‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta (volume 2)Chapitre 55 sur 97 · CHARONNE · texte numérisé non relu

CHARONNE

de la servitude par la violence ! (Notnbreux applaudissements.)

Vous savez bien que si vous m'écoutiez, je suis homme à soutenir la contradiction. {Bruyantes dénégations dans une partie de la salle,)

Ahl il est plus facile de crier : Non! sans savoir ce qu'on dit, parce qu'on a peut-être été payé pour dire : Nonl (C'est cela! Très bien/ très bien! et applaudissements, — Tumulte continu,)

Mais, entendez-le bien, il ne dépendra pas d'une minorité de braillards d'étouffer la vérité; il ne dépendra pas des énergumënes qui les ont poussés ici que la vérité et la justice aient leur jour et leur triomphe, surtout ici, dans ce vingtième arrondissement que vous pouvez bien troubler, mais que vous serez impuissants à déshonorer et à pervertir. {Applaudissements et vive adhésion,)

Quant à moi, il y a longtemps, vous le savez, que je vous connais, il y a longtemps que je vous démasque et que je vous juge ; et ce n'est pas un tumulte encoi*e plus ridicule qu'il n'est odieux qui pourra jamais arrêter ni ma parole ni ma pensée. {Applaudissements et acclamations, — Nouvelles inten*uplions et bfmit,)

Vous ne voulez pas me laisser parler?... Eh bien, j'ai dit assez de choses dans ma vie; mes sentiments et ma politique sont assez connus pour qu'il soit nécessaire de les développer une fois de plus.

Mais écoutez bien ces mots par lesquels je me résume : Vous qui criez, vous qui hurlez, jamais je ne vous confondrai avec le peuple, avec le vrai peuple. Vous accusez Thomme qui est ici d'être un dictateur; savez-vous ce que vous êtes? {Mouvement. Cris redoublés,) Le savez-vous?... Vous êtes des esclaves ivres et par conséquent irresponsables. {Salves d'applaudissements.)

Je n'ai qu'un mot, un seul à mot ajouter, c'est celuici : Le 21 août, le scrutin des vrais et loyaux citoyens

me vengera de cette infamie... {Nouvelles salves d'applaudissemenfs, — Interruptions et bruit.) Quemi à vous, le lendemain du scrutin, vous reviendrez, poignée de braillards,à vos vieilles habitudes. Mais, sachez-le bien, je saurai vous trouver jusqu^au fond de vos repaires... [Applaudissements répétés. Le tumulte continue,)

Je n'en ajouterai pas davantage. Je suis ici, et je liens à y être parce que je suis le mandataire fidèle, constant, permanent, des républicains du vingtième arrondissement; quant aux autres, je les méprise et je les condamne comme les condamnera le verdict populaire. {Longues acclamations. — Applaudissements et bravos, — Cris répétés de : Vive la République ! Vive Gambetta!)

« M. Métivier, président. La séance est levée, u H est neuf heures moins cinq minutes. »

La héTpuhlique française ajoute à ce compte-rendu les renseignements complémentaires suivants :

« Huit à dix mille personnes emplissaient le vaste enclos de la rue Saint-Biaise, enclos couvert en petite partie seulement par un toit sous lequel est élevée Testrade. Ce hangar, clos d'un côté par des toiles, est éclairé par des globes électriques qui laissent dans Tombre presque toute la partie non couverte ; cette circonstance est excellente pour les fauteurs de tapage, détestable pour Forateur qui parlera littéralement en plein air et dont la voix ne pourra dominer le tumulte.

« La foule, qui se presse à étouffer sous le hangar et en dehors, malgré la pluie, est assez calme jusqu'au moment où Ton procède à la constitution du bureau. Mais alors le bruit commence, pour ne plus s'arrêter. Les obstructionnistes intransigeants auxquels se môlent un certain nombre de bonapartistes bien connus dans Tarrondissement, ont mieux pris leurs mesures que les organisateurs de la réunion. Us se sont répandus par petits groupes dans l'assistance ; un certain nombre d'entre eux, forçant les portes de derrière après l'entrée de M. Gambetta, ont envahi le fond de l'estrade au nombre de trois cents environ ; ils parviennent à réduire à l'impuissance huit ou dix mille citoyens paisibles.

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