‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta (volume 2)Chapitre 36 sur 97 · PRÉSIDENCE DE M. HENRI BRISSON, VICE-PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

PRÉSIDENCE DE M. HENRI BRISSON, VICE-PRÉSIDENT

M. LE PRÉSIDENT. — La discussion générale est ouverte sur la proposition de M. Bardoux ^.

1. L'urgence, sur cette proposition, avait été votée au commencement de la séance.

Je donne la parole à M. Bardoux.

M. Bardoux. — Messieurs, les débats et les critiques auxquels a donné lieu la proposition de loi que j'ai eu Thonneur de déposer à la tribune, ont déjà lassé votre attention. Et ce serait presque une faute, une faute de goût, tout au moins^ que de venir faire devant vous un exposé historique de la question à Tordre du jour. Que vous dirais-je, du reste, que vous ne sachiez déjà? L'essentiel est donc de laisser dans votre esprit Timpression de quelques idées simples, nettes et claires.

Nous n'en attendions pas moins, mes amis et moi, avec impatience, l'heure de cette discussion, puisqu'elle permet à ceux qui croient que la législation électorale actuelle doit être revisée, de dire à quels mobiles élevés nous avons obéi et quel but nous voulons atteindre.

Ai-je besoin d'ajouter que l'intérêt personnel, ni de près, ni de loin, n'a motivé le dépôt de cette proposition, et que, comme vou^, nous avons obéi aux seuls intérêts supérieurs, ceux de la République, de la liberté et du pays? (Très bien! sur divers bancs»)

Pour résumer en une phrase ma pensée, je dirai que le scrutin de liste est le scrutin par excellence d'une République et surtout d'une République dans laquelle le Parlement est tout-puissant, et, pour employer l'expression d'un de ceux qu'on a bien voulu appeler un de mes » puissants amis », je dirai que le scrutin de liste a pour effet de concentrer les forces que le scrutin uninominal éparpille et désagrège. (Très bien ! très bien! sur divers bancs à gauche et au centre,)

Combien ma tâche eût été diminuée s'il avait été donné à un plus grand nombre d'entre vous d'assister comme moi aux luttes éloquentes de l'Assemblée nationale, d'applaudir aux efforts qui furent faits pour empêcher l'adoption d'un système qui favorise plus que tout autre les vices inhérents à toute démocratie.

Nous étions alors. Messieurs, tous debout, serrés les uns contre les autres, marchant, sous le même drapeau, à la conquête de ce que nous croyions et de ce que nous croyons encore être la vérité politique.

Que s'est-il donc passé depuis six ans pour qu'un pareil changement se soit produit dans les idées? La République

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