PALAIS-BOURBON
Vous connaissez l'ensemble de ces réformes. J*ai eu l'occasion, il n'y a pas longtemps, d'en expliquer quelques-unes, de les formuler et d'indiquer ainsi la seconde étape que nous avons à parcourir et que nous parcourrons, je l'espère, avec autant de bonheur que la preraièro. Messieurs, nous ferons ces progrès et nous les ferons, je le crois, sans trop de difficultés. Je ne prends pas au sérieux et je ne tiens pas pour des obstacles les criaiilerics et les gémissetnents des partis vaincus, qui se donnent le rôle assez inofTensif et en même temps assez ridicule de Jérémies en larmes au milieu du triomphe et de la joie de la démocratie française.
Je n'ai de ce côté aucune préoccupation. Ma préoccupation, je la porte tout entière sur le parti républicain, qui s'est accru au point d'être aujourd'hui la nation elle-même. Je veux, je désire continuer à le maintenir dans cette imposante, laborieuse et active prépondérance. J'admets très bien qu'il y ait des oppositions, des dissidences sur les bords de cette grande unité nationale ; nous sommes faits pour les comprendre et les supporter, étant faits pour la discussion et pour la controverse. Toutefois, il faut que nos advei*saires le sachent : nous ne nous laisserons jamais aller, ni les uns ni les autres, à l'esprit de réaction, à l'esprit de diffamation et de dénigrement envers ceux qui ont été, qui sont encore et qui doivent rester les serviteurs et les défenseurs d'une même cause, la cause de la démocratie républicaine.
Mais, en même temps que nous saurons résister à cet esprit de réaction , nous ne nous laisserons pas emporter davantage par l'esprit d'impatience et de témérité, nous ne nous abandonnerons pas à l'ivresse du succès. Nous continuerons à être des hommes sages, des hommes de bon sens et d'opportunité, parce que je ne sais rien qui puisse remplacer avec succès cette méthode politique.
Voilà, Messieurs,, dans quelle disposition d'esprit vous retrouvez votre représentant, votre fidèle mandataire, celui qui n'oublie pas qu'il y a dix ans vous lui avez ouvert les portes de la vie politique et qui a passé ces dix ans sous vos yeux, livré à votre jugement et à celui du pays. Vous venez de me dire tout à l'heure quelle était votre sympathie et quel devait être notre accord. L'ère dans laquelle nous sommes entrés me permettra, je l'espère, de vous prouver que, si j'ai changé de situation, je n'ai changé ni d'esprit ni de méthode, et, permettez-moi de l'ajouter en finissant, que je reste fidèle à votre égard à mes anciens sentiments de dévouement et de fraternité. ( Vive adhésion et applaudissements. )
ALLOCUTION
Prononcée le ^7 7iovembre 1879
Un décret du président de la République avait convoqué le Sénat et la Chambre des députés en session extraordinaire pour le 27 novembre ^ M. Gambetta, président de la Chambre des Députés, prononça Tallocntion suivante à Touverture de la première séance de la Chambre :
Messieurs les députés,
Le deuxième Congrès national, en ramenant à Paris les pouvoirs publics, a rendu à' notre incomparable capitale le titre légal dont on Tavait trop longtemps dépouillée sans avoir pu Tamoindrir. {Applaudisse^ ments.)
L'Assemblée souveraine, par ce vote réparateur, a
1 . La séauce ordiuaire avait été close à Versailles, le 2 août 1879. M. Gambetta avait nronoucé, après avoir donné lecture du décret de proroçration, l'allocution suivante :
H Messieurs, la prochaine réunion de la Chambre aura lieu à Paris. {Vifs ap^daudissemenls.)
u En nous séparant pour nous retrouver à Paris, permettezmoi, Messieurs, de me faire votre interprète, en exprimant toute votre reconnaissance pour rhospiralité cordiale, fraternelle, républicaine, que nous avons trouvée dans la ville de Vei*sailles. ( Vive adhésion et applaudissements répétés.)
« Et je ne crois pas dépasser la mesure en disant qu*une bonne part de cette reconnaissance revient à celui de nos collègues qui, dans les bons comme dans les mauvais jours, a toujours été le fidèle représentant de la noble population de cette ville ^ » {Applaudissements à gauche et au centre.)
