‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta (volume 2)Chapitre 30 sur 97 · IX · texte numérisé non relu

IX

gences politiques, et qu'il subsiste encore des regrets parce qu'il y a eu à un moment donné certains entraînements; je connaîtrais bien peu mon temps, mes concitoyens, mes amis, si je faisais abstraction du passé; mais c'est parce que je connais ce passé, et, pour ainsi dire, vos biographies personnelles, Messieurs, que je m'adresse, plein d'espoir, à ceux qui, dissidents de la veille, sont aujourd'hui les ouvriers dévoués de notre œuvre, et que je leur dis : Oui, il vous faut les longs lendemains pour vos intérêts, pour vos familles, pour assurer l'avenir de vos maisons dont l'honneur vous importe plus que votre vie; oui, il vous faut de longs lendemains... {Applaudissements et acclamations), des horizons de calme, de stabilité, de stabilité dans le pouvoir, la tranquillité dans le développement graduel et indéfini de la patrie. Vous êtes en droit d'y compter, mes chers concitoyens. Examinez loyalement la situation de l'Europe, et quand vous aurez fait cette enquête, repliez- vous sur votre pays et demandez-vous s'il y a quelque part plus d'éléments d'ordre, plus d'éléments de contrôle, plus d'éléments de force, de santé morale et politique. {Applaudissements prolongés,)

C'est là, Messieurs, ce qui fait que j'ai confiance, car je sais qu'avant tout ce qui vous inspire, c'est l'amour de la patrie. Après cet examen de conscience accompli face à face avec vous-mêmes, je vous convie au prochain rendez-vous national, à ce verdict souverain que rendra la France, par un procédé ou par un autre, les procédés importent peu, quand la France prendra prochainement la parole... {Applaudissements,) Et alors, parfaitement maîtresse de choisir non seulement entre les hommes, mais entre les idées, ce qui a infiniment plus d'importance que les hommes... {Applaudissements).,, elle dira ce qu'elle a déjà dit depuis dix ans, depuis vingt-quatre ans; elle dira qu'il faut en finir, qu'il faut clore à jamais cet état

incessant de tergiversations, de bonds en avant et de reculs en arrière, et qu'il faut couronner la démocratie ; or, qu'est-ce que la couronne de la démocratie? Messieurs, ce sont les libertés publiques I {Nouveaux applaudissements,)

A ce grand jour des assises nationales, vous verrez se dissiper toutes ces rumeurs, toutes ces nouvelles, — je les appelle ainsi malgré le luxe de répétition avec lequel on les a semées [On rit) ; vous verrez disparaître comme par enchantement tous les artisans, je ne dirai pas de désordre, mais de discorde; il ne sera plus question, je Tcspère bien, d'ébranler à coups de plumes et à coups de langue le pouvoir de l'homme vénéré et vénérable qui résume en lui l'autorité constitutionnelle de la loi, que nous avons été trop heureux de rencontrer aux jours de l'incertitude et qui, pour moi, ne m'inspire qu'un vœu. Messieurs, c'est que ses jours soient aussi longs que nos désirs 1 (Bravos et applaudissements,)

Et alors, quand nous reviendrons, — je peux le dire, je ne parle pas pour moi, je parle pour mes amis et mes collègues présents et absents, mais je parle seulement de ceux de la majorité {On rit!) , — quand nous reviendrons, eh bien, Messieurs, nous nous remettrons encore une fois résolument à l'œuvre, et, après avoir été une Chambre libératrice, nous tâcherons d'être une Chambre réformatrice ! {Applaudissements pf*olongés,)

En finissant. Messieurs, je porte un toast aux associations syndicales, à leur esprit d'union et de rapprochement et au concours que, les uns et les autres, nous sommes prêts à nous donner pour l'œuvre commune : la République et la patrie! {Acclamations et bravos. — Applaudissements répétés et prolongés, — Une agitation extraordinaire succède à ce discours : tous les assistants se lèvent et s'approchent de Vorateur pour l'applaudir, lé saluer et le féliciter,)

Prononcé le ^7 mars iSSi

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