JUILLET
ta.n^inent sur les mesures à prendre aans le dévelop- ^ement de cette question d'Orient, je gémissais pour don pays. Car, s'il vous appartient bien, en effet, de Lioter la direction de la politique, il vous appartient >ieii de la contrôler, de la juger, de la condamner ; xia^is, à coup sûr, il est une tâche, une fonction, un lovoir qui appartient au gouvernement, c'est de se décider, c'est d'avoir une résolution,
Ï3i bien, Messieurs, je vous le demande : vous allez partir. Si le gouvernement n'a pas ce dessein ferme, cette résolution arrêtée, est-ce qu'il pourra agir? est-ce qu'il vous convoquera précipitamment pour vous demander une consultation? Non, assurément; ce qui appartient au gouvernement, c'est l'initiative, c'est la responsabilité. {Vifs applaudissements sur divers bancs à gauche et au centre, — Mouvement prolongé.)
M. DE Lanessan. — Jamais I Le gouvernement n'a pas le droit de guerre et de paixl
M. Gaillard. — C'est la politique de la monarchie. M. Gambetta. — Messieurs, je serais bien malheureux si la Chambre pouvait méconnaître ma véritable pensée.
Je ne veux en rien entamer sa souveraineté et sa prérogative; mais je dis que vous allez vous séparer dans dix ou quinze jours...
M. Clemenceau. — Nous n'avons pas commencé la discussion du budget!
M. LE PRÉSIDENT. — N'iutcrrompez pas. Messieurs! M. Gambetta. — U faudrait pourtant s'entendre : c'est la permanence de l'Assemblée ou la prolongation, pendant les vacances, de la question égyptienne.
J'allègue, Messieurs, un fait très simple, auquel aucun de vous ne peut se dérober : je dis que dans quelques semaines vous ne serez plus sur ces bancs ; mais alors la question d'Egypte ne sera pas close ; la conférence n'aura pas terminé sa laborieuse mais stérile existence {Sourires) ; à ce. moment-là, les rui-
4tO CHAMBRII 0K8 DâPUTÉS.
nés, le désordre, Tanarchie, ne seront pas dîssîpb dans la vallée du Nil; et vous ne serez pas là!
Eh bien, Messieurs, moi je ne demande pas qucTOW restiez en permanence sur vos bancs, mais j*affinne qu*il importe que vous soyez fixés, que le pays soit fixé, et qu*il appartient au gouvernement de revendiquer toute sa responsabilité d*action, afin de savoir, dans toutes les hypothèses qui pourraient surgir, quelle sera sa conduite dans les complications égyptiennes. [Très bien! très bien!)
Pour ma part, je lui vote les crédits, — crédits qu3 je trouve insuffisants, car c'est là ce qui m'inquiète... {Mouveinent,)
Je supplie la Chambre de croire que je n'apporte dans cette discussion aucune espèce de passion. [U-
S ère rumeur,) Si vous le croyez, je suis prêt à descenre de la tribune [NonI non! — Parlez! parlez!)
Je répète. Messieurs, quej'accorde au gouvernement les crédits qu'il nous demande, précisément pour qu'il ne soit pas matériellement démuni pendant notre absence; je répète aussi que ce qui m'inquiète, c'est le rapprochement entre les vues politiques que M. le président du conseil exposait tout à ^eure, avec l'assentiment de la majorité de la Ghanhire dont je fais partie, et l'exiguïté des ressources qifil sollicite. [Tm Uenf à droite,)
Et alors je me demande si le gouvernement a le propos bien ferme de poursuivre cette politique, ou s'il n'aura pas besoin précisément de nouvelles ressources pour y faire face quand vous ne serez plus là.
M. Freppel. — Vous êtes dans le vrai!
M. Gahbgtta. — Car, quant à vous faire revenir, i Vous convoquer expressément^ je ne sais si vous vous rendez bien compte de l'émotion, du trouble que cette convocation jetterait dans le pays, sans parler de la difficulté même qu'il y aurait à vous proposer des
18 JUILLET 1882. 42t
mesures sur lesquelles vous auriez à délibérer et à voter tardivement.
