ÉLYSÉE-MÉNILMONTANT
pensons que les relations du travail et du capital se modifieront, progressivement en faveur de celui-là, sous l'influence des progrès politiques, de la liberté d'association, du groupement des corps syndiqués et de la fondation de caisses de retraite pour la vieillesse. Nous désirons, en outre, dans l'intérêt des mœurs publiques et de leur épuration, que les repris de justice soient envoyés , par mesure administrative, dans une colonie pénitentiaire.
Telles sont, si nous ne nous trompons, les questions principales dont se préoccupe Topinion publique, et qui devront aboutir dans le cours de la prochaine législature.
Nous les résolvons toutes , aussi bien que les questions secondaires sur lesquelles il serait trop long de s'étendre, en républicains progressistes et aussi , comme nous Tavons dit en commençant, en patriotes.
Nous sommes les adversaires des théoriciens de l'absolu et des doctrinaires de toutes les écoles.
Nous croyons au progrès par l'évolution, la liberté et la paix.
Nous pensons que la France se reconstituera sûrement, «1 tenant compte de ces éléments, aussi bien au point de vue de sa grandeur morale et matérielle qu'au point de vue de son intégrité territoriale, et qu'elle devra à la République une longue période de paix, de prospérité et d'honneur. Vive la République!
Pour le comité :
A. MÉTiviER, président; Léon Garnier et H. Passé, vice-présidents; H. Bureau, secrétaire.
M. Gambetta a répondu :
« Mes chers amis,
V Je viens de lire votre excellent manifeste ; j'approuve et j'adopte toutes les idées qui y sont contenues. <c Merci et bien à vous.
« Léon Gambetta. »
Nous reproduisons, d'après la République française, le compte rendu de la réunion électorale qui fut tenue le 12 août à 1 Élysée-Ménilmontant :
« La réunion tenue à l^Éljsée-Ménilmontani, rue Julien- Lacroix, avait attiré une foule considérable dont une faible partie seulement a pu pénétrer dans la salle. Deux mille cinq cents électeurs environ étaient présents.
« La séance a été ouverte à huit heures trente-cinq.
« Aussitôt après l'entrée de M. Gambetta, saluée par les cris de : Vive la République! il est procédé à la formation du bureau.
a Sont élus :
« M. Métivier président ;
« MM. Sick et Mourens assesseurs.
« M. Métivier. — Citoyens, les comités républicains radicaux du vingtième arrondissement, le comité central et le comité spécial indépendant du Père-Lachaise, sont tombés d'accord pour recommander la politique que vous avez inaugurée ; la politique de la sagesse, la politique des progrès républicains qu'elle poursuit par les voies légales, constitutionnelles et pacifiques.
« En conséquence, ces comités proposent à vos suffrages rhomme qui en est à la fois l'expression la plus élevée et la plus éloquente, le citoyen Gambetta. (Applaudissements. — Cris répétés de : Vive Gambetta!)
« Le citoyen Gambetta, invitera se rendre au milieu de vous, a bien voulu accepter ; il est venu ici pour vous exposer une fois de plus les raisons pour lesquelles il est le protagoniste le plus ardent de cette politique à laquelle nous devons la fondation de la République et à laquelle nous devons d'une façon certaine et progressive la réforme des institutions républicaines. (Applaudissements.)
« Um voix : — Pourquoi n'est-il pas venu il y a deux ans ? (Bruit.)
« M. Métivier. — Ne vous laissez pas exciter par les interruptions, sans quoi nous ne pourrions pas raisonner avec le calme nécessaire. (Très bien ! très bien !)
« M. Gambetta se lève et prend la parole :
Je commencerai par répondre à la question qui vient d*ètre faite : « Pourquoi n'est-il pas venu il y a deux ans? » et je dirai que je n'ai jamais été convoqué sans
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venir parmi vous. (Applaudissements.) Qu'il se soit agi d'un mandat, d'un compte rendu, d'une de vos fêtes, toutes les fois que vous avez fait appel à mon concours, je suis venu, et pas plus qu'aujourd'hui je ne suis venu dans des vues d'intérêt personnel ; je suis venu vous expliquer ce que je crois être la vérité politique et l'intérêt de la patrie. {Applaudissements,)
Aujourd'hui, mes chers concitoyens, il faut que nous nous mettions bien en présence les uns des autres; et pour cela, — la carrière que j'ai à fournir devant être longue, — il faut que vous me prêtiez votre attention ; je tâcherai de la mériter et d'y répondre par la franchise et la sincérité absolue des explications que je vous dois. [Applaudissements,)
Je suis devant vous aujourd'hui, à la veille des élections législatives de 1881... {Bfniit dans le fond de la salle.) Tout le monde n'est donc pas entré? Alors il faut attendre que la salle soit pleine.
{La séance est suspendue pendant une demi'hew*e. La salle se remplit complètement.)
M. Gambetta. — Mes chers concitoyens, je suis venu à Belleville, dans le vingtième arrondissement, demander, pour la cinquième fois, la consécration de mon mandat de député à la plupart de ceux qui m'ont ouvert la vie politique et à ceux que l'âge a fait entrer depuis dans la carrière civique.
Je suis venu à Belleville de préférence à tout autre collège électoral, pour deux motifs : le premier est que je considère que ce quartier, où je suis né à la vie parlementaire, doit rester la source de mon autorité politique dans la démocralie. {Très bieni très bien!)
