RÉUNION PLÉNIÈRE DES GAUCHES
un ministre, un seul chef de service pour faire un exemple... [Très bien! — Bravos.)
Comment! pondant cinq ans nous avons eu à subir une administration composée, recrutée, triée, dirigée par tous nos adversaires réunis qui ont traité ce pays comme une sorte de captif, de prisonnier; il n'y a pas une branche de l'économie administrative ou judiciaire, qui n'ait été systématiquement abandonnée à de véritables agents de désordre et de compression, lesquels prenaient pour mot d'ordre qu'ils sauraient bien faire marcher la France. Et cette administration est descendue dans la lutte électorale, et, pendant trois mois, dans les élections des sénateurs, dans les élections des députés, dans les scrutins de ballottage, cette armée entière de fonctionnaires, prenant parti contre les institutions existantes, contre les hommes qui s'y ralliaient, contre ceux qui les avaient fondées, a livré les populations à la crise et à l'eftarement en cherchant à les exciter contre le régime établi par l'Assemblée nationale. [Oui! — C'est cela! — Bravos.) Ces fonctionnaires se sont jetés à corps perdu dans la lutte électorale; plus avisés que ceux qui les guidaient, ils comprenaient qu'ils combattaient pour euxmêmes; pour eux, le vrai péril social, c'est la défense de leurs places. Et, à travers le quadruple réseau dans lequel on l'avait enlacée, la France a filtré sa pensée. Et, chose étonnante et merveilleuse, chose aussi décisive qu'éclatante, il ne s'est trouvé aucun point du pays qui ne ratifiât le sentiment de la nation. ( Vifs applaiicUssemenIs.)
Je ne demande pas mieux que d'attendre les actes du cabinet; mais, ce cabinet étant composé d'hommes de l'ancienne administration, je trouve grave qu'à ces hommes se soient ralliés ceux de la nouvelle administration. Cette appréciation est-elle inspirée par un manque de satisfaction personnelle? Non. Nous ne recherchons que des satisfactions de justice et de
moralité publique. {Très bien! très bien! — Bracos.)
Eh bien, ces préfets qu'on connaît, que tout le monde désigne, ces préfets qu'on n'oserait pas défendre dans un débat public, ils sont là, menaçant, raillant, disant qu'on saura bien mettre la nouvelle majorité à la raison. Or, Messieurs, je dis que cette situation impose, — je ne veux pas employer un mot qui serait mal interprété, — la plus grande réserve au parti républicain. [Oui! — T7'ès bien! — Applaudissements.) Car je maintiens que celte situation n'est pas faite pour inspirer une confiance bien étendue, une confiance illimitée.
Ce que je reproche à ceux qui ont créé cette situation, c'est de n'avoir pas compris le pays, c'est de n'avoir pas été à lui quand il était le plus sage et le plus réservé dans ses exigences immédiates ; c'est de n'avoir pas fait un cabinet qui fût un reflet de l'opinion publique. Et l'on sait quels hommes, quels conservateurs on a éloignés: il n'en estpas de plus considérables; on sait aussi quelle tâche ils avaient entreprise! Eh bien ! c'est une raison encore d'être très réservés quand on voit que les conditions de M. Casimir Perler ont été refusées et qu'il lui a été trouvé des sucesseurs. C'est là une seconde raison de réserve. Il y en a d'autres encore.
C'est pourquoi, Messieurs, je regarde comme urgent que notre réunion ne soit pas stérile. Je n'ai rien à dire contre la personne des ministres qui font partie du nouveau cabinet. Je ne me plains pas des ministres qui entrent, je me plains de ceux qui ne sortent pas. [Rires et marques (l' approbation.)
Il y a des ministres que je suis bien obligé d'examiner dans leur passé, non pas publiquement, car on pourrait m'accuser de prononcer un réquisitoire. [Nouveaux rires.) Mais je dis que leur passé n'est pas une suffisante garantie pour l'avenir, et alors je conclus : Pas de défiance, mais pas de confiance.