‹ Discours et plaidoyers choises de Leon Gambetta avec une notice biographieChapitre 25 sur 33 · RÉUNION ÉLECTORALE DU XX* ARRONIHSSRMBNT · texte numérisé non relu

RÉUNION ÉLECTORALE DU XX* ARRONIHSSRMBNT

mais je dirai que je n*en connais pas d*autre , car c*est la politique de la raison, et j*ajouterai que c*est la politique du succès. {Applaudissements prolongés.)

En effet, quand je suis entré dans la vie politique, cl depuis, je ne me suis pas contenté d*étudier Thistoire générale de ce grand et malheureux pays qu'on appelle la France; j'ai étudié aussi rhistoire de notre parti, et non pas seulement à partir de 1789, mais dans la nuit des temps historiques de notre France, à répoque où notre démocratie ne faisait que balbutier. J'ai suivi, pour ainsi dire à la trace de son sang, ses progrès, ses défaillances, ses témérités suivies de réactions ; c'est alors que je me suis fait un serment, — le serment de dire, après l'avoir appris, pourquoi cette admirable cause de la démocratie républicaine avait eu^ dans le cours de notre histoire, ses poussées (ironiques en avant et aussi ses défaillances et ses retours en arrière, également chroniques, et il m'est apparu avec la clarté solaire que ce qui avait fait autrefois la triste gloire de l'héroïsme démocratique, en même temps que sa perpétuelle confusion dans les affaires, c'est que notre parti sacrifiait trop, d'un côté, à l'esprit de chimère, d'aventure et de violences, et que, d'un autre côté, du côté des classes dirigeantes, le reste de la France avait cédé à la plus basse, à la pire des passions sociales, à la peur, la peur, mal terriblement français en politique, la peur, le pire des conseillers d'une nation ; la peur qui a fait souvent, avant l'adoption de la politique que je défends devant ceux qu'on a appelés les dirigeants, que les bourgeois ont été obstinément opposés, aveuglément fermés à toutes les idées de revendication politique; la peur qui faisait qu'à la moindre rumeur publique la rue s'emplissait de bruit et de force militaire et que tout se liquidait parla mortella misère des uns — toujours les mêmes — et par la victoire abjecte des cynismes et des apo-

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tasies accouplés pour le triomphe de la réaction. J}ouble salve d'applaudissements,)

Voilà ce qui m'a inspiré de rompre avec ce passé ît de me dire : Tu consacreras ta vie à soutirer Tesprit de violence qui a tant de fois égaré la démocratie, à lui interdire le culte de l'absolu, à la diriger vers rétude des faits, des réalités concrètes, à lui apprendre à tenir compte des traditions, des mœurs, des préjugés, — car les préjugés sont une force, on ne les brise pas : il faut les dissiper par la persuasion et par la raison. {Applaudissements.) Tu apprendras à ton parti à abdiquer, à détester l'esprit de violence. Tu t'efforceras d'arracher l'aiguillon de la peur qui pousse à prendre des mesures de réaction. Tu te présenteras, — et c'est par là que nous avons vu le succès couronner nos premiers efforts, — tu te présenteras comme une sorte de conciliateur entre les intérêts des uns et des autres ; et si tu pouvais arriver à réaliser cette alliance du peuple et de la bourgeoisie, tu aurais fondé sur une assise inébranlable l'ordre républicain. {Très bien! très bien! Applaudissements unaniines,)

Et alors, qu'est-ce que nous avons fait? qu'avonsnous fait dans les Chambres, dans le pays ? qu'avonsnous fait dans la presse? Nous avons fait cette double propagande, ce double prosélytisme; nous avons parlé à la fois aux prolétaires et aux bourgeois, essayant de les convaincre de part et d'autre, et nous avons réussi. Car, Messieurs, ne l'oubliez pas, c'est grâce au triomphe de cette politique que nous avons vu d'abord l'adoption du régime républicain par le pays dans son immense majorité ; c'est grâce à cette politique pratique, à cette politique expérimentale, ayant ce caractère vraiment moderne et contemporain, que la bourgeoisie a laissé de côté ses frayeurs» ses aversions, ses antipathies; c'est grâce à cette politique que Ton a pu installer dans les communes^

