BANQUET DE LA PHILOSOPHIE POSITIVE
œuvre une date nouvelle dans les annales de la pensée, c/est-à-dire le concours inusité des sciences, de Térudilion et des lettres coordonnées par une vigoureuse conception d'ensemble.
«< Nous saluons en votre personne le travail qui, pour le succès d'une si vaste entreprise, a dû être poussé jusqu'à rhéroïsnie. Héroïque, en effet, fut le labeur auquel vous avez su consacrer trente années de votre vie particulière, sans la désintéresser de la noble préoccupation des dévoilas et des luttes de l'existence collective. »
M. Littré a répondu :
« Messieurs et amis, je vous remercie. N'attendez de moi que quelques mots : vous me connaissez tous, et vous savez que je suis incapable de rien dire autrement que la plume à la main. L'occasion de ce dîner, du témoignage d'amitié que vous me donnez, de l'honneur que vous me faites, est l'achèvement du Dictionnaire de la langue française.
« Long travail, vingt-huit ans de labeur. Mais vainement eussé-je eu assez de vie, assez de constance, si un plan bien conçu n'avait présidé à l'exécution. Ce plan m'a été suggéré parles directions historiques de la philosophie positive, avec une telle lucidité, qu'il me semblait le seul qui pût se présenter en dehors de ces directions, mais non sans dommage.
« Durant le cours d'une vie qui commence k dépasser les bornes ordinaires, J'ai mis la main à bien des œuvres, et toujours la philosophie positive a été pour moi une sûre, une excellente conseillère. Je ne veux pas parler politique ; pourtant je ne puis m'empêcher de dire que j'y puise pour l'avenir international de l'Europe l'espérance d'autre chose que la guerre et la conquête, et pour l'avenir républicain de la France une lonliance supérieure à l'immensité de nos désastres et à la gravité de nos dissensions.
(« Faites donc comme moi, Messieurs et amis, puisque vous m'accordez, par le privilège de l'âge, le droit de l'exemple; servez-vous-en pour tout ce que vous entreprendrez, et comme à moi, la récompense vous sera donnée.
« En conséquence, je vous propose un toast de reconnaissance à la mémoire d'Auguste Comte. »
Après ces paroles qui ont été vivement applaudies, M. Gambetta s'est exprimé ainsi :
Messieurs et chers amis,
Permettez-moi, quoiqu'il y ait parmi vous quelques hommes que je ne connaisse pas parfaitement, de vous donner ce titre, car les idées sont faites pour rapprocher plus étroitement les hommes que les relations banales de la vie. Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai reçu l'initiation à cette sévère et sûre méthode donl tout à l'heure on rappelait les titres et les services qu'elle a déjà rendus, et qu'elle est surtout appelée à rendre à la cause de la Science on général et de la civilisalion'française en particulier. [Très bien/ bravos.)
M. Littré nous disait, il n'y a qu'un instant, qu'il fallait avoir une espérance supérieure à Vimmensité de nos rfft«ïs/res; l'illustre penseur n'a pas attendu l'heure actuelle pour prononcer cette forte parole et pour prêcher d'exemple.
Littré, au sein même de cette invasion terrible qu'on avait attirée sur la France, était de ceux qui nous communiquaient l'espérance ; lorsque tant d'autres tombaient en défaillance, il accourut; il quitta sa famille, ses études favorites et les nobles occupations de sa pensée pour venir auprès du gouvernement, qui était au péril, lui apporter cette énergie calme, supérieure à la véhémence de la jeunesse, et qui semble encore pour longtemps défier les années. {Bravos! applaudissements,)
Il nous fut donné alors de marquer la confiance que nous avions à notre tour en cet infatigable et bon citoyen, et le prix que nous attachions à répandre ses enseignements dans les jeunes esprits, pour les débarrasser des lisières des vieilles et fausses doctrines, et les conduire à la conquête de la vérité.
Comme on l'a dit, c'est par la vulgarisation de la méthode fondamentale de sa doctrine, qu'on pourra arriver à remettre la civilisation occidentale à son vrai rang, sur sa véritable base, et que nous pourrons es-