la démocratie française, — ce serait notre mission^ — mais au nom des droits imprescriptibles des sociétés qui veulent rester libres et maîtresses d'elles-mêmes, sommes-nous des novateurs quand nous venons dire qu'il est temps de rappeler au respect des lois, et de réintégrer dans la position inférieure et subalterne qu'elles doivent occuper dans not^6 société les Églises, quelles quelles soient? {Vt'/s ap^ plaudissements à gauche et sur plusieurs bancs au centt*e.)
Il y a là de quoi véritablement alarmer, je ne dis pas seulement les hommes politiques, mais les hommes sincèrement patriotes, surtout quand on pense que c'est précisément au moment où l'Europe, est inquiétée par des bruits sourds de conflits, où les perspectives les moins rassurantes se présentent devant nos yeux, que, sur un signe parti du Vatican, on entreprend cette campagne de Rome à l'intérieur et cette campagne diplomatique à l'extérieur. {Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)
• Et qu'on ne vienne pas nier, qu'on ne vienne pas équivoquer sur les mots. De quoi cst-ii question dans ces documents nombreux, dans ces lettres pastorales, dans ces écrits publiés par une presse qni n'est pas seulement l'organe des opinions de Tépiscopat, mais qui, au besoin, lui fait sentir sa domination? 11 y a ici un évoque qui le sait. (Mouvement prolongé.)
11 y a un véritable déchaînement de passions violentes, révolutionnaires; il y a cette injonction, adressée au gouvernement, de rompre avec la révolution italienne ; il y a la sommation faite au chef du pouvoir exécutif de déclarer à ce peuple, qui n'a fait que reprendre la légitime possession de son sol et de ses droits... (Applaudissement prolongée à gauche et au centre.), qu'il n'y a rien de commun entre sa politique et cette révolution triomphante.
Ce n'est pas. Messieurs, — et ici je vous prie de remarquer la sincérité de ma parole, — ce n'est pas que j'aie jamais pu croire qu'il dépendît d un audacieux, d'un téméraire, de changer ni la ligne politique de notre gouvernement, ni les sympathies que l'homme qui a conquis sa gloire sur le champ de bataille de Magenta doit nourrir pour le peuple italien ;... (Applaudissements prolongés à gauche et au centre.) mais ce qui n'est pas permis, ce qui n'est pas tolérable, c'est d'entendre dire qu'une députation de cléricaux s'est rendue chez le ministre des affaires étrangères et Ta sommé de lui donner des explications comme s'ils étaient les agents de Mb' Simeoni et les porteurs de sa circulaire diplomatique. Ce qui n'est pas tolérable, c'est d'entendre M«' de Ladoue dire aux agents de la puissance publique : Je désire que vous vous mettiez '. en relation avec les populations, que vous leur disiez t que le pape estcaptif, que le pape n'est pas libre, que,
par conséquent, les consciences catholiques sont asservies, qu'elles tremblent pour leur dignité, qu'elles tremblent pour leur foi. Ce qui n'est pas tolérable,
c'est d'entendre dire de pareilles choses par on érêque, qui, lui, est un fonctionnaire, car si les curés ne sont pas fonctionnaires, les évoques le sont, puisqu'ils reçoivent l'investiture du Gouvernement, du chef du pouvoir exécutif. Ce qui n'est point tolérable, c'est de voir un évèque sortir à ce point de son rôle, probablement par n^veté ; je ne veux pa:^4ncriminér ses intentions et ses sentiments à ce point. Ce qui n'est pas tolérable, c*est d'entendre dire qu'an évêque revenant d'un voyage de Rome, en publiant la circulaire que vous connaissez^ après son retour dans son diocèse, n'a fait qu'un acte de courtoisie à l'égard du Vatican. Je n'insiste pas, du reste, là-dessus. Mais ce qui est grave, c'est de dire qu'il faut agir sur les conseils du pays; qu'il faut que les conseils du pays soient mis en mesure d'opter pour une politique tendant à désavouer les actes du gouvernement italien et à susciter une campagne diplomatique en ce sens.