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dans les conseils généraux^ dans les départements,! et faire monter jusqu'aux grands pouvoirs pubHcs, quoi?... L*expression des vœux de cette partie de la nation française que j*ai appelée les nouvelles couchesti sociales, qui sont aujourd'hui aux affaires et qui les gèrent à la grande confusion, au dépit et à la ragct| des partis vaincus, et pour la grande prospérité de France. (Applaudissements f^épétés,)

Cette politique, qui est véritablement nationale, car elle s'adresse à tous les membres de la famille française, à Touvrier des champs, comme à l'ouvrier des villes^ à l'homme de labeur et d'étude dans son cabinet, comme à celui qui sert sa patrie sur les champs de bataille, cette politique est celle qui dit à tous : Désormais vous pouvez être absolument convaincus que ce|t^ démocratie, par les exemples de sagesse qu'elle a donnés, a assuré la sécurité de vos intérêts, Tordre dans la rue; elle a fait voir qu'un grand peuple de trente-six millions d'âmes peut vivre, que dis-je : peut vivre? peut se développer et grandir sous la forme républicaine, si bien qu'aujourd'hui. Messieurs, il ne s'agit plus que d'une chose, et celte chose, nous l'aurions eue si le scrutin de liste avait triomphé ; il ne s'agit que d'en finir avec toutes les compétitions, avec toutes les résistances, et de n'avoir plus qu'un peuple, comme nous n'avons qu'un drapeau. {Salve d'applaudissements.)

De cette politique-là, Messieurs, j'ai le droit de dire qu'elle a été couronnée de succès. Dès le lendemain de nos désastres, elle a mis la France en état d'affirmer qu'elle avait sauvé son honneur, et depuis elle a mis la France en état d'éblouir le monde parla richesse de son crédit, en état de refaire à la fois sa sécurité intérieure et son outillage matériel et économique, en même temps qu'elle la metjtait à même de refondre cette immense coulée de bronze militaire que l'empire avait enfoui et perdu dans le désastre

de Metz et dans le gouffre de Sedan. (Sensation. — Applaudissements,)

Aussi, Messieurs, la France ainsi refaite, de qui se réclame-t-elle aujourd'hui ? De la République, et rien que de la République. Et, quant à moi, j'ignore les nuances, et je ne veux pas chercher les distinctions et les qualifications. Je Tai dit une fois pour toutes : Que me font à moi vos querelles personnelles, vos divisions en groupes et en sous-groupes? que me font les noms et les surnoms ? Tout cela ne m'intéresse pas et n'intéresse pas la France. Elle ne reconnaît, elle n'adore qu'une idée devant laquelle elle s'incline : la République ! (Double salve d' applaudisse-

Gomment a-t-on obtenu ces merveilles ? Par la sagesse; en démontrant à la majorité de ce pays-ci l'excellence du régime républicain. Il n'aurait pas suffi de faire la preuve, ce n'était là qu'une affaire de dialectique et de passion de logicien, mais il fallait faire toucher du doigt les résultats matériels et moraux aux plus aveugles, aux plus résistants, aux plus passionnés, comme aux plus inutiles. Or il est arrivé qu'un jour on a voulu mettre cette République en péril. Ce jour-là, le pays s'est levé tout entier, et rien que d'un coup d'épaule il a envoyé depuis le maréchal jusqu'au dernier des curés de France.... ( Vives acclamations, — Applaudissements plusieurs fois répétés.)

