‹ Discours et plaidoyers choises de Leon Gambetta avec une notice biographieChapitre 28 sur 33 · RÉUNION ÉLBCTORALB DU XX* ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

RÉUNION ÉLBCTORALB DU XX* ARRONDISSEMENT

core un excellent troupier, ce qui n*est pas la mènie chose. Seulement il faut, — qu^on retienne bien ceci, — il faut que ce soit trois ans effectifs, sans congés, trois ans consécutifs, car si ces trois années étaient fractionnées, brisées par des congés, des repos, ce serait le désordre et le désarroi. {Applaudissements.)

Mais il faut aussi que ce service de trois ans, qui est, je l'ai déjà dit, la vérité militaire, soit précédé d'une constitution des cadres inférieurs, à Tabri de toute espèce de défaillance comme de toute espèce de lacune. {Très bien/ très bien!)

Si, par malheur, on donnait le service de trois ans avant d'avoir assuré l'ossature de l'armée, c'est-à-dire ce qui en constitue la solidité et la résistance en temps de paix, et le nerf et la vigueur en temps de guerre, vous auriez des troupeaux, vous n'auriez pas une armée. {Adhésion générale et bravos,)

Messieurs, on est déjà entré dans cette voie ; on a examiné ce problème délicat et difficile, mais pour la solution duquel aucun sacrifice ne nous a coûté et ne nous coûtera; on est, dis-je, entré dans cette voie de la création d'un corps solide de sous-officiers. On a fait des lois que je trouve incomplètes, mais que je considère comme excellentes dans les dispositions qu'elles prescrivent. Ces lois, je le répète, ne sont pas complètes. On a donné des primes d'engagement et de rengagement; on a assuré des retraites ; on a assuré, mais pas assez sérieusement et pas assez solidement, des positions civiles à nos sous-officiers : ce n'est pas suffisant.

Il faut, de toute nécessité, — c'est une question de vie ou de mort pour l'armée, et voilà de ces questions sur lesquelles il ne faut pas transiger, — il faut que le recrutement des sous-officiers soit assuré et qu'il se fasse dans toutes les couches de la société. C'est pour cela que je honnis, que je maudis le volontariat d'un an, qui nous enlève la fleur de la jeunesse. Il faudra

donc supprimer le volontariat d'un an, non seulement le volontariat à 1 ,500 francs qui n'était qu'une mesure louche et équivoque, une restitution de Tancien remplacement à prix d'argent, — celui-là, personne ne le défend parce qu'il n'est pas défendable dans une société démocratique fondée sur l'égalité, — mais encore Vautre volontariat que j'appellerai, permettez-moi le mot, le volontariat d'agrément, de fantaisie. Non I il ne faut pas de ce volontariat. Il est nécessaire que tout le monde passe sous le même niveau ; non pas pour établir un service d'égalité à outrance, non; mais parce que c'est dans ce réservoir de jeunes gens, alimenté par toutes les artères de la France, que nous trouverons l'intelligence, la fermeté, l'esprit d'obéissance et de bravoure qui nous sont nécessaires pour pouvoir encadrer les masses que nous donnera la patrie l {Applaudissements prolongés.)

Voilà ce que je prends la liberté de soumettre à vos réûexions. Gomme vous et avec tous les esprits démocratiques de ce pays, je suis partisan du service de trois ans ; mais je demande qu'au préalable on assure la constitution d'un cadre toujours neuf, toujours renouvelé, toujours solide de sous-officiers dans l'armée. {Nouveaux applaudissements,)

Messieurs, ce n'est pas tout ce que j'ai à dire sur ce point.