Vous avez vu il n'y a pas encore si longtemps, Messieurs, — vous en êtes encore tout saignants, — vous avez vu où conduit ce genre de politique qui commence par des négociations mal engagées : c'est à la guerre, au bout de peu de temps, et vous savez à quelles catastrophes aboutit une telle entreprise quand on a contre soi le sentiment de l'Europe. ( Vive approbation à gauche et au cent9*e.)
C'est pourquoi, Messieurs, dans les circonstances présentes, le gouvernement a un devoir à remplir visà-vis du pays et vis-à-vis de l'Europe. Il faut que, malgré le mépris que peuvent inspirer au robuste bon sens de la France ces menées coupables, le gouvernement déclare qu'il entend délivrer la France des étreintes de la politique ultramontaine. 11 lé faut, non seulement pour maintenir une législation qu'il est temps de restituer dans toute son intégrité...
Su7' un grand nombre de bancs» — Ouil oui'I
M. Gambetta.... — Car retenez bien ceci : le Concordat est la loi du pays...
Une voix au centre. — Très bien I M. Gambetta. — Et quant à moi, qui suis partisan dn système qui rattache FÉglise à TÉtat.... {Mouvement.) Oui I j'en suis partisan, parce que je tiens compte de l*état moral et social de mon pays, mais je ne veux, entendez-leje ne veux défendre le Concordat et rester fidèle à cette politique, que tout autant que le Concordat sera interprété comme un contrat bilatéral qui vous oblige et vous tient, comme il m'oblige et comme il me tient I {Vifs applaudissements à gauche et au centre.)
Et qu'on ne vienne pas nous dire que Ton distingue, qu'il y a des articles organiques qui ont été pour ainsi dire l'œuvre du pouvoir exécutif intérieur français, qui n'ont pas été ratifiés par le pape, qui ont été matière à règlements, et non pas matière à traités, à négociations. D'abord cela est faux, et, si on veut ouvrir ici une discussion sur ce sujet, nous l'établirons avec des documents irréfutables.
Mais, Messieurs, ei^t-ce que vous ne mesurez pas le chemin que vous avez parcouru ? Il y a dix ans, il y a douze ans, la môme question se présentait devant le Sénat français ; on avait interdit une encyclique, on avait déféré un archevêque au conseil d'État, il avait été convaincu d'abus.
Messieurs, il y eut alors un débat au palais du Luxembourg, et dans ce débat il y eut aussi des ultramontains qui parlèrent de l'inutilité, de la caducité du Concordat et des articles organiques ; il leur fut répondu victorieusement comme il a été toujours répondu victorieusement dans ce pays, par les défenseurs du droit civil et de l'État laïque, qui ont pris la parole contre les défenseurs des doctrines romaines. Mais il y eut quelqu'un qui se leva dans cette Assemblée pour prononcer un grand, un mémorable dis-
23S CIUMORK DES DÉPUTÉS.
cours, qui restera comme Tœuvre d'une âme de patriote dans une âme de catholique, chose rare ; c'était M«' Darboy. (Applaudissements à gauche et au centre. — Réclamations à droitel)
M. LE VICOMTE DE BÉLiZAL. — La foi iuspife le plus pur patriotisme.
M. Gambetta. — Eh bien, aujourd'hui cherchez, interrogez rhorizon, passez en revue Tépiscopat français î Où est M«^ Darboy?
M. Paul DE Cassagnac. — Vous l'avez tuéî {Vives protestations à gauche et cris : A l'ordre! à f ordre/)
M. Le Provost de Lauiïay. — Si ce n'est pas vous, ce sont vos amis !
M. DE Baudhy - d'Asson. — Vos amis l'ont fusillé! Respectez au moins la mémoire de leur victime !
M. Paul de Cassagnac. — Nous sommes catholiques et patriotes, et M. Gambetta nous a tous insultés en venant affirmer le contraire. {Vive agitation.)
Voix à gauche. — A l'ordre 1 à l'ordre l
M. Paul de Cassagnac — Et M. Gambetta qui accuse les catholiques de n'être pas patriotes l Nous demandons la justice pour tous, et nous ne tolérerons pas de pareils outrages.
