‹ Discours et plaidoyers choises de Leon Gambetta avec une notice biographieChapitre 27 sur 33 · RÉUNION ÉLECTORALS DU XX* ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

RÉUNION ÉLECTORALS DU XX* ARRONDISSEMENT

Ici, Messieurs, je demanderais également que Ton opérât une amputation extrêmement sérieuse. Il y a 27 cours en France ; elles correspondent à de vieilles situations, à de vieilles coutumes locales, je le veux bien. Elles se sont illustrées par des générations, par des familles de magistrats... Je n'ai rien à objecter contre le lustre de ce passé; mais enfin, nous avons singulièrement, depuis un siècle, rapproché les distances. Nous avons singulièrement aussi, je ne dis pas facilité la procédure, car c'est encore un grief auquel il faudra donner satisfaction à la prochaine législature ; nous avons, dis-je, simplifié les questions de droit et de jurisprudence. Il n*y a guère aujourd'hui, en effet, de questions juridiques qui n'aient été agitées et tranchées. Je crois donc que l'on pourrait réduire le nombre des cours en raison de la facilité des communications; quand on se rend à un tribunal ou à une cour, peu importe que la cour à laquelle on se rend soit à trois ou quatre heures de voiture, ou à cinq heures de chemin de fer, car la multiplicité et la rapidité des communications ont facilité les rapports des juges avec les justiciables.

Supposez donc que Ton réduise le nombre des cours; que, dans chaque, cour on réduise le nombre des chambres et que, dans chaque chambre, on réduise le personnel... Ahl alors, nous sommes en présence d'une réforme réellement pratique et réalisable! Voilà comment je comprendrais que l'on posât la question, et j'en reviens alors, inévitablement, à ce procédé que j'appelle la sélection. Vous aurez peu de juges, peu de magistrats, et vous pourrez mieux les payer. C'est là une grosse question. Messieurs, car soyez sûrs que si l'esprit démocratique n'a pas fait plus de chemin dans la magistrature depuis de longues années, cela vient de ce que les membres de familles appartenant aux classes dirigeantes pouvaient se faire une posiUou dans l'ordre judiciaire quelle que fût l'exiguïté du irai*

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12 AOUT 1881. S«r

t^ement. Mais je trouve que, dans une démocratie orgam3ée, tout travail mérite un salaire raisonnable I (^Jtfaf^ques d'appi'obation.)

Dès lors, je ne comprendrais pas que Ton touchât à la, magistrature sans faire trois choses à la fois : pren- €ire les juges parmi les hommes vraiment éclairés et savants; par conséquent, les choisir au concours, à la suite d'épreuves, et leur faire une situation honorable et honorée afin, que la question de fortune préalable ne se posât pas comme un obstacle en face du candidat. (Bravos et applaudissements.) Enfin, en troisième lieu, ce que je voudrais, c'est qu'il n'y eût plus d'avancement pouF les magistrats et que leur situation fût tellement honorée et rentée, qu'ils n'eussent plus aucune espèce d'intérêt à ce que l'on appelle une promotion. Us ne donneraient pas ainsi ce spectacle, qu'étant ce que l'on nomme inamovibles en droit, ils sont, en réalité, tout ce qu'il y a [de plus amovible et de plus mobile. [Rires et applaudissements.)

Messieurs, ces réformes sont pratiques, possibles, raisonnables. Posée ainsi, la question n'est pas difficile à résoudre ; on ne peut pas lui opposer l'objection des droits acquis, puisque c'est une réforme qui porte surl'organisation judiciaire, et qu'elle entraîne, comme conséquence de l'entreprise, la réforme du personnel. C'est donc ainsi que je comprendrais cette partie de la question ; mais je voudrais que cette réforme fût immédiatement suivie d'une autre, également importante pour les justiciables, qui consisterait à introduire dans la procédure une extrême simplification, afin de donner au petit, à celui qui n'a pas la possibilité de risquer sa bourse et d'engager la lutte du pot d!argile contre le pot de fer, la facilité de plaider, d'ester en justice sans être obligé de s'arrêter parce que, comme dit le bon sens populaire, mieux vaut un mauvais arrangement qu'un bonprocè8,( Vive approbation.) Je crois qu'il y a assez de lumières au sein des deux

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Chambres, au sein du' gouvernement surtout, pour mener à bien très promptement cette réforme de la procédure.