* M. Rameau.
resserré le lien de l'unité nationale; elle a placé le siège du gouvernement et des Chambres au seul point du territoire d'oîi on gouverne avec autorité. {Applaudissements,)
Elle a voulu enfln attester, aux yeux du monde, la conGance de la nation dans le patriotisme de la population de Paris, qui reste après tant d'épreuves la tête et le cœur de la France. {Nouveaux applaudissements.) Désormais, débarrassés de fatigants et quotidiens voyages, nous pourrons rendre en travail au pays les heures stérilement dépensées dans nos précédentes sessions.
La grande tâche de réformation par vous entreprise dans Tordre scolaire, financier, économique, militaire et politique va recevoir une nouvelle impulsion de votre résidence dans ce prodigieux laboratoire de Paris où viennent s'accumuler toutes les ressources intellectuelles, affluer toutes les forces vives de la société, toutes les données de la politique intérieure et extérieure, fécondées par un esprit public dont la vivacité n'altère ni la justesse ni le bon sens.
Vous avez. Messieurs, amassé, préparé bien des matériaux de reconstruction, vous avez élaboré bien des projets. Il faut aboutir. {Vifs applaudissements.)
J'adjure vos commissions de redoubler d'efforts, de nous apporter à leur heure, que je souhaite prochaine, les résultats de leurs discussions intérieures.
A la lumière de cette grande tribune, les idées justes, les réformes mûres et pratiques s'imposeront d'elles-mêmes, et le pays, journellement éclairé sur ses affaires, verra enfin sa longue constance récompensée. (Applaudissements prolongés,)
Dans l'accomplissement de ces travaux, veuillez croire, Messieurs, que, scrupuleusement renfermé dans les devoirs spéciaux de la charge dont vous m'avez revêtu, je m'efforcerai d'apporter toute l'impartialité, toute l'activité, tout le zèle dont je suis capable. {Très bien! très bien/)
14 CHAMBRK DES DEPUTES.
Mettons-nous donc tous résolument à l'œuvre, élevons-nous au-dessus des intérêts particuliers, écartons les incidents inutiles ou passionnés, faisons converger toutes nos facultés, tous nos efforts vers le but suprême : la grandeur de la patrie, raffermissement de la République. {Applaudissements prolongés et répétés,)
Nous n'avons pas à raconter ici à la suite do quels incidents parlementaires le cabinet du 4 février fut amené à se disloquer, moins d'un an après sa constitution vers la fin du mois de décembre 1879. Une interpellation de M. Raynal sur un discours de M. de Carayon-Latour, colonel de Tarmée territoriale, serrit de prétexte au général Grcsley, ministre de la guerre, pour remettre sa démission au président de la République; M. Le Royer, garde des sceaux, miitistre de la justice, se retira pour cause de santé, et M. Waddington remit à M. Grévy, malgré deux ordres du jour de confiance consécutifs, la démission de tout le cabinet.
M. de Freycinet fut chargé par le président de la République de constituer un nouveau ministère.
Le cabinet du 28 décembre fut composé comme suit :
Présidence du conseil et ministère MM.
des aifaires étrangères de Freycinet.
Justice et cultes Cazot.
Intérieur Lepôre.
Finances Magnin.
Guerre le général Farre.
Marine et colonies l'amiral Jauréguiborry.
Instruction publique et beaux-arts. Jules Ferry.
Travaux publics Varroy.
Agriculture et commerce Tirard.
Postes et télégraphes Cochery.
MM. Sadi-Carnot, Cyprien Girerd, Martin-Feuillée, Constans, Wilson et Turquet furent nommés sous-secrétaires d'État aux travaux publics, au commerce, à la justice, à Tinté rieur, aux finances et aux beaux-arts.
M. GambcUa fat réélu président de la Chambre, dans la séance du i \ janvier 1880, par 289 suffrages sur 308 votants. Il prononça le 15 janvier ralloculion suivante :
Quant à moi, Messieurs, je ne prendrai pas, pour la seconde fois, possession de ce fauteuil sans adresser àla Chambre tout entière l'expression de ma profonde reconnaissance pour Thonneur qu'elle a bien voulu me décerner. Qu'elle me permette d'ajouter que, à l'ouverture d'une session si importante et, espéronsle, si décisive pour les affaires et les intérêts du pays, je ne saurais mieux reconnaître la valeur du mandat qui m'est confié qu'en consacrant à la Chambre tout ce que j'ai d'activité, de vigilance, d'attention et d'impartialité. {Applaudissements nombreux.)