M. LE Président. — Je n'ai pas besoin de faire ressortir la gravité et la fausseté de l'imputation que vient de se permettre M. de Cassagnac envers un de ses collègues. {Très bien/ très bien/ à gauche et au centre.) Je le rappelle à l'ordre! {Très bien/)
M. Paul de Cassagnac — Et M. Gambetta, quand il dit que les catholiques ne sont pas patriotes I
M. Le Provost de Launay. — Nous nous sommes battus et il ne s'est pas battu !
M. Bourgeois, s'adressant à M. Gambetta. — Vous avez décoré le général Charotte ! On peut donc être à la fois patriote et catholique !
M. Granier de Cassagnac — Monsieur le président, faites votre devoir pour tousl
A gattche, — N'interrompez pas! — A Tordre! M. UR Président. — Vous pourrez répondre aux appréciations de Torateur... {Exclamations à d^^oite,) ; mais vous n'avez pas le droit de vous permettre contre vos collègues des imputations de la nature de celles que vous venez de faire entendre. [Très bien/ très bien/)
M. Paul de Gassagnac. — Nous demandons la justice pour tous!
M. LE Président. — La première justice à vous rendre est de ne pas vous permettre de proférer des imputations de la nature de celles que vous venez d'adresser à vos collègues l
- M. Paul de Gassagnac. — Nous ne laisserons pas insulter les catholiques ! M. Gambetta a dit qu'on ne pouvait pas être patriote et catholique. C'est un mensonge. ( Fivcs fMmewrs.)
M. LE Président. — Si M. Gambetta s'est permis à l'égard de ses adversaires l'appréciation dont vous vous plaignez, il a eu tort... {Àkl ah! à droite,) M. Gambetta. — Mais cela n'est pas exact I Voix à droite. — Si ! si I
M. Paul de Gassagnac. — Et vous l'avez laissé dire 1
M. Gambetta. — Je disais : Où est aujourd'hui M«' Darboy? >* On m'a répondu : « Vous l'avez assassiné!»
La valeur de cette interruption n'ayant échappé à personne, je n'éprouve pas le besoin d'y répondre. [Approbation et rires à gauche,)
Et maintenant, quand je disais : Où est M>' Darboy? je voulais dire : Où est la doctrine de M»' Darboy? Car les hommes peuvent disparaître, mais vous devez compte de la disparition des doctrines. Eh bien, aujourd'hui. M»' Darboy et ses pareils, c'est-à-dire des hommes dévoués à la défense des idées gallicanes, il peut en exister dans les rangs du clergé. Ah ! comme ils doivent souffrir, comme ils doivent être tristes jus-
m CHAMBRE DBS DÉPUTÉS.
qu'à la mort dans leur âme I Mais il n*en est pas an seul qui oserait élever la voix et protester pour la revendication de ces libertés traditionnelles» comme le faisait M**" Darboy dans le discours éloquent que je rappelais tout à Theure.
M. Paul de Cassagnac. — C'était avant le concile 1 [Exclamations ironiques à gauche.)
M. Gambetta. — Naturellement, c'était avant le concile. Mais n'ai-je pas pris la peine de l'indiquer tout à l'heure en faisant dater le progrès, le déchaînement dans le progrès des idées ultramontaines, précisément de ce concile de 1870? Je maintiens donc qu'aujourd'hui l'épiscopat peut bien compter encore quelques individualités attachées in petto aux doctrines que défendait le grand évoque dont je citais tout à rheure le nom, mais que précisément le triomphe des doctrines ultramontaines do 1870 a eu pour résultat de réduire au silence et à l'obéissance tous ceux qm figuraient autrefois dans ce qu'on pouvait appeler légitimement le clergé national. Messieurs, c'est de cette situation nouvelle que nous nous plaignons ; le plus clair résultat de ce concile à nos yeux a été précisément d'ébranler le Concordat, de mettre en question ce traité, ce contrat synailagmatique qui règle les rapports du sacerdoce et de l'empire, de l'État et de l'Eglise, en dehors duquel il n'y a que deux solutions : ou l'exclusion ou la séparation.