Non seulement je voudrais qu'on employât tous les moyens de recruter les sous-officiçrs, mais je ne reculerais pas devant la disposition législative suivante : Je voudrais que l'on fît une loi qui n'aurait qu'un article et qui dirait : « A l'avenir, nul ne pourra être (employé des finances s'il n'a été au moins un an sous- 'officier dans l'armée, » {Très bien/ très bien! — Bravos,) Et alors vous seriez sûrs, absolument sûrs, que, par une disposition aussi simple, aussi facile, aussi légitime, on assurerait le recrutement non seulement actuel, mais indéfini de nos sous-officiers. {Très bienl

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très bien!) Telles sont les conditions préalables que j'exigerais, et c'est là, Messieurs, ce que j'avais à dire sur l'armée. Je ne voudrais pas aller plus loin, parce que les autres questions ne sont pas mûres. Celle-ci suffit largement à doter le pays d'une armée solide et à honorer le législateur qui l'aurait prise. [Applaudissements.)

Il y a maintenant l'école. Oh! sur ce point, on ne peut pas dire qu'il y ait beaucoup à faire. Il y a peu d'obstacles à surmonter ; tout le monde est d'accord dans les rangs du parti républicain : majorité, minorité, centre gauche, gauche... — Je m'arrête, parce que je ne terminerais pas Ténumération. {Sourires.} Tout le monde, dis-je, est d'accord pour doter magnifiquement l'école. On ne fait, du reste, en cela, qu'exécuter le vœu unanime et impérieux du pays, qui sent bien que l'école est véritablement le séminaire de l'avenir [Très bien! très bien!), notre séminaire à nous, celui d'où sortiront des citoyens mûrs pour les difficultés de la vie intérieure et prêts aussi pour le service extérieur de la France : le séminaire républicain {Vive approbation) qui implique, à mon sens, cette triple nécessité : l'obligation, la gratuité, la laïcité. On a bataillé quelque temps sur le dernier terme; on a équivoque sur la laïcité : on a demandé à transiger, à modifier; on a lutté pendant un jour, deux jours, trois jours ; on a marchandé. Messieurs, à toutes ces demandes il faut répondre : Non, nous voulons l'Église chez elle et l'école chez elle ; l'instituteur absolument maître du lieu où il donne ses leçons et ne laissant franchir le seuil de sa demeure que par les représentants autorisés de l'État. {Applaudissements répétés,)

Et quand vous aurez pratiqué ce régime pendant une génération, quand vous aurez ensemencé de germes toute cette jeune France qui s'éveille à la vie, ah ! Messieurs, soyez-en sûrs, nos enfants et nos neveux se demanderont ce que nous pouvions bien

-vouloir dire en parlant sans cesse du spectre de Tancien régime, de Tordre moral ou de la réaction. (^Sournres,) Ils ne comprendront rien à ces vieilleries, parce qu'ils n'auront pas eu à se faire à eux-mêmes leur libre examen et leur libre pensée, parce qu'ils l'auront sucée avec le lait de leur mère et avec la parole de leur maître d'école. Il leur semblera aussi naturel d'être éclairé dans leur intelligence que de l'être dans leurs yeux par la lumière du soleil. {Très iien ! très bien ! — Vifs applaudissements.)

Vous aurez alors une France unie, partout semblable à elle-même, une France qui pourra véritablement, dans son repos et dans sa force, recueillir et réunir tous ses enfants. {Vive approbation et applaudissements,)

Mais ce n'est pas sur l'école que j'ai besoin de m'appesantir ; cette cause est gagnée, la victoire est assurée.

Il ne faudra purement et simplement, pour réussir, que frapper un peu fort à la porte du Sénat et dire : Ouvrez ! c'est la France de l'avenir qui frappe, et qui demande à entrer. {Sensation. — Bi*avos et rires approbatifs,)

Après l'école, il y a l'Église. {Mouvement.) Je ne dis pas les Églises, parce qu'il est bien certain que si le sentiment public est préoccupé, que si la France a été inquiète après avoir été asservie, ce ne sont pas les Églises qui l'ont troublée ; s'il y a eu une question cléricale, c'est qu'il y avait entre toutes les confessions religieuses, et par excellence, une Église qui avait pris à tâche de combattre l'esprit humain dans toutes ses libertés, dans toutes ses franchises, de ramener violemment la France aux pires traditions du passé et de s'opposer aussi bien à son expansion extérieure, — Messieurs, plus d'un gouvernement est tombé pour avoir contrarié l'Eglise sur ce chapitre, — qu'à son libre développement à l'intérieur ; c'est

