‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 4)Chapitre 11 sur 50 · BANQUET DE LYON · texte numérisé non relu

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de toutes les forces du parti républicain, h leur unité tous les jours plus intime, tous les jours plus nécessaire, car si, comme le rappelaient tout à l'heure mes excellents et chers voisins, nous avons doublé le cap des tempêtes, si nous avons franchi la passe semée d'écueils, si le navire prend enfin la haute mer, voiles déployées, nous n'en avons cependant pas fini avec les vents et les tempêtes. Il faudra encore, pendant bien longtemps, se surveiller rigoureusement soimême, examiner l'horizon, prendre la hauteur du soleil, tenir compte do la mer; plus que jamais, le navire porte la fortune de la République et les destinées de la patrie, plus que jamais il nous faut le faire aborder vers le port majestueux qu'a désigné à nos efforts la Révolution française; nous accomplirons la traversée à force de vigilance, de concorde, de travail et de patriotisme. [Ti-iple salve d'applaudissements. — Acclamations enthousiastes.)

Quand je parle ainsi, Messieurs, quand je bois à l'union de toutes les fractions du parti républicain, croyez bien que je ne prononce pas une vaine parole ; croyez, les uns et les autres, que, pour moi, l'union n'est pas un stérile et banal rapprochement qui consisterait à énerver le parti républicain ou à lui soustraire son ardeur, son énergie ou sa force. Non ! c'est l'union féconde, volontaire, c'est l'union mère des efforts sérieux et pratiques, c'est l'union agissante, c'est l'union pour marcher tous en avant sans explosion, sans précipitation, sans désordre, mais l'union pour marcher et non pas l'union pour stationner et marquer le pas. [Bravos et acclamations prolongées.)

Oui, Messieurs, j'ai la conviction qu'on ne marchera qu'avec prudence, qu'on n'ira que d'une position conquise à une position à conquérir, qu'on cheminera sûrement sur cette route où les adversaires nous attendent pour nous tendre tous les pièges, car au-

jourd'huion va nous juger à l'œuvre. Hier, nous étions vaincus, persécutés, diifamés. Nous en avons appelé au pays, et le pays a répondu vous savez comment. Mais il n'a pas répondu pour le vain plaisir de récompenser nos personnes ou d'exalter nos mérites : il a répondu parce qu'il avait confiance en nous. Il s'agit aujourd'hui de justifier cette confiance. {Oui! — Très bien! — Acclamations.)

Eh bien, pour justifier la confiance de la France, il faut que nous prenions les mœurs d'une démocratie vraiment maîtresse d'elle-même avant d'être maîtresse des autres, d'une démocratie capable de se gouverner et de se régir pour imposer son régime et son gouvernement à tous. Aujourd'hui, plus que jamais, il faut se mettre face à face avec les nécessités, avec les exigences de la situation. Nous ne sommes plus un parti d'opposition, car le pays est avec nous, et on n'est pas pour rien la majorité; quand on est la majorité, on est le droit, mais on ne le conserve qu'à la condition de le faire prévaloir sans faire appel à la force. {Vive et unanime adhésion. — Applaudissements p7'olongés.)

Eh bien, Messieurs, c'est parce qu'en traversant le pays, j'y rencontre, dans ces réunions et ces fréquentations, les sympathies de tout le parti républicain, que je rentre confiant à Paris, que j'y rentre animé plus que jamais du désir de bien faire, plus désireux que jamais de grouper, de réunir, de rallier toutes les énergies, toutes les aptitudes, toutes les capacités à la cause de ma patrie, dont je ne sépare pas la cause de celle de la République, et je bois, Messieurs, avant de nous séparer, au spectacle que vous avez donné à la France depuis cinq ans ; oui, la France se souvient de votre patience, de votre abnégation, de tous les sacrifices que vous avez faits aux nécessités de la discipline. Eh bien, Messieurs, ce que vous avez fait vaincus, je vous demande de le faire vainqueurs. {Applau-

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