REUNION PLENIERE DES GAUCHES
Il faut donc marquRr ici cette attitude de réserve du parti républicain. Il ne faut pas que les ministres s'imaginent que, parce qu'on ne les attaque pas, que, parce qu'on les attend à Idmvre, leur (euvre sera facile, commode, qu'on pourra nous diviser, nous séparer et faire appel à ceux qu'on dit les plus ardents pour les éloigner de ceux qu'on a appelés les plus modérés, et former ainsi une majorité chancelante et, surtout, obéissante. [Applaudissements.)
C'est pour cela que ces réunions plénières, unanimes, sont nécessaires. Elles sont nécessaires pour savoir que, tant qu'on n'aura pas donné une satisfaction réelle au sentiment public dans la composition de l'administration générale de l'Etat, nous ne constituerons qu'un seul groupe républicain, que nous resterons tous associés, tous unis, et que nous ne nous diviserons, — si ce jour doit venir, — qu'après avoir assuré le respect et l'autorité de la Mépublique. ( Vifs applaudissements.)
Pour conclure, je demande que l'assemblée ici réunie décide qu'elle ne fait que traduire l'opinion de toutes les populations sans exception, urbaines ou rurales, en déclarant qu'il n'y a plus que conditions de désordre et d'insécurité dans un pays quand le gouvernement y est entravé dans sa marche par ses fontionnaires. [C'est cela! — Bravos.)
Oui, Messieurs, je voudrais que chacun de vous se levant, ici, nous dise, d'une parole rapide, quel est l'état de son département, à quels sévices il est soumis, ce qui se passe au chef-lieu, au canton, à la commune, et nous mette au courant des abus de pouvoir, de favoritisme ou de polémique de la part des agents de l'administration de combat qui ont survécu à leur triple déroute. Voilà ce qu'il est nécessaire de faire. Levez-vous donc, les uns après les autres, et, en quelques paroles, dites-nous ce qui se passe dans vos pays, dites-nous s'il est un département, en France,
qui ne puisse révéler un scandale, un véritable état d'anarchie, et si nous ne sommes pas fondés à dire au gouvernement : Agissez, agissez vitel II ne s'agit pas seulement que le cabinet, — comme le disait l'honorable M. Margaine, — fasse un acte blâmable. — il ne manquerait plus qu'il fît un acte blâmable! — il doit faire des actes de réparation, parce que la France souffre, parce qu'elle a parlé, et, quand la France a parlé, je ne reconnais pas de droit qui puisse entrer en lutte avec elle. Car qui donc est plus sage que la France? Qui donc a l'autorité suffisante, quand la France a dit : « Il est temps », pour lui répondre : « Il n'est pas encore temps » ? Qui donc a reçu le mandat, l'autorité de dire à la France : « Si vous ne voulez pas marcher comme je veux, je vous forcerai bien à attendre? »
En tenant ce langage- devant vous, Messieurs, je ne crois pas sortir de la modération ni de la sagesse politique. Vous ne me rencontrerez jamais associé à des mesures intempestives ou chimériques. Je ne veux réaliser que le réalisable ; mais, je le dis, s'il est encore des gens qui veulent arrêter l'élan de la France, ce ne sont pas là des conservateurs, ce sont les pires des révolutionnaires. {Très bien! d-ès bien! — Vifs applaudissements.)
A la suite de ce discours et après les quelques observations présentées par MM. Testolin et Billot, sénateurs, Boysset, Louis Legrand, Rouvier, Langlois, Albert Joly et Laussedat, députés, lAsseniblée pléniéi'e des gaucbes adopte à la presque unanimité de trois cents et quelques membres la résolution suivante :
« La réunion, composée des sénateurs et députés formant la majorité républicaine, et convaincue qu'elle exprime la volonté du pays,
« Déclare :
« Qu'elle persévère dans la résolution précédemment prise.
« Dans l'espoir que le caliiiietscrend compte des nécessités de la situation, elle attend de lui la substitution d'administrateurs fermement républicains aux divei's fonctionnaires qui ont jusqu'ici combattu le régime présentement établi par la volonté nationale. )>
Le vote de cette résolution par une assemblée qui comprenait les deux tiers de la majorité, produisit sur l'opinion publique républicaine une impression pi'ofonde et décida le cabinet du 9 mars défaire résolument un pas en avant. Dès le surlendemain (14 mars), M. Dufaure,au Sénat, et M. Decazes, à la Chambre, donnèrent lecture d'une déclaration dont la netteté inattendue avait été déterminée, selon toute évidence, par l'attitude imposante de la majorité républiblicaine réunie en assemblée plénièi'e.
