‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 16 sur 68 · BUDGET DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

BUDGET DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Séance du 1 I février.

M. Bardoux, ministre de l'instruction publique, des beauxarts et des cidtes. — Je demande à la Chambre la permission de déposer sur son bureau un projet de loi pour lequel je réclame immédiatement la déclaration d'urgence.

« Messieurs, la France et la science viennent de faire la plus cruelle des pertes.

« Claude Bernard est mort '.

« Il n'était pas seulement le plus grand physiologiste du siècle, il était aussi le plus haut exemple de désintéressement. Jamais attiré par les côtés vulgaires, il passa sa vie à poursuivre la vérité et à la rechercher dans toutes ses profondeurs. (Nombreuses marques d'assentiment.)

« Son œuvre est une de nos gloires. L'Europe savante, tributaire de son génie, porte avec nous le deuil. Vn pays s'honore en vénérant ses grands hommes.

« Vous ne refuserez pas à Claude Bernard le témoignage public de vos regrets, et vous rendrez en même temps a la science un éclatant hommage en adoptant le projet que nous avons l'honneur de vous présenter.

« projet de loi

« Le Président de la République française,

« Décrète :

<( Le projet de loi, dont la teneur suit, sera présenté à la Chambre des députés par le ministre de l'instruction

1. M. Claude Bernard, membre de l'Académie de médecine, de l'Académie des sciences et de l'Académie française, professeur au Collège de France, président de