BANQUET DE LYON
dissements unanimes et bravos enthousiastes. — Cris répétés de : Vive la République! Vive Gambetta!)
Le lendemain matin, plus de deux mille personnes accompagnaient M. Gambetta à la gare de Periache aux cris répétés de : Vive la République ! Vive Gambetta!
Prononcé le i3 mars iS76
A LA RÉUNION PLÉNIÈRE DES GROUPES DE GAUCHE DU SENAT ET DE LA CHAWIBRE DES DÉPUTÉS
Les trois grandes manifestations nationales du 30 janvier, du 20 février et du 5 mars, imposaient au président de la République et aux deux Chambres des devoirs nettement déterminés. Le président de la République devait appeler aux alfaii'es un cabinet nettement, résolument, persévéramment républicain. Les majorités républicaines du Sénat et de la Chambre des députés devaient renoncer aux anciennes divisions de l'Assemblée nationale et former, pour la dii^ection ferme et régulière de la République , une seule réunion plénière de cinq cents membres. — Malheureusement, ni le président de la République, ni les nouvelles majorités des deux Chambres ne surent comprendre ainsi les devoirs qui leur étaient imposés par le suffrage universel. Le maréchal de Mac-Mahon refusa de constituer un cabinet véritablement parlementaire. Les sénateurs et députes i*épublicains commirent une faute plus grave encore par ses conséquences : après avoir reconnu pendant quelques jours que l'union la plus étroite des nouveaux élus pouvait seule assurer l'application shicèrede la Constitution du 25 février et empêcher un retour offensif de la part des hommes de l'ordre moral, ils revinrent, malgré les ciforts de M. Gambetta, aux funestes errements de l'ancienne Assemblée.
C'était M. Gambetta et ses amis politiques les plus directs, M. Challemel-Lacour, M. Spuller, M. Paul Bert, M. Henri Brisson, M. Lepère, qui s'étaient faits, dès le 20 février, les promoteurs de la fusion des groupes républicains. Soutenus principalement par les nouveaux élus, ils démontraient
•^02 RÉUxMON PLÉNIÈRE DES GAUCHES.
contre iMM. Jules Simon, Albert Grévy, Jules Ferry et Leblond, qu'il était impossible de ne pas marquer par un acte éclatant ce fait si considérable et si longtemps attendu de l'adoption de la République parla grande majorité de la nation, et que ce fait ne pouvait être que l'union de toute la majorité républicaine. Le pays serait froissé de voir ses représentants se séparer dès le début et se répartir en différents groupes dont les manifestations isolées seraient sans autorité. En dehors de l'union de tous les représentants républicains, comment imposer au niaréchal de Mac- Mahon un ministère franchement parlementaire et comment maintenir ce ministère dans la voie des réformes nécessaires? « Il faut, disait M. Gambetta, que chacun de nous puisse parler au nom de la majorité tout entière, d'une majorité qui n'est pas seulement celle des Assemblées, mais qui est aussi celle de la nation. »
Ces raisons si hautes et si généreus'^s commencèrent par produire une impression profonde. La plupart des nouveaux députés étaient encore tout imprégnés de la volonté et des aspirations du suffrage universel; ils étaient encore étrangers aux mesquines passions et aux injurieuses défiances de quelques parlementaires plus anciens : ils se rangèrent à l'avis de M. Gambetta. Le 7 mars, plus de trois cents députés et sénateurs présents à Versailles se réunissaient à Versailles en Assemblée plénière pour voter à l'unanimité, sur la proposition de M. Gambetta et de M. Henri Brisson, la déclaration suivante :
« Des sénateurs et députés républicains se sont réunis aujourd'hui, 7 mars, à l'hôtel des Réservoirs.
« Préoccupés de la question ministérielle qui intéresse si justement le pays,
(( La réunion, composée maintenant des membres formant la majorité républicaine des deux Assemblées,
« Déclare que l'appui de cette majorité ne sera acquis qu'à un cabinet homogène, résolu à administrer le pays dans un sens fermement républicain, conformément à l'esprit de la Constitution et à la volonté de la nation.
« Versailles, le 7 mars 1876.
« Signé : V. Schœlcher, président d'âge, Marcellin Pellet, secrétaire d'âge.
Le lendemain, 8 mars, le duc d'Audi ffret-Pasquier, président de l'Assemblée nationale, transmettait au Sénat, représenté par son président d'âge, M. Gaulthier de Rumiliy, à la Chambre des députés, représentée par M. F.-V. Raspail, et au pouvoir exécutif, représenté par M. Dufaure, « les pouvoirs souverains dont la nation avait investi l'Assemblée élue le o février ». Le Sénat et la Chambre des députés entamèrent aussitôt la vérification des pouvoirs de leurs membres. Le 10 mars, le Journal officiel publiait une série de décrets qui reconstituaient le cabinet. M. Dufaure gardait le portefeuille de la justice et prenait la présidence du conseil; MM. Decazes, Léon Say et le général de Cissey gardaient les portefeuilles des affaires étrangères, des finances et de la guerre; M. Ricard était nommé ministre de l'intérieur; MM. Wallon, de Meaux, Caillaux et Dompierre d'Hornoy étaient remplacés à l'instruction publique, au commerce, aux travaux publics et à la marine par MM. Waddington, Teisserenc de Dort, Christopble et Fourichon. M. de Marcère devenait sous-secrétaire d'Etat au ministère de l'Intérieur. M. Félix Voisin restait préfet de police, en remplacement de M. Léon Renault.