La déclaration ministérielle était ainsi conçue :
« Messieurs, choisis par le président de la République pour exercer en son nom les pouvoirs que la Constitution lui confère, nous avons attendu voti'e organisation définitive pour entrer en communication avec vous.
« Au milieu de notre nation calme et laborieuse, un grand événement vient de s'accomplir.
« Le Gouvernement républicain était fondé avec les garanties de force et de durée que donnent des lois constitutionnelles; le président de la République était nommé, ses devoirs et ses droits étaient définitifs ; mais les deux grandes Assemblées, qui forment avec lui l'ensemble des pouvoirs publics, manquaient encoi'e à notre organisation politique.
« Expression de la souveraineté nationale, le sulfrage universel, sous des formes et dans des conditions diverses, mais toujours avec une égale autorité, a sanctionné par ses votes, comme par les déclarations de principes des candidats préférés, les grands résultats constitutionnels qu'après cinq années de patriotiques efforts la dernière Assemblée a laissés après elle. Le pouvoir ne peut avoir une plus haute origine dans nos sociétés humaines, et il nous est permis de vous dire que jamais Gouvernement ne fut plus légitimement établi.
« Dans sa proclamation du 13 janvier, M. le président de la République traçait ainsi le programme des travaux que nous aurions à accomplir avec vous :
« Nous devrons appliquer ensemble avec sincérité les lois
constitutionnelles dont j'ai seul le droit, jusqu'en 1880, de provoquer la révision. Après tant d'agitation, de décliircmenls et de malheurs, le repos est nécessaire à notre pays, et je pense que nos institutions ne doivent pas être revisées avant d'avoir été loyalement pratiquées.
« Ces sages paroles, Messieurs les députés, seront notre règle constante. De la pratique loyale des lois constitutionnelles dépendent le repos, la grandeur, l'avenir de notre pays.
<( Nous serons fidèles à l'esprit à la fois libéral et conservateur qui les anime, dans les rapports que nous aurons avec vous dans la préparation des lois que nous vous présenterons, dans chacun de nos actes, et nous exigerons que nos subordonnés à tous les degrés y soient fidèles comme nous.
« Nous ne saurions en eflet admettre que le Gouvernement trouve des détracteurs parmi les agents qui ont mission de le servir.
« Rapprochés des populations, ils peuvent leur faire comprendre et apprécier le régime sous lequel elles vivent ; ils seconderont nos vues en leur disant que la République, telle qu'elle est sortie des votes de l'Assemblée nationale, donne au pouvoir sa plus grande force parce qu'il est exercé au nom et dans l'intérêt de tous, qu'elle a besoin plus que toute autre forme de gouvernement de s'appuyer sur les saintes lois de la religion, de la morale et de la famille, sur la propriété inviolable et respectée, sur le travail encouragé et honoré, et qu'enfin elle répugnera à ces aventures guerrières dans lesquelles les gouvernements ont trop souvent engagé l'honneur et la fortune des nations.
« Nous vous exposerons l'état du pays avec les détails convenables, en vous présentant les lois sur lesquelles nous comptons appeler vos délibérations.
« La loi de finances pour 1877 vous sera apportée sans retard : elle contiendra un tableau détaillé et complet de notre situation financière. Qu'il nous suffise de vous dire que le budget vous sera présenté en équilibre, sous une forme très simple, sans aggravation de taxes, sans demander aucun sacrifice nouveau aux contribuables, tout en assurant, dans les termes des traités passés avec la Banque de France, le remboursement de la dette que l'État a contractée vis-à-vis de ce Grand établissement.
« Nos relations avec les puissances étrangères n'ont rien perdu de leur caractère amical et pacifique.
« La France s'est associée aux efforts tentés pour apaiser les troubles qui agitent les provinces occidentales de la Turquie d'Europe, et nous conservons l'espoir que l'accord des grandes puissances, affirmant ensemble le respect des traités et leur attachement pour la paix, portera ses fruits. « Aucune puissance n'a plus souffert que nous de la guerre civile qui désolait l'Espagne; aucune ne pouvait en envisager la fin avec une satisfaction plus vive et plus sincère.
