MONTET
entendu par la Commission.
Je sortis, en effet. On me tapadessus. Je reçus des coups et j'essayai de rentrer. Mon beaupère alors me .saisit et me tit rentrer : j'avais de la peine à rentrer, car le garde Lafond me tenait et m'emi)échait.
J'airecuenquelques instants plusieurscoups de pied et de poing. f)n m'envoyait des coups de pied au bas-ventre; mais, comme j'étais de profil, je les ai reçus sur le haut de la cuisse.
Nous avons été remplacés par des gens avec des casseroles, qui disaient :« Descends, Gambetta 1 c'est là que nous ferons cuire ton foie ! »
21 Dans la soirée, j'étais derrièi-e la porte de
JovRDAN, la réunion... Nous fûmes obligés de fermer
entendu par la j les portes. Elles furent poussées, ébranlées;
Commission, heureusement, nous les avions arc-boutées
avec des poutres énoimes; sans cela, les
j portes auraient été certainement forcées. Je me
trouvais près de la porte, puisque c'était moi
'qui recueillais les cartes, et j'ai pu juger des
oscillations considérables que subissaient
soit les battants de la porte, soit les cloisons.
Bruvèrk,
entendu par la
Commission.
Tallet, entendu par la Commission.
J'ai vu jeter des pierres contre l'hôtel. Une pierre a cassé une vitre et le croisillon dans la pièce oii je me trouvais; les éclats de verre ont couvert un de mes amis ; une jeune fille a été blessée, et j'ai reçu moi-même un coup de pierre.
J'étais à Cavaillon. J'ai vu secouer fortement la porte de la réunion; je réclamai la protection des autorités ; je n'ai pas été écouté; j'ai même été menacé. •
EMEUTE DE CAVAILLoN.
AFFIRMATIYP]
NOMS
DKS TÉMOINS.
DEPOSITIONS
24 J'»'tais à Cavaillon le 17 février. J'étais dans Favier, la foule au moment du tumulte, et je voyais des
entendu par la figui'es telles que j'avais presque i)eur. Commission. ...J'étais à la réunion, j'ai été des derniers
à sortir. Au moment où je sortais, un individu, que je n'ai pas connu, a avancé la tète entre deux gendarmes et m'a dit : » Jusqu'à loi, qui es allé là-dedans I Canaille! assassinl dresseur de guillotine ! » Je ne répondis pas; un autre individu me provoqua de nouveau, je ne répondis pas davantage.
25 Je sortis un des premiers de la réunion de Brvnet, Cavaillon ; un individu, qui avait un revolver à
entendu par la ; la main, me suivit pendant quelques mètres. Commission, me disant : " Te voilà, fainéant, buveur de sang, dresseur de guillotine ! »
AcuAKD Louis, entendu jjar la
Magny, entendu par la Commission.
Il y avait un Monsieur, grand, hoiteux, avec un grand paletot, portant favoris et ayant un lorgnon-monocle. Je l'entendis dire : « A Avignon, nous u'avons pas pu le faire sauter; mais ici nous prendrons notre revanche. »
J'étais le soir à la réunion. J'ai entendu frapper vivement à la i)orte; quand nous sommes sortis, il faisait très obscur.
Il y avait derrière les gendarmes des gens qui nous crachaient dessus. Entre le maréchaldes-logis (pii était à ma gauche en sortant de l'hôtel et un autre gendarme, un Ijras a passé qui ma fait tourner mon chapeau sur ma tête. On criait : « A Cayenne ! »
J'étais, le 17 février, à la réunion privée à Cavaillon. A la sortie, on criait, on huait, on nous injuriait. J'ai reçu moi-même des crachats.
AFFIRMATIVE
NOMS
DES TKMnlNS.
DEPOSITIONS
JOVKFRET,
entenJu par la Commissiou.
GOUBERT, Ma-
rius,
entendu par la
Commission.
AliONEN,
entendu par la Commission.
MiCHEUER,
entendu par la Commission.
Créance,
entendu par la
Nous sommes alors sortis deux par deux, sans rien dire, au milieu d'ime haie de gens qui criaient, sifflaient, tapaient sur des casseroles, qui nous allongeaient des coups et nous crachaient dessus.
J'étais invité à la réunion... J'étais au fond, j'entendais frapper à la porte... A mesure que nous sortions, en passant dans la haie que formait la foule, nous recevions des injures.
... Il y en avait un qui tenait une poêle; et il disait en frapjjant sur sa poêle : » C'est là que nous ferons cuire son foie. »
... J'ai vu le nommé Laurent, dit le To, qui a jeté une pierre contre la voiture. Cette pierre, après avoir ricoché, a frappé à la jambe une femme de nos voisines. 11 y avait aussi l'agent de police Pépin: je l'ai vu se courber pour ramasser une pierre. Ils ont coui'u après la voiture jusque vers la maison de M. Faure. Quand ils sont revenus, plusieurs membres du cercle catholique étaient descendus; ils disaient :'< Il fallait mettre la main à la bride des chevaux et l'arrêter; nous l'aurions achevé ici. »
Le 17 février, à 10 h. 12 du soir, vers le Cercle catholique, une dizaine d'individus se mirent à crier : « La voiture de Gambetta a liasse! » Et ils se mirent à crier des injures et à jeter des pierres.