Et dès le lendemain, que faisait-on ? On installait sur le premier degré du pouvoir social Thomme que vous savez, l'homme qu'une vie sans tache avait désigné aux suffrages du pays, et j'ajoute : du monde civilisé. On ne se contentait pas de grandir la République en confiant ce dépôt précieux aux mains les plus pures et les plus sûres, on ramenait l'Assemblée à Paris, on rendait Paris à la France et la France à Paris, et, plus tard, quelques mois après, on rendait à leurs foyers et à leurs iamilles les

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TaincQs de la guerre civile, on transformait Tadministratîon générale du pays jusque-là confiée à des mains suspectes el criminelles, et on imprimait une impulsion inouïe à toutes les idées de développement et de progrès dans les écoles ; on amassait les millions pour les répandre sur les déshérités de la fortune, et en moins de trois ans on faisait monter de 28 millions à 106 millions la dotation de Témancipation intellectuelle du pays. {Bravos et applaudissements.) '

Je n'en finirais pas si je vous entretenais de tout ce qui est sorti de Tœuvre de cette Assemblée qu'il est de mode de conspuer aujourd'hui, parce qu'elle n'a pas tout fait, parce qu'en quatre ans et en cinq cents séances elle n'a pas tout réformé, tout bouleversé, mis dessous ce qui était dessus et dessus ce qui était dessous. [Rires et applaudissements.) Ce n'était pas là sa tâche ; elle en avait une plus limitée et plus pure : elle avait la tâche d'en finir avec le pouvoir pe^ sonnel, d'assurer le respect de la République, de relever le crédit de la France au dedans et au dehors ; et cette tâche, je ne sais pas ce que les individus peuvent en dire, je n'en dirai rien, quant à moi, car l'orgueil inspire de vaines et funestes pensées, mais le pays, mais l'histoire diront que de toutes les Assemblées qui se sont succédé en France, il peut y en avoir qui ont été plus mouvementées et plus dramatiques, mais qu'il n'y en a pas eu de plus foncièrement honnête et de plus féconde.

Elle nous a rendu la liberté de la presse, — j'imagine qu'on en jouit aujourd'hui (Sourires) ; — elle nous a rendu le droit de réunion que l'on nous mesurait si parcimonieusement il n'y a pas dix ans, sous l'empire, par exemple, mais il y a seulement quatre ans, car il m'a été interdit, en province, de me trouver à table avec plus de sept personnes. [Rires.) Il est de mode de dire .aujourd'hui que la liberté de

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la presse n'existe pas. Eh bien, je crois que dans aucun pays de l'Europe, — entendez-le bien, — il n*exisie une législation aussi libérale que celle dont vous a dotés la majorité des 363.

Elle a porté la main sur les autres problèmes politiques et sociaux. Elle a rendu d'abord à l'État ses prérogatives légitimes en matière d'enseignement; elle a sécularisé l'école et elle a entendu séculariser aussi l'administration. Elle y a réussi, malgré les cris de persécution et de martyre poussés par les capucins de toute nature, de toute robe, de toute couleur dont vous avez entendu suffisamment parler. {Vive hilarité. — Applaudissements,)

Mais je ne veux pas prolonger cette partie de mon discours qui appartient au passé. J'ai hâte d'arriver au présent et de soulever, si je le puis, un coin du voile qui nous cache l'avenir. {Mouvement marqué d'attention.)

Messieurs, je le répète, cette Chambre a laissé des matériaux que celle qui lui succédera devra mettre en œuvre. Le pays peut-être renouvellera le mandat de la Chambre qui vient de finir : dans tous les cas il dira dans sa souveraineté, d'i^ à quelques jours, ce qu'il en pense. Je l'ai déjà annoncé dans une autre enceinte et dans un autre département : vous reverrez à peu de chose près la même Assemblée. Je dois dire que, malheureusement pour nous, cette Chambre nouvelle ne sera pas nommée au scrutin de liste. Mais, nommée avec ce mode de votation, la nouvelle Chambre eût été à peu près la môme que l'ancienne. Car il ne s'agissait pas tant de changer les hommes que de les émanciper, de les grandir, de les élever au-dessus de ce milieu trop restreint qui comprime les intelligences les plus fortes, les esprits les plus indépendants. [Bravos.) Mais les hommes, vous les reverrez en grande majorité. J'espère que notre pays, si vigoureux, si avisé, si maître de ses volontés, même avec cet instru-^

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