« Cet apaisement des esprits aux deux extrémités de l'Europe, cet ardent désir de paix, dont tous les peuples comme tous les gouvernements se montrent animés, favoriseront les négociations commerciales auxquelles le Gouvernement se prépare.
<( L'expiration très prochaine des traités de commerce et de navigation qui nous lient aux autres puissances, appelle les pouvoirs publics à lixer de nouveau le régime économique auquel seront désormais soumises nos relations commerciales avec l'étranger.
« Cette question si grave pour la préservation du travail national et le développement de la richesse publique, commande toute notre sollicitude,
« Nons nous appliquerons à la résoudre de concert avec vous, en nous efforçant d'épargner à nos industries les perturbations inséparables des remaniements des tai'ifs, et en persévérant dans la politique de sage liberté commerciale, sous l'égide de laquelle nos transactions avec l'étranger ont pris une si large et si féconde expansion.
c La reconstitution de notre état militaire s'opère peu à peu, conformément aux pi'incipes adoptés par l'Assemblée nationale, et dans la mesure des ressources disponibles du Trésor. Vous aurez à déterminer les règles qui doivent être appliquées à l'administration de l'armée et au service d'état-major. Des projets de loi spéciaux, qui n'ont pas pu être examinés par la dernière Assemblée, seront soumis à vos délibérations, « Les réductions que le budget de la marine a dû subir à la suite de la guerre ont eu pour résultat inévitable d'amener dans le matériel de la ffotte et dans les approvisionnements des arsenaux une dépréciation et un appauvrissement qui ne sauraient se prolonger sans péril.
n MARS 1876. 213
« D'un autre côté, les transformations successives des constructions navales ont déterminé toutes les puissances maritimes à s'imposer des charses nouvelles. La France est obligée d'entrer, à son tour, dans cette voie et d'y marcher avec autant de résolution que de prudence, Déjà le budget de 1877 tient compte de ces nécessités si vivement senties.
a Le gouvernement s"elforcera à Tavenir, comme par le passé, de donner une sage impulsion à l'exécution des travaux publics. Il pressera l'exécution des lois que l'Assemblée nationale a votées avant de se séparer.
« Deux questions ont pris dans ces derniers temps, vous le savez, un caractère politique : l'une concerne la collation des grades dans l'enseignement supérieur ; l'autre tient à la composition des municipalités. Nous vous en proposerons la solution, en cherchant à concilier d'importantes libertés, justement réclamées, avec les droits de l'État et les prérogatives nécessaires du pouvoir exécutif.
« Nous n'abordons pas sans émotion. Messieurs les députés, cette première session de la République constitutionnelle.
« Nous prévoyons les difficultés qu'elle peut nous offrir; nous osons espérer qu'elles seront aplanies par votre confiance dans la haute et loyale sagesse du Président, par l'accord constant des deux Chambres et par notre désir commun et passionné de voir la France se relever et grandir par la liberté. »
Cette déclaration, si franchement républicaine et libérale dans son ensemble, fut accueillie par l'opinion publique avec une vive satisfaction. Elle était le premier résultat, le plus direct et le plus immédiat, de l'union des gauches. Il était manifeste en effet que, sans l'impression considérable produite par l'assemblée plénière du 12 mars, ni le duc Decazes ni le général de Cissey n'eussent consenti au progranmie de la déclaration, et que le président de la République l'eût obstinément repoussé. Cette résistance était un jeu parlementaire tout indiqué et des plus aisés. A supposer les gauches du Sénat et de la Chambre divisées dès l'origine en réunions distinctes, les membres réactionnaires du cabinet pouvaient évidemment alléguer que la volonté du pays n'apparaissait nulle part d'une manière claire et précise, et qu'une cote mal taillée entre les résolutions des différents groupes ne prouvait pas grand'chose. Dans ces
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conditions, le cabinet aurait temporisé, la majorité se serait irritée, et il en serait résulté à la première occasion une crise ministérielle que la réaction n'eût pas manqué d'exjtioiter comme une preuve éclatante de l'instabilité des institutions républicaines et de rimpéritie de la majorité. Au lendemain de la déclaration du 14 mars, il semblait donc impossible qu'un esprit libre et de bonne foi ne reconnût p;is la nécessité impérieuse d'une union de plus en plus étroite entre les g-aucbes. Ce fut pourtant le lendemain même de cette déclaration qui fut choisi pour revenir à la division du parti républicain en une demi-douzaine de groupes.