Le n février, je me trouvai à Cavaillon. J'ai été insulté par un homme qui avança la léte entre deux gendarmes et qui dii que les républicains devaient être envoyés àCayenne.
KMEL'TK UE CAVAlLLi )X.
AFFIRMATIVE
NOMS
DES TKMOINS.
DEPOSITIONS
Chabas,
entendu par la
Commission.
Bresset,
entendu par la
Commission.
Pe1>vDIGUIER,
entendu par la Commission.
De Bonadona,
maire de Ca-
vaillon,
Commission.
J'étais dans l'hôtel lorsque M. le maire est venu dire que des pierres étaient lancées de dessus la toiture. A ce moment, une pierre lancée de la place brisait une croisée.
J'ai vu des individus mimis de casseroles et proférant des menaces de mort contre M. Cîamlietta.
... Il y avait un danger imminent de conflit. Si les républicains n'avaient pas conservé l'attitude qu'ils n'ont cessé d'avoir en face de toutes ces provocations, il y aurait eu une mêlée épouvantable.
A la sortie de la réunion, Je fus bousculé et injurié par l'agent de police Pépin, qui me provoquait et me huait; je fus hué par d'autres individus aussi.
Au momentoù M-Gambetta voidut adresser quelques paroles à la foule, des cris, des sifflets, des huées, des vociférations de toute espèce : « A bas Gamhetta! à bas la guerre à outrance! etc., » l'empêchèrent de prendre la parole.
... En présence de l'exaltation de la foule, je me concertai avec M. le maréchal-des-logis de gendarmerie, pour savoir si nous ne pourrions pas faire évacuer la place.
... Je jugeai qu'il serait imprudent de vouloir faire évacuer la place, ce qui n'aurait pu se faire qu'en employant les armes. Il en serait résulté des poussées qui eussent amené infailliblement quelque rixe : et il est incontestable qu'en présence de ces circonstances, au premier coup donné, une mêlée générale se fût engagée.
17 FEVRIP:R 1876.
AFFIRMATIVE
NOMS
)ES TKMOINS.
RoifERT,
maréchal-des-
logis de
gendarmerie,
entendu par la
Commission.
DEPOSITIONS
... La foule était considérable et dans une grande agitation...
... L'exaspération de la foule ne connut plus de bornes lorsque des pierres lancées, disaiton, du toit de l'hôtel, vinrent à contusionner quelques personnes.
Je venais d'être joint par M. le commissaire de police, qui m'avait informé que, sur les observations qu'il avait cru devoir présenter à M. Gambetta, la réunion n'aurait pas lieu.
M. Gambetta avait compris, me disait le commissaire, qu'en présence de cette manifestation et des désordres graves qui pourraient en résulter, il ne fallait pas assumer la responsabilité des événements.
J'attendais l'exécution de cette mesiu-e prudente ; mais elle n'arrivait pas. Au moment où les pierres furent lancées et provoquèrent cette agitation extrême , je pensai que je n'avais plus ime minute à jjerdre, et je me décidai à intervenir...
... Je m'assurai tout d'abord que les pierres n'avaient pu, selon toute apparence, être lancées de l'intérieur...
... Quelque temps après, un de nos gendarmes dit : « On jette des pierres, » et il ramassa la pierre. Au même moment, une pierre brisa deux carreaux et le croisillon à une fenêtre du premier étage.
M. LE PRÉSIDENT. — Si la réuniou n'avait pas été dissoute, que pensez-vous qu'il aurait pu se passer?
M. LE MARÉCHAL-DES-LOGis. — .Je peuse qu'il y aurait eu rixe, conflit, et que nous aurions
EMKUTE DE CAVAII.LOX.
AFFIRMATIVE
NOMS
I>ÊP()SlTIOxs.
VlAU,
commissaire de
police,
entendu par la
Commission.
De Bannh-;res
DE Salles, entendu par la Commission.
pu être forcés d'employer la force des armes; la foule était surexcitée à un point extraordinaire.
Ce qui m'a déterminé à entrer dans l'hôtel, c'est que l'excitation était telle sur la place, que nous allions être débordés... Je me dis : » 0)i ! mon Dieu, si la porte allait céder! »
J'ai reçu une pierre dans mon chapeau : une autre pierre est tombée à côté d'un gendarme, qui a fait une retraite de corps très vive. Alors, M. le maire de Cavaillon a dit : H Mais on lance des pierres de la toiture, je vais voir ce que c'est. »
17 FEVRIKK 1876.
NEGATIVK
NOMS
DKS TKNroiNS.
DEPOSITIONS
De Bonadona,
maire de Ca-
vaillon,
entendu par la Commission.
De Banni eues
IJE ÎSali.es, entendu jiar la (Commission.
Je ne supposais aucune préméditation, aucune disposition hostile dans cette foule, aucun projet hostile.