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que, comme on l*a dit, cette Église était une faction politique dans TÉtat, et c*est pourquoi Ton était sûr de frapper le véritable adversaire en plein visage en disant : Le cléricalisme, voilà Tennemi ! {Longs applaudissements,)

On ne s*y est pas trompé ! Aussi vous pouvez voir, vous pouvez lire et entendre contre qui tout ce parti aux abois dirige ses diffamations et ses calomnies, et quels adversaires il a choisis entre tous. S'il y a quelque chose qui me surprend sans m'indigner, c*est de voir quels collaborateurs le cléricalisme rencontre sur son chemin. [Bravos unanimes.)

Le cléricalisme a été vaincu et abattu^ mais il n'est pas mort. (Mouvement.) Et je pense qu'il y a mieux à faire qu'à le traiter selon des formules plus ou moins creuses. Il faut s'enquérir de ce qu'il détient encore de puissance administrative et publique ; il faut se livrer à un travail minutieux d'enquêtes et d'investigations sur les forces de son influence et de son crédit ; lui couper toute espèce de communication avec l'administration laïque et politique, rayer ces privilèges, ces prérogatives que lui confère le décret de messidor et dont il tire si grande vanité ; examiner son budget, le réduire et le maintenir dans les limites de la législation concordataire ; regarder de près à cette immense fortune de mainmorte qui est un scandale dans ce pays des Gaules, composé de paysans et de petits propriétaires; savoir enfin si l'impôt fonctionne sur tous ces biens, acquis par des moyens plus ou moins légitimes ; or, il se trouve que précisément il ne fonctionne pas I [Rires approbatifs.)

J'ai fait dresser une carte que je distribuerai à vos comités; elle comprend tous les départements de France où se trouve indiqué, par un système graphique, l'état des biens d'Église touchés par l'impôt. Je ferai distribuer aussi quelques exemplaires de cette carte instructive à la presse ad usum Delvhmi

ires.) Vous verrez que Tenquète qu'on a faite sur «s biens des congrégations religieuses est, per- :K:iiettez-moi de le dire, une enquête d*amateurs, une enquête pour en avoir fait une, mais une enquête à laquelle il manque tout et le reste. {Rires et applaudissements.)

C'est mon opinion qu'il convient de regarder de près tous ces biens de mainmorte, et que nous avons l>esoîn d'une législation qui les reprenne, les supprime, les abolisse. (Oui! oui! — Très bien! très bien!)

Il n'y aura sur ce point qu'à s'inspirer des admirables travaux de la première Constituante, et ils le savent bien ! [Rires.)

Une voix. — Nous aussi.

M. Gambetta. — Alors, nous, le savons tous, et ainsi nous serons d'accord pour l'exécution. {On rit.)

Il conviendra en outre de regarder de près à une chose extrêmement importante, je veux dire d'examiner le traitement qu'on alloue aux curés, aux desservants, aux vicaires, et qui s'élève chaque année à 45 millions. Messieurs, ce n'est pas là un traitement comme les autres, quand on examine un peu soigneusement la législation qu'on invoque, et que j'invoque tout le premier, le Concordat et les articles organiques. On doit ce traitement aux curés, mais ou ne le doit pas aux desservants; on leur doit une indemnité. Je dis ainsi que vous avez là, avant de passer à l'abolition du budget des cultes, à laquelle je ne me rallie pas, un moyen de gouvernement du clergé, et que vous avez de plus non seulement dans le Concordat, mais dans le simple code pénal, toute une législation extrêmement tutélaire et protectrice, et des droits de l'État, et des droits de simples citoyens trop souvent livrés aux caprices des cléricaux. Avant qu'on porte la main sur le budget des cultes, je demande qu'on se rende compte, par des dispositions transitoires, de la série des moyens et des forces dont on

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dispose, pour empêcher cette hostilité du clergé et pour le forcer à être, lui aussi, le respectueux senriteur du régime que la France s*est librement donné. [Moutemefii prolongé^

Parlons maintenant de Timpôt.