Nous n'avons pas à raconter ici à la suite de quelles manœuvres, de quelles intrigues et de quelles misérables défiances, les nouveaux députés qui avaient été les premiers à accepter la politique d'union préconisée par les amis de M. Gambetta se laissèrent finalement, non sans résistance, séduire par d'autres. Il se trouva même tout un ancien groupe, celui de l'Union républicaine, qui tint bon pour l'honneur de la démocratie, même après la défection de la gauche et du centre gauche. Le 24 mars, alors que la gauche républicaine de la Chambre s'était déjà reconstituée sous la présidence de M. Jules Ferry et que le centre gauche s'était reformé avec M. Paul Bcthmont, plus de soixante-dix députés ayant appartenu à l'Union républicaine de l'Assemblée nationale, refusèrent de s'organiser en groupe séparé. Réunis à Versailles, dans le local du 9" bureau, ils tinrent, sous la présidence de M. Lepère, la délibération suivante, que nous reproduisons d'après la République française :
« Dès l'ouverture de la séance, une courte discussion s'est engagée à laquelle ont pris part MM. Lepère, Boysset, Brelay, sur la question de savoir s'il convenait de procéder immédiatement cl la constitution d'un bureau. M. Gambetta a pris la parole alors et s'est exprimé à peu près en ces termes : « Messieurs, il me paraît que dans les circonstances actuelles plusieurs considérations doivent se présenter à notre esprit. La première, c'est que l'hésitation que nous mettons à nous constituer en réunion distincte, prouve que notre sentiment commun est avant tout favorable à la constitution d'un grand parti républicain dans la Chambre. Le présent et l'avenir démontreront, soyez-en certains, quelle faute on a commise
en morcelant, en divisant la majorité républicaine. Je considère qu'on a ainsi méconnu la volonté du pays. En constituant un centre gauche et une gauche, on a voulu sans doute vous contraindre à constituer une extrême gauche et vous faire perdre ainsi une grande partie de votre force. On voudra ensuite diviser cette extrême gauche. Si nous ne nous constituons pas en groupe distinct, nous n'en serons pas moins forts dans la Chambre. Je crois que nous devons garder notre libei'té d'action jusqu'à ce qu'il apparaisse au reste de la Chambre qu'il faut revenir à la vérité en constituant une majorité républicaine compacte et décidée à faire sentir sa puissance au gouvernement, »
« M. Laussedat, prenant la parole ensuite, a déclaré que l'opinion émise par M. Gamhetta est celle au'il a déjà luimême exprimée et défendue. Il est d'avis, lui aussi, qu'il ne faut pas constituer un groupe distinct, et que chacun doit parler et agir comme membre de la majorité républicaine que le pays a envoyée à la Chambre.
« M. Martin Nadaud présente quelques objections contre l'opinion qui vient d'être émise par les précédents orateurs. Selon lui, on a tout à gagner à s'organiser, bien qu'il regrette qu'on n'ait pu maintenir une grande majorité républicaine sans fractionnement.
« M. Cent déclare qu'actuellement il vaut mieux ne passe constituer en groupe. Ainsi faisant, on rendra possible dans l'avenir l'union générale si désirable. La réflexion viendra, et les députés, après avoir revu leurs électeurs, comprendront mieux leurs devoirs.
« M. Boysset appuie la création d'un groupe distinct, puisque deux autres groupes se sont déjà formés.
« M. Georges Perin était partisan des délibérations générales de toute la majorité républicaine. Mais, puisque les tentatives faites dans ce sens ont été infructueuses, il ne faut pas constituer un groupe distinct, car ce serait abandonner une idée juste et à laquelle on reviendra ou que du moins beaucoup de nos collègues adopteront.
« M. Escarguel est d'avis au contraire qu'il faut organiser un groupe de l'Union républicaine.