Or, comme nous estimons que tout vaut mieux que ces deux solutions, nous voulons ramener au respect du Concordat et des articles qui l'accompagnent, à Tapplication rigoureuse, permanente, répressive des lois qui figurent dans nos codes pour la défense de nos libertés et pour la protection de notre indépendance ecclésiastique. [Bravos et applaudissements à gauche et au centre.)
Je disais tout à l'heure qu'il ne convenait pas de s*égarer dans des querelles théologiques^ qu'il ne fallait
-pas inToquer le refus, ou le silence, ou Taversion que Rome â manifestée pour les articles organiques, auxquels personne en France, fonctionnaires ou citoyens, xie pourrait opposer une fin de non-recevoir.
Messieurs, je dirai toute ma pensée. Il faut choisir; c'est un dilemme que je pose : Ou vous cesserez d'être Français, ou vous obéirez à la loi. {Vive approbation à gauche et au, centre.)
En tenant ce langage, sommes-nous trop exigeants, sommes-nous des hommes passionnés? {Rires troniques à df*oite.)
M. DE Baudry-d'Asson. — Au contraire !
M. Gambetta. — Comment! nous sommes passionnés...
A droite. Oui 1 oui !
M. Gambetta. — ... quand nous venons vous demander... {Vive$ interruptions à droite.)
Si vous ne voulez pas que je parle, continuez, ce sera plus court; mais cela ne prouvera certainement pas que vous m'enseignez à n'avoir pas de passions. {Sourires approbatifs.)
Sommes-nous, dis-je, des hommes passionnés, quand nous venons demander l'application des lois qui ont été appliquées par M. de Vatimesnil, par M»' Frayssinous, par le gouvernement de Charles X, par le gouvernement de Louis -Philippe, par l'Empire? Proclamez donc qu'à vos yeux il n'y a que la République qui ne soit pas en état de légitime défense. Dites-le ; ayez ce courage ! Et alors avouez que vous n'êtes qu'une faction politique montant à l'assaut du pouvoir. {Vifs applaudissements et bravos à gauche et au centre.)
D'ailleurs j'en ai assez dit; le sentiment de la Chambre est fait, et je doi^ dire que, quelque précision qu'elle mette dans sa sentence, elle ne satisfera qu'à moitié la conscience nationale indignée, révoltée d'être ainsi périodiquement agitée par des hommes qui
S38 CHAMBRE DBS DÊPUTJtS.
ne relèvent que de Félranger. {ApplàttdissemmU m centre et à gauche.)
Plusieurs membres à droite. — A Tordre ! à Tordre! {Exclamations et rires if*oniques à gauche.)
M. Paul de Gassagnag. — Vous avez relevé des Prussiens le 4 septembre !
M. Gambetta. — On nous disait hier qu'on redoutait l'effet de ces discussions, de ces révélations pour les élections prochaines.
Ahl je le crois bien que vous le redoutez ; ah î je crois bien que vous tremblez de venir devant le suffrage universel, devant le paysan français. {Interrupiions à droite.)
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccla. — Nous ne le craignons pas.Nous ne redoutons pas la dissolutioD.
A gauche. — A la tribune !
M. DE Baudry-d'Asson. — Nous la craignons moins que vous, la dissolution!
M. Gambetta. — Alors, pourquoi protestez-vous?
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccta. — Je le répète, voulez-vous la dissolution? Nous la voterons à rinstant même, nous n'en avons pas peur. {Exclamations diverses à gauche.)
M. le président. — Veuillez ne pas interrompre.
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Nous n'avons pas...
M. LE président. — Ne prenez pas la parole ainsi, vous savez bien que vous n'en avez pas le droit I
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Monsieur le président, on nous dit...
M. Madier de Montjau et autres membi^es à gauche, — Montez à la tribune !
M. DE La Rochefoucauld, duc de Bisaccia. — Nous sommes tout pç'êts à discuter..,
Plusieurs membres. — N'interrompez pas !
M. Gambetta. — Ah! je comprends que M. de Valfons, dans la sincérité de ses appréhensions, ne faisait