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roupes qu'ils conduisaient, corps de troupes composé d'hommes abusés qui croyaient à la démocratie impériale ou césarienne, qui croyaient que l'empire c'était la paix, qui croyaient à sa prospérité factice, qui croyaient à l'égalité sociale par l'empire. Eh bien, ce corps de troupes vous appartient naturellement; c'est une démocratie égarée qu'il faut gagner, ramener et garder. L'œuvre est facile. Il faut y employer la raison, le bon sens, la persévérance. Travaillons, Messieurs, et dans deux ans, dans trois ans au plus, il ne restera absolument que des épaves superficielles de l'empire, et tous les rangs de la démocratie seront réconciliés. {Salve d'applaudissements et acclamations.)
Donc ce que nous voulons dans la Chambre, comme dans le pays, c'est la politique d'union, une politique de concorde. Nous voulons poursuivre cette alliance entre les amis de la démocratie et ceux à qui, pendant trop longtemps, on a refusé leur part de lumières et d'influence dans l'Etat. Nous voulons continuer dans le pays et dans le Parlement cette politique de concorde, cette politique d'entente commune, cette politique de concentration des forces de tout le parti républicain dans toutes ses nuances, car c'est aujourd'hui qu'il faut faire nos preuves : preuves de bon sens et preuves d'expérience politique. Quand on est aux prises avec l'adversaire, quand on lutte pour conquérir la position qui vous est légitimement due, alors on peut se livrer à tous les éclats de sa passion, à toutes les suggestions de son tempérament ou de son cœur; mais, dès qu'on est vainqueur, la situation devient tout autre; il faut se surveiller doublement, car, comme le disait un ancien, il y a quelque chose de plus difficile à supporter que l'adversité, c'est la bonne fortune. Eh bien ! il faut que la démocratie apprenne à supporter avec modération la bonne fortune, parce que c'est le seul moyen de la mériter et de la garder. {Vifs applaudissements.)
Donc, n'énervons pas^ ne divisons pas, n'exaltons pas les forces du parti républicain. Concentrons-les, maintenons-les, et, sagement, simplement, sans phrases, sans éclat, sans précipitation, sans vouloir toucher atout, au risque de tout mêler et tout confondre, faisons la même politique que dans le passé. Je ne veux pas dire qu'il faille abuser de ce qu'on a appelé les concessions. Point du tout. Mais ce que je dis, c'est qu'on ne saura jamais trop user et même abuser de circonspection, de prudence et d'esprit d'attente. Il y a plus de mérite et plus de profit souvent à attendre une solution pendant quelque temps qu'à la précipiter et à en risquer le succès. {Très bien! — Bravos.)
Pour me résumer. Messieurs, je dis qu'en ce qui touche le passé, — ce passé électoral encore si voisin de nous, — la politique qui est nettement indiquée est une politique anticléricale et que, pour demain, dans le Parlement, la politique qui est également indiquée est une politique de liberté comme ligne de conduite générale et une politique de conciliation et d'union entre tous les groupes de la grande démocratie française pour les progrès ultérieurs.
Nous accomplirons cette politique, j'en ai le ferme espoir, car je crois que, mieux que personne, j'ai été à même de suivre, pour ainsi dire arrondissement par arrondissement, ces admirables manifestations du suffrage universel et que, par conséquent, j'ai pu me rendre compte de la composition de la prochaine Assemblée. J'en connais le personnel, je sais quels sont les hommes, d'où ils viennent, où ils tendent. Je le dis devant mon pays, avec confiance et avec orgueil pour lui : La majorité républicaine qui est là, cette majorité qui va aller siéger à Versailles, est une majorité d'ordre et de progrès pacifique et, surtout et avant tout, une majorité dévouée aux conquêtes de l'esprit moderne. {Applaudissements et bravos prolongés.)