« M. SpuUer dit que la question doit être envisagée au point de vue de la politique générale et du sentiment du pays. Le pays, qui a approuvé la politique suivie par les
f>TOupes républicains de l'ancienne Assemblée, pense cependant, et avec raison, que le parti qui est aujourd'hui la majorité doit suivre une méthode qui ne soit pas celle qu'il a suivie quand il était la minorité. 11 ne faut donc pas se parquer dans les anciens cadres et des subdivisions aujourd'hui sans objet.
(( M. Viette n'est pas non plus pour la constitution d'un groupe distinct.
« M. Gambetta dit que le parti de la résistance a certainement pour but de se créer une majorité avec ce qui reste de l'ancien centre droit et les groupes de gauche qu'il parviendrait à diviser. On vous réduirait, ajoute-t-il, ainsi à l'état de minorité. Vous ne laisserez pas réussir un pareil dessein. On veut organiser dans le Sénat et la Chambre une sorte de jeu alternatif entre le centre droit et le centre gauche, et séparer par ce moyen les républicains et ceux qu'on appelle les radicaux. Si vous vous constituez en groupe distinct, vous opéi'ez précisément vous- mêmes sur l'échiquier politique la diversion désirée par nos adversaires. Donc, restons fidèles à notre première pensée et gardons-nous qu'on nous accuse d'avoir prêté les mains à la sécession de la majorité républicaine.
«.M. Godet adhère aux idées exprimées par M. Gambetta. « M. Turquet dit que les députés, au moment de la session prochaine des conseils généraux, se convaincront de la réprobation que soulève parmi les électeurs la division qu'on essaie d'introduire dans la majorité, et qu'alors, au retour de l'Assemblée, il sera possible de réunir en un seul faisceau la grande majorité républicaine.
« Enfin, à l'unanimité, la réunion décide qu'une déclaration conforme aux idées qui viennent d'être émises sera publiée. La rédaction en est confiée à M. Spuller. Elle est soumise à la réunion et elle est adoptée à l'unanimité. Voici le texte de cette déclaration :
« Un grand nombre de députés républicains, appartenant à la majorité constituée par le suflrage universel dans les élections des 20 février et 5 mars, et s'étant réunis le 22 mars dans le local de la 9» commission;
<( Après avoir examiné la situation politicpie dans la Chambre et dans le pays; « Convaincus que l'unité et la cohésion de la majorité ré-
13 MARS 187fi. 217
puLlicaine restent le grand intérêt comme la volonté de la démocratie ;
« Déclarent, après délibération, qu'il n'y a pas lieu de constituer de groupes. »
11 fallut le coup d'État parlementaire du IG mai pour que les gauches se réunissent de nouveau, mais un peu tai'd, en assemblée plénière. Mais ce coup d'État, qui devait troubler et agiter le pays pendant six mois, il était la conséquence directe de l'abandon delà politique d'union. Réunies en faisceau, les forces démocratiques défiaient toute conspiration bonapartiste ou cléricale. Séparées, elles étaient une invite à l'ordre moral de recommencer. Et, en etfet, dès que les hommes du 24 mai eurent bien constaté la pusillanimité du Sénat ou le manque de direction de la Chambi'e, ils rentrèrent en scène. L'histoire parlementaire dira que les suites de l'abandon de la politique d'union ont été incalculables pour le pays et pour la République.
Le Sénat et la Chambre avaient constitué définitivement leurs bureaux dans les séances du 13 et du 14 mars.
Le bureau du Sénat fut ainsi composé : M. le duc d'Audiffret-Pasquier, président, MM. Martel, Duclerc, Ladmirault, Audren de Kerdrel, vice-présidents, MM. de Saint-Vallier, Scheurer-Kestner, Lacave-Laplagne, de Rainneville, Vandier et de Colombet, secrétaires, Baze, Toupet des Vignes et d'Aurelle de Paladines, questeurs.
A la Chambre des députés, M. Grévy fut nommé président à l'unanimité des suffrages exprimés (462 sur 468 votants). MM. de Durfortde Civrac, Paul P)elhmont, Rameau et Lepère furent élus vice-présidents par 378, 349, 339 et 335 voix sur 429 votants. MM. Gailly,le colonel Denfert et Faye, questeurs, MM. Lamy, Chiris, Sadi Carnot, Savary, Rouvier, le prince de Léon, Clemenceau et le duc d'Harcourt secrétaires.
