‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta (volume 2)Chapitre 20 sur 97 · AMPHITHÉÂTRE DE LA SORBONNE · texte numérisé non relu

AMPHITHÉÂTRE DE LA SORBONNE

VOUS faites de la science les femmes et les filles. (Vive adhésion et applaudissements.)

Vous avez compris toute la portée de cette mesure ; mais il y a un témoignage encore plus décisif que le vôtre en faveur de cette réunion des deux sexes dans la pratique des mêmes idées et des mêmes devoirs ; c'est le cri d'effroi et de colère tout ensemble qu'à la vue de tant d'efforts couronnés par tant de résultats, pousse l'adversaire : vous le connaissez bien l'adversaire! (Double salve d'applaudissements, — Bravos répétés.)

C'est ce qui nous indique combien est sûre la voie où cette démocratie, cette Chambre, cette presse, ce gouvernement, toute cette nation se sontengagés. Oui, la démocratie est sur la grande route qui mène au but suprême ; et à ceux qui me demandent ce que c'est que le but suprême, je répondrai qu'il ne peut y avoir d'équivoque ; le but suprême, c'est le progrès, dont la définition a été donnée par le philosophe éminent qui a tracé votre première charte : Qu'est-ce que le progrès? C'est le développement de l'ordre. (Applaudissements p7*olongés,)

Eh bien, quittons-nous sur cette grande parole. Messieurs, nous nous retrouverons, aux heures difficiles comme aux heures souriantes de la vie et quand vous le voudrez, mais n'ayant jamais qu'une volonté et qu'un but : Tout pour la patrie, et, comme disait le conventionnel qui a donné sa première devise à l'École polytechnique : Tout pour la patrie, pour la science et pour la gloire I (Salves d'applaudissements et acclamations prolongées. — Long mouvement^ pendant lequel les applaudissements recommencent à plusieurs reprises.)

La République française publia, le lendemain de ce discours, Tarticle suivant :

« En i830, au lendemain de la révolution, les élèves de l'École polytechnique qui s'étaient battus vatllammeat à la

léte des ouvriers, fondaient, avpc Taide de leurs aines, une Association destinée à continuer cette alliance démocratique, non plus dans la lutte d'un jour contre la royauté, mais dans la lutte perpétuelle contre l'ignorance et Terreur. Les jeunes savants ouvrirent à leurs amis des ateliers un grand nombre de cours qui n*ont cessé jusqu'à cette heure de croître et de se développer. Aussi V « Association polytechnique » a-t-elle pu célébrer hier avec une juste fierté son cinquantième anniversaire. Elle y avait convié une partie de ses élèves, jeunes et vieux, hommes et femmes. Elle y avait convié aussi le président de la Chambre des députés.

« M. Gambetta a parlé une demi-heure. Ce qu'il a dit, nos lecteurs le trouveront sur cette page môme ; mais ce qu'ils n'y trouveront pas, ce qui ne se laisse pas décrire, ce qui a laissé à tous les auditeurs un souvenir impérissable, c'est la puissance de l'orateur ; c'est la communion de pensée qui dès les premiers mots s'est établie entre lui et la foule dont les applaudissements se mêlaient involontairement à sa parole comme le bruit du tonnerre; c'est l'âme d'un grand patriote faisant passer un souffle de vie dans les intelligences et remuant les cœurs jusque dans leurs fibres les plus profondes. Nous ferions injure à M. Gambetta en louant dans cette circonstance son talent, fait de force et de souplesse, de grandeur et de familiarité, d'audace et de douceur. Nous oublions tous l'orateur, et c'est là le triomphe de la véritable éloquence, pour nous laisser entraîner par tes magnifiques idées dont sa parole était l'interprète.

« C*est dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne qu'on nous avait réunis, dans cette salle affreusement laide où se font les distributions de prix aux concours généraux et qui a retenti d'innombrables discours pompeux, élégants et vides. La Sorbonne ! que de souvenirs se rattachent à ce nom ! Au moyen âge et jusqu'en 1792, c'est la maison conventuelle des plus savants docteurs en théologie, qui discutent jour et nuit sur les mystères de la Trinité et de l'Incarnation, sur le pouvoir prochain et sur la grâce suffisante, et qui, au nom de leur infaillibilité, jugent et condamnent toute vérité nouvelle qui ose venir les importuner. Puis, c'est l'Université fondée par Napoléon I«' et arrivant à son

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