Il y a une seconde raison pour laquelle je suis venu* ici et pas ailleurs, — et je puis dire sans fausse modestie que j'eusse peut-être rencontré d'autres collèges; je n'en ai pas voulu, j'ai refusé avec déférence et gratitude ceux qui m'étaient offerts, — c'est que je
voulais une bonne foi mettre un terme à ces bruits calomnieux de plébiscite, de candidature multiple et de je ne sais quelle aspiration à une dictature qui serait aussi ridicule dans son projet que criminelle dans son exécution. {Longs applaudissements.)
J'avais dit à la Chambre, au commencement de la discussion sur le scrutin de liste, que je prenais rengagement d'être à. mon rang et à ma place dans la démocratie ; que je considérais que, sous la République, en face d'un pouvoir loyal et respecté, toutes ces candidatures multiples n'auraient pour effet que d'agiter le pays , de réjouir nos adversaires, d'entraver et d'ébranler le pouvoir. {Vive approbation,)
Eh bien , mes paroles n'ont pas sufG : il fallait un acte. Cet acte, je viens l'accomplir devant vous, et je dis : Je suis candidat dans le vingtième arrondissement. C'est ma candidature unique, et cette élection unique, je la sollicite de vous.
Vous me direz peut-être que je pose deux fois ma candidature dans le vingtième arrondissement. C'est vrai; et si ce n'avait pas été pour éviter un soupçon, — car personne plus que moi n'est environné de soupçons, — je me serais présenté dans une seule circonscription; mais on n'aurait pas manqué de dire que nous avions fait de la cartomanie électorale. Aussi je ne choisis pas, je joue cartes sur table. Je connais mes amis et je dédaigne mes adversaires. {Très bien! très bien ! — Applaudissements. )
Est-ce que vous pensez que je m'arrêterai longtemps à repousser ces bruits de dictature? Car, aujourd'hui, ouvrez les journaux, ceux de la pire réaction comme ceux qui sacrifient à je ne sais quels desseins inavouables et malsains, vous y verrez qu'il n'y est question que de la dictature d'un simple citoyen. Je connais cet outrage pour l'avoir subi pendant la guerre et après la guerre. Oui, en raison de l'énergie que j'avais déployée dans la défense nationale , la réaction m'a
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Unuuit par U«t» ne» fibre», que «Ue îaîm a été iaiU; ! Maiv. quelle» qae «^«iifDt le» htfiaaîirt bief doDt OD m'a cooiert . je «en le peuple à bière, et j'ai la eooiidifMi qu'après linfft aas d*eSofts tid'tîaàt^. «« cao^ eDtxe iDe« mains est cotre boanes main». Je tous le prooTerai. Hrr «rfAgriiiM H
RepoassoQs doM do pied ce» attaques saas serapule» et »an» loyauté!
J'ai po et j'ai dû prendre, parce que personae ne la disputait, la direction du parti rcpoMirain an 24 Mai et au 16 Mai. en ces jours de Tonlre moral où il fallait lutter contre une dictature qm rappelait l*Enipinf. On ne parlait pas de ma dictature alors! Aujourd'hui, c'est vraiment outrager votre bon sens et déffhofiorer le suffrage universel que da se servir de cjf mot de » dictateur » en face d'un serviteur aussi «»inc<^re de la démocratie tel que moi. ' Applmudissement M,)
Kt (Kiurquoi cette injure? Je vais vous le dire. On peut attaquer Tbomme : il appartient à la discussion, ni lit croifi que j*ai donné dans ma vie des preuves non équivoques de la manière dont je la supporte, vur tiu «eut encore à attendre de moi une rectification Hu% /calomnies et une réponse aux outrages. Mais je ^M)^ qui) VM qu'on attaque en moi, ce n*est pas la per* oontM), — d*aucuns même disent que la personne n'est pan déplaiiiante (On r//), — ce qu'on attaque en moi
lî AOUT 1861. 3M
c'est la politique , c'est le système , c'est la métbode de défense et de protection des intérêts do la démocratie française.
C'est cette politique que je viens défendre, non parce qu'elle est attaquée, mais parce que j'ai un souci qui domine tous les autres ; c'est d'empêcher les intelligences loyales, les cœurs honnêtes que certaines difficultés de la vie sociale et politique excitent et passionnent, de grossir le troupeau que veulent mener des sophistes et dos démagogues sans vergogne. Voilii pourquoi je veux m'expliquer encore une fois ici, et pourquoi Je tiens & ce que ce soit à Belloville que cette politique reçoive encore une fois sa sanction et sa consécration. [Applaudis»emenl$.)
Cette politique, on l'a appelée d'un nom mal fait, d'un véritable barbarisme. Pour une chose mal conçue, il fallait un mot mal conçu : on l'a appelée n opportunisme ». Si ce barbarisme signifie politique avisée, ne laissant jamais passer l'heure propice, les circonstances favorables, mais ne sacrifiant rien ni au hasard, ni à l'esprit de violence, on pourra tant que l'on voudra appliquer à cette politique une épithète mal sonnante et même inintelligible, mais je dirai que je n'en connais pas d'autre, car c'est la politique de la raison , et j'ajouterai que c'est la politique du succès. {Applaudissements prolongés.]
En effet, quaod je suis entré dans la vie politique, et depuis, je ne me suis pas contenté d'étudier l'histoire générale de ce grand et malheureux pays qu'on appelle la France; j'ai étudié aussi l'histoire de notre parti, et non pas seulement h partir de 1789, mais -dans la nuit des temps historiques de notre France, :& l'époque où notre démocratie ne faisait que balbutier. J'ai suivi pour ainsi dire à la trace de son sang ses progrès, ses défaillances, ses témérités suivies de réactions; c'est alors que je me suis fait un serment : le serment de dire, après l'avoir appris, pourquoi celte