Le nombre des secrétaires de la Chambre des députés avait été porté de six à huit sur la proposition de M. Gambetta, qui s'était exprimé dans ces termes au début de la séance du 13 mars :
M. Gambetta. — Messieurs, je viens demander à la Chambre de vouloir bien revenir sur une décision
qu'elle a prise clans une des séances précédentes, relativement à la constitution de son bureau. L'observation que je désire lui soumettre est relative h cette partie du bureau que constituent les secrétaires.
Conformément aux précédents et au règlement, provisoirement maintenu, de l'ancienne Assemblée, on a fixé à six le nombre des secrétaires à élire. Eh bien, je regrette que la discussion qui a eu lieu à ce sujet ait été si rapide qu'elle ne nous ait permis, ni aux uns, ni aux autres, sans acception de parti, de faire valoir les raisons d'impartialité et de représentation proportionnelle des minorités qui eussent, je crois, modifié la résolution de la Chambre et fait porter de six à huit le nombre des secrétaires.
Aucune difficulté de procédure ne s'oppose à ne qu'on revienne sur la résolution précédemment prise à ce sujet; puisqu'il s'agit de votre règlement intérieur, de votre législation particulière, vous pouvez, par un simple vote, modifier cette résolution.
Les motifs qui nous font présenter à la Chambre la proposition que je lui soumets éclatent suffisamment ;\ tous les yeux, et je ne crois pas avoir besoin d'insister à cet égard. II est nécessaire que les votes, que les difficultés de procédure parlementaire qui sont décidées par le bureau, soient jugées, soient résolues avec une autorité suffisante pour s'imposer à tous les partis dans la Chambre et au dehors.
En conséquence, si la Chambre estimait qu'il y a lieu de revenir sur sa première décision et de fixer à huit le nombre des secrétaires, une part serait réservée à toutes les minorités dans cette enceinte. {Irès bien!)
Il ne faudrait pas prendre très au sérieux une objection matérielle que j'ai entendu faire, à savoir que le chiffre huit ne cadrerait pas suffisamment avec l'installation matérielle du bureau. Les secrétaires ne siégeraient pas tous en même temps, ils pourraient
t'tablir entre eux un roulement... [Oui! oui! C'est cela!) ce qui n'empêcherait pas qu'au moment d'épreuves de nature à amener quelque confusion ou quelque lii^-sitation dans le sein de la Chambre, ils soient tous appelés au bureau, de manière à formuler une opinion dans des conditions (|ui entraîneraient le consentement universel.
Voilà, Messieurs, ma proposition. Je prie M. le président de vouloir bien la soumettre à la Chambre. [Marques d'approbation .)
M. LE PRÉSIDENT. —Je ferai remarquer à la Chanibre qu'il y a là une question de procédure parlementaire que le président ne peut pas laisser passer sans la bien préciser.
Le règlement qui nous régit en ce moment est le règlement de i8i9, adopté déjà par l'Assemblée nationale de 1871 et que la Chambre a repris, sauf les modifications qu'elle pourrait y apporter. Il y aurait peut-être inconvénient à adopter immédiatement la proposition qui vient d'être faite et qui pourrait être considérée comme une surprise, en ce sens qu'elle n'a pas été portée, par l'ordre du jour, à la connaissance de chacun, et que personne n'a pu y penser et se préparer à la discuter.
D'un autre côté et pour montrer les deux points de vue auxquels on peut se placer, je dirai que l'ordre du jour indiquait la nomination des secrétaires et que, jusqu'au dernier moment, la Chambre restait maîtresse de statuer sur leur nombre, en revenant sur la décision prise le 10 de ce mois.
Ce jour-là, le nombre de huit secrétaires a été proposé par M. de Tillancourt, et la Chambre a cru devoir maintenir le nombre de six. Je demande si quelqu'un veut prendre la parole pour parler dans un sens opposé à celui de M. Gambetta.
Sur plusieurs bancs. — Il n'y a pas d'opposition.
M. Gambetta. — On est unanime !
220 CHAMBRK DES DEPUTES.
M. LE PRÉSIDENT. — Personne ne demandant la parole, je mets aux voix la question de savoir si la décision du 10 de ce mois sera modifiée, c'est-à-dire si le nombre des secrétaires sera porté à huit.
(La Chambre, consultée, fixe à huit le nombre des secrétaires.)
SUR