Nous avons, — et c*est là ce qui pousse à la dernière limite du paroxysme le dépit et la rage de nos adversaires, — nous avons les finances les plus prospères que la France et même qu*aucun pays du monde ait jamais connues. Grâce à son habitude de répargne, grâce à son labeur incessant, grâce surtout à l*ordre que la République a maintenu, le pays a supporté avec une résignation et une magnanimité admirables les charges les plus lourdes de la guerre, et il a permis à son gouvernement de faire 300 millions de dégrèvements en moins de quatre ans.

A ce sujet, je crois qu*il serait bon non pas seulement d'étudier remploi de ces dégrèvements pour en faire bénéficier tour à tour les divers genres d'industries du pays, je crois qu'il faudrait encore pousser plus loin les recherches et se demander une bonne fois et résolument si le moment n'est pas venu de tenter l'essai de l'impôt le plus juste, le plus équitable,. le plus moral de tous : je veux parler de l'impôt sur le revenu,' de celui qui a pour but de mesurer la charge de l'impôt sur le revenu, de celui qui a pour but de mesurer la charge de l'impôt à la faculté du contribuable. [Mouvement d'attention.)

Cet impôt sur le revenu, je l'ai proposé, et je dois dire que j'ai été repoussé avec perte. [Rires,) Mais je maintiens ma proposition, je la reprendrai, je la crois excellente; je crois que cet impôt, en dehors de l'avantage que j'indiquais tout à l'heure, et qui 'était inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme : « Nul ne doit contribuer à l'impôt que proportionnellement à ses facultés » ; je crois, dis-je, que cet impôt a un immense a>antage qui devrait le faire

o-d opter; je trouve qu'il est un frefin pour le pouvoir.

^Bx^ effet, s*il y avait un impôt sur le revenu, le gou-

^veTnement serait obligé de calculer, non seulement à

c^l:xaque année, mais à chaque entreprise qu*il vou-

«jix'ait faire, quelle en serait Tinfluence surTimpôt sur

l^ revenu. C'est une pompe aspirante et foulante qui

p orte sur la matière contribuable ; s'il y a un coup

€Lie pompe trop fort, le pays crie et le gouvernement

ost jugé. {Vive et générale sensation,) Est-ce que vous

i[\e pensez pas qu'il y a là un moyen de resserrer

l^'action du gouvernement, de l'obliger à compter avec

\^s difficultés et de ne l'autoriser à se lancer dans une

dépense qu'après avoir mûrement réfléchi et après

s^ôtre assuré les ressources nécessaires ? Car s'il faut

que le gouvernement prenne un ou deux centimes de

plus, il est à l'instant mis en défiance. (Sensation.)

J'ajoute que cet impôt est moralisateur, en ce sens que ceux qui se soustraient aujourd'hui à l'impôt seront alors obligés d'y contribuer proportionnellement à leurs ressources, et nous ne verrions plus ce scandale de gens logeant en garni, ayant 100,000 livres de rentes et ne payant rien. [Approbation.) Il y a là une réforme conservatrice de l'ordre. Il faut que ceux qui payent l'impôt ne soient pas disposés à dire qu'il est injuste, mal réparti.

Il y a une dernière considération. Avec ce genre d'impôt, les générations qui se succèdent font réellement les frais de leurs entreprises. Aujourd'hui, les générations contemporaines en lèguent la majeure partie à celles qui viendront après elles ; avec le système de l'impôt sur le revenu, elles en .supporteraient la plus grande partie : il y aurait là une condition de justice et de moralité publique, qui ne saurait vous échapper. (Applaudissements.)

On dit : Gomment vous voulez établir cet impôt ? Ce sera de l'inquisition, ce sera un impôt d'une véridcation intolérable.

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