La constitution du ministère du 9 mars causa sur tous les bancs de la gauche un vif mécontentement. « Ce cabinet, disait justement la République française, c'est un cabinet du centre gauche de l'ancienne Assemblée. On aurait pu comprendre qu'il présidât aux élections, alors que, la République n'étant pas acceptée par l'Assemblée, il y avait lieu de ne point trop heurter les sentiments déjà connus du pays. Mais la France a parlé, et d'une manière assez précise et claire pour être entendue. Cette République, dont on ne voulait pas, elle l'a proclamée. Elle a fait mieux : elle a voulu que la République, qu'elle veut comme forme de gouvernement delà démocratie, soit remise entre les mains des républicains. Or, la combinaison actuelle est aussi éti'oite que les bases offertes par la déclaration du 7 mars étaient étendues. Ce n'est pas là un ministère de majorité, c'est un ministère de coterie. » Les sentiments exprimés par cet article étaient partagés par un grand nombre de députés du centre gauche. M. Thiers déclarait à qui voulait l'entendre que le mamtien du duc Decazes au ministère des affaires étrangères était un scandale. D'autre part, si
>01 REUNION PLENIEUK DES (iAlCllES.
M. Ricard avait accepté le ministère de l'intérieur refusé par M. Casimir Perier, c'était évidemment que M. Ricard s'était ïiioniré moins ferme et moins consciencieux que M, Casimir Perier sur la question capitale de l'épuration du personnel. Du reste, M. Ricard ne siégeait ni au Sénat ni à la Chambre. Battu par les honapartistes dans les Deux- Sèvres, il attendait le fauteuil de sénateur inamovible que la mort de M. de la Rochette avait laissé vide, et, si la nomination était légale, elle n'était pas parlementaire.
Le 12 mars, les députés et sénateurs formant la majorité républicaine se réunissaient pour la seconde fois en assemblée plénière sous la présidence de M. Crémieux, et M. Gam- ])etta, répondant à MM. Devès, Lepère, Margaine, Viette, Fourcand et Henri Brisson, prononçait le discours suivant :
Messieurs, je demande la permission de présenter quelques réflexions sur le débat qui est engagé devant vous, sur la nature des propositions qui vous sont soumises, ainsi que sur le caractère bien précis qu'il me paraît opportun de donner à la réunion plénière devant laquelle j'ai l'homieur de parler.
Tout d'abord, il faut se dépouiller de deux préventions également dangereuses : la prévention pessimiste et la prévention optimiste. Il est certain, et personne ne l'a proposé — pas même l'honorable M. Viette, que sa parole d'ailleurs très chaude ot très remarquable a peut-être un peu desservi, — il est certain que personne n'a proposé un vote de défiance contre le cabinet; personne n'a pu avoir cette pensée avant que le cabinet eût démérité par ses actes, et ce n'est pas la réunion d'aujourd'hui, composée de gens fermes, éclairés et avisés, qui pourrait ratifier une pareille résolution. [Très bien! t?'ès bien!) Écartons donc cette appréhension de l'honorable M. Margaine, appréhension qui ne repose sur rien, à savoir que nous pourrions faire ici un acte de défiance contre le nouveau cabinet avant qu'il se soit expliqué.
Mais, s'il est vrai qu'il n'y ait pas lieu de se livrer à cette extrémité, il y a une autre extrémité que je trouve tout aussi périlleuse. C'est, étant la majorité qui vient de sortir des urnes du pays, la majorité investie d'une redoutable responsabilité, que nous puissions, en face d'actes politiques aussi graves et parfois aussi incorrects que ceux auxquels nous assistons depuis trois jours, — c'est que nous puissions garder, étant cette majorité, une attitude muette, passive. En présence de ces actes, il faut nous exprimer sans impatience, sans témérité, sans jactance; il faut que le pays sache, — ainsi que le cabinet, — ce que nous pensons sur les événements qui se sont accomplis et quelle sera notre attitude.
Car nous avons un devoir. Il consiste à éclairer tous les jours le pays, à le tenir au courant de nos pensées, de nos travaux, de nos résolutions. Or, il ne faut pas qu'il y ait ni temps d'arrêt, ni obscurités, car, ne l'oubliez pas, Messieurs, le pays est encore livré tout entier au système qui nous a été légué par l'administration de combat et d'ordre moral, et je vous étonnerais bien si je vous lisais la série de fausses nouvelles, de calomnies et de diatribes que l'on fait circuler sous le couvert de l'administration pour arriver à susciter dans le pays un mouvement de frayeur et de recul qui affaiblirait la porti^e des votes mémorables des ::20 février et o mars. Il n'en est pas moins vrai que c'est sous le couvert des agents de l'administration, — d'agents qui la desservent, — que circulent tous ces faux bruits. Je le dis non pas pour attaquer le ministère. J'estime qu'il n'y a pas à l'attaquer, puisqu'il n'a pas agi; mais je dis qu'il est grave pour lui de n'avoir pas encore agi. En effet, après le verdict décisif, solennel que vient de rendre la France, il est étrange que pas im fonctionnaire, de quelque ordre qu'il soit, n'ait été ni atteint, ni touché, ni menacé [Ti'ès bien! trh bien!), et qu'il ne se soit pas trouvé