L'évacuation so fit en bon ordre, au milieu des cris et des vocil'érations de toute espèce, poussés par les amis de M. Gambetta aussi bien r|ue par ceux de M. du Demaine. Mais j'aftirme que pas un coup ne Fut donné, pas une voie de fait ne fut commise à l'égard des personnes qui sortaient de l'hôtel...
... J'affirme que pas une pierre n'a été lancée du cercle catholique, et, si réellement il en a été lance sur la voie publique, c'est un fait certainement bien isolé, qui ne m'a pas été signalé par la gendarmerie et par les agents, un fait que je déplore, mais qui est certainement exagéré.
Une preuve évidente de cette exagération, c'est qu'on parle do boue lorsque le temps était parfaitement sec; qu'enfin les témoins cités dans le rapi)ort de 'SI . Achard nomment des personnes qui étaient à ce moment-là avec moi dans le cercle catholique.
Je ne sais qui a lancé ces pierres, mais il m'a été prouvé qu'un grand nombre de radicaux d'Apt se trouvaient sur la place. Ils étaient irrités contre M. Gamttetta, et je crois qu'ils étaient venus, non pour l'applaudir, mais pour lui porter tort. Ma conviction intime est que ces pierres ont été lancées par eux. J'affirme que les hommes qui étaient avec moi étaient incapables de lancer des pierres qui, d'ailleurs, pouvaient retomber sur nos amis.
Complicité des autorités dans l'affaire de Cavaillon.
AFFIRMATIVE
NOMS
DES TÉMOINS
DEPOSITIONS
P]dmond Adam
Sénateur,
Commission.
BÉRIDOT,
entendu par la Commission.
Les manifestants s'étaient groupés, massés, ils semblaient fort bien commandés et fort déterminés. D'une des fenêtres de notre salon au io" étage de l'hôtel, on me montra le maire de la ville, un jeune homme, qui, se tenant au premier rang, fumait sa cigarette, faisait des signes, et se conduisait en véritable chef d'orchestre.
Je remarquai, en outre, que les gendarmes, au lieu d'être placés de manière à nous protéger , faisaient face à l'hôtel comme pour protéger les manifestants contre nous.
Un MEMimE DE LA soLs-CoMMissiON. — ^'otre impression est-elle qu'il (le maire) menait le mouvement?
M, Adam. — C'est mon impression.
M. le maire est arrivé au moment où j'étais occupé à fermer les croisées contre lesquelles on lançait des pierres. M. le maire me dit : « On lance des pierres de dessus la toiture ; » je lui répondis que ce n'était pas possible, qu'il n'y avait pas d'issue pour monter dessus. J'ajoutai : « D'ailleurs, ma tille vient d'être blessée j)ar ime pierre qui, sans doute, ne venait pas de la toiture. » Il me répondit : « Je vous dresse procès-verbal. »
M. le maire invitait M. Gambetta à sortir, lorsque la foule était compacte ; ses amis, au contraire , l'en dissuadaient. J'ai dit moimême à M. le maire que, à cause de la foule,
AFFIRMATIVE
NOMS
DES TÉMOINS
DEPOSITIONS
I des dangers qu'il y avait, je ne voulais pas ouvrir la porte.
3 ! Je vis M. de Bonadona; il portait quelque BoussoT, chose à sa bouche, je ne voyais pas de fumée médecin, de cigare, je ne puis affirmer qu'il sifflait.
entendu par la Le lendemain , 18 , M. Teston , maître Commission, d'hùtel, me raconta que le commissaire de police était venu, le 17 vers les 2 heures, lui dire de préparer le dîner pour uO à 60 personnes. M. Rémy était présent chez M. Teston lorsque M. le commissaire vint faire cette ' découverte.
4 J'y ai vu M. le maire et M. Ravel qui Chauvet, sifflaient tous les deux ; je les ai vus d'assez
entendu par la , près, de 4 à .5 mètres, et je les ai vus positi- Commission. vement qui sifflaient.
5 I J'ai vu, distinctement, venir vers l'hôtel Sarnette, I Béridot, une sorte de cortège, aligné comme
entendu par la un lycée en promenade, qui se faufilait dans
Commission, la foule vers l'hôtel. Il y avait, au milieu de
I cette sorte de cordon, M. le commissaire de
I police, reconnaissable à son chapeau marron,
et M. le maire. Ce cortège s'est groupé derrière
les gendarmes.
J'ai vu distinctement M. le maire ôter sa cigarette de sa bouche, pour siffler de l'autre main.
Rave.vu, entendu par la Commission.
J'ai remarqué que les gendarmes, rangés devant l'hôtel, avaient devant eux, comme à leur tète, une jjersonne qu'on m'a dit être le maire, M. de Bonadona.
Ils étaient à vingt mètres environ de l'hôtel, faisant face à l'hôtel. Ils étaient derrière la foule, et non pas entre la foule et l'hôtel. Ils
EMEUTE DE CAVAILLON
AFFIRMATIVE
NOMS
DES TÉMOINS
DEPOSITIONS
('.\l SAN,
entendu p;ir la Commission.