Voilà les questions que je pose. On me dit : Mais la
conférence pourra déléguer les Turcs! Messieurs, je
crois que c*est la pire des solutions; et c'était, à mon
sens, un point sur lequel il ne fallait pas céder, que
la question de Tintervention turque. Ramener le Turc
au pied des Pyramides, c'est jouer avec le feu en
.Algérie et en Tunisie. [Très bien! très bien/) Ramener
le Turc sous le pavillon français, c'est dire à tout
, l'Orient que le khalife est devenu votre maître, c'est
abolir en un jour cinquante ans de notre politique.
{Très bien/)
Cinquante ans? Messieurs, je me trompe, car la iFrance ne date pas d'un siècle : c'est abolir sa politique traditionnelle sur les bords du Nil. {Très bien/ très bien/)
Mais laissons ces choses, puisqu'on passe son temps, malheureusement, de nos jours, à pleurer sur des faits accomplis 1
Eh bien, oui,, vous avez, — et vous croyez que c'est ce qui pourrait vous arriver de plus heureux, — vous avez décidé <le sultan à cette intervention ; il vous donue ses troupes, et vous savez quelles troupes I Oh ! vous avez des' garanties. Vous savez que ces troupes ne vont pas rencontrer autour de la mosquée d'El- Âhzar des marabouts, des docteurs de la foi qui les fanatiseront; vous répondez qu'il n'y aura pas de point dé jonction entre la révolution égyptienne et les troupes ottomanes ; vous pouvez dire avec toute assusurance qu'ayant stipulé le commandement de ces troupes par le khédive, c'est bien le khédive qui exercera ce commandement.
Vous pouvez décider le pays par ces raisons ; vous pouvez lui dire que, ayant accordé six mois de campement aux troupes musulmanes dans la vallée du Nil, vous vous chargerez de leur faire évacuer subite-
Ot CHAMBRE 0B8 DÉPUTÉS.
ment ce territoire miracnleasement reconquis. (Tm bien/ trèt èiemt $ur divers bancs.)
YoQs croyez ces choses. Quant à moi, je vais vou accorder l*argent pour tenter ces aventures, comme vous aimez à dire. Mais si jamais le sultan redevenût maître de rÉg3rpte, peut-être d*accord avec des rivaux disposés à faire momentanément son jeu, — parce qu*il est dans le monde, et vous ne Tignorez pas, des puissances qui savent colluder avec le TTurc afin» d'abord, de chasser la France et, plus tard, afin d'hériter de lui... {Mouvement) — eh bien, songez-y, Messieurs. Je ne demande pas mieux que d*être démenti ; mais si, par malheur, je voyais le retour des bataillons réguliers du sultan et du khalife au pied de la mosquée d*El-Ahzar, je Crois fermement que vous pourriez dire adieu à tous ces rêves de réparation et de reconstitution de la colonie française dont vous nous avez entretenus tout à Fheure.
Ah ! je sais bien qu'on prend facilement son parti aujourd'hui de la perte de ces grands établissements orientaux; il suffit de l'enregistrer; cela ne s'appelle pas gouverner, cela s'appelle raconter. i^AîouvemenL)
Laissons ces choses et envisageons une seconde hypothèse. Je suppose que la conférence vous choisisse, comme vous le dites, pour le zaptié, pour le gendarme de l'Europe; et dans ce cas, permettez-moi de vous faire remarquer la déchéance qip s'attache alors à notre rôle. A partir de ce moment, vous n'agissez plus comme France, ce n'est plus la situation prépondérante et privilégiée delà France que vous allez riétablir en Egypte, c'est une consigne délibérée en dehors de vous, devant vous, je le veux bien; mais vous êtes obligés de convenir vous-mêmes qu'on y pensait avant d'être convoqué et réuni.
Messieurs, ce n'est pas le rôle qui vous convient. {Mouvement.) Hé, mon Dieu, on a bien le droit de dire que dans un grand gouvernement couHne le gouver^