Voilà donc, je le répète, ce que je crois réalisable et immédiatement applicable ; quand on aura fait ces réformes, on pourra plus tard en faire d'autres et entrer dans une voie encore plus démocratique. Mais je me borne, selon mon habitude, à demander ce qui est possible et pratique, ne voulant pas faire ce que Ton a fait depuis cinq ans sous prétexte de mieux et d'absolu : nous condamner à rinanjition. {Vifs applaudissements.)

Ainsi, Messieurs, vous ne verriez plus se produire des scandales comme ceux dont vous avez été témoins à l'occasion de certains procès, de certains décrets, de certaines pom*suites^ de certains magistrats, de certains journalistes. Nous avons vu, en efiTet, la magistrature française, dans une partie de ses membres, entrer en lutte avec le pouvoir, fouler aux pieds la loi des lois, la Constitution, et ne rencontrer que l'impunité ou des mercuriales que l'on accueillait le sourire aux lèvres, puisqu'il ne s'agissait que de mercuriales. {Rires et salve d'applaudissements,)

Je dis, Messieurs, que c'est là un scandale auquel on mettra fin, et je pense, — car je parle ici pour être entendu, — je pense que le scrutin du 21 août sera de taille à nous donner satisfaction sur cet important chapitre. {Bravos.)

J'ai parlé ensuite de l'armée.

Messieurs, c'est là une question délicate qui tient au cœur de tous les Français et sur laquelle, on peut le dire à l'honneur de notre temps, il n'y a pas eu de parti dans ce pays, depuis nos défaites; car lorsqu'il s'est agi de l'armée, de sa reconstitution, de sa vitalité, de son honneur, tous les partis ont été réunis. On ne comprendrait pas, en effet, et je ne voudrais pas croire qu'il pût en exister. On ne comprendrait

>as qu'il y ait un parti qui persistât à se dire français

3t qui osât porter la main sur ce qui est, surtout dans

le malheur, la suprême consolation et la suprême

espérance : l'armée française. {Longs applaudissements,)

G*est donc d'une manière extrêmement prudente et

pour ainsi dire inquiète qu'il faut toucher à l'armée.

ïiU lui distribuant ses drapeaux, on lui a donné de

nouveaux chefs; et, je veux le dire en passant, ces

nouveaux chefs ont su faire courir dans ses veines le

respect de la République. [Applaudissements.)

L.a question qui s'est posée et qui se pose encore pour l'armée, c'est celle de savoir quelle doit être la durée du service.

Quand on a établi en principe, — malheureusement trop tard, — le service obligatoire pour tous les Français, cette réforme impliquait, au nom de la moralité et de la justice, non seulement le service obligatoire, mais le service égal pour tous. (Bravos.)

On a manqué ce but, qui était celui qu'il fallait atteindre, et vous savez bien pourquoi, puisque c'est l'esprit politique de l'Assemblée de Versailles qui a présidé à la confection de la loi de 1872. J'ai résisté alors; j'ai parlé contre ces dispositions exceptionnelles et exorbitantes ; mais là, comme ailleurs, il m'est arrivé d'être vaincu. Nous poursuivrons notre tâche, et nous travaillerons à remettre dans la loi cette égalité complète et parfaite qu'exige le respect de chaque Français pour le sang français. {Bravos répétés.) Oui, tout le monde sans exception, passera sous les drapeaux; ni les instituteurs^ ni les congréganistes, ni les ecclésiastiques, n'en seront exempts : il faut que tout le monde paye la même dette pendant le même temps. [Double salve d? applaudissements. — Ouil oui/)

Maintenant on dit : Le service devra être réduit à trois ans. Je le pense ; je l'ai toujours pensé. Messieurs, Je crois qu'en trois ans on peut faire, avec un Français surtout, non seulement un bon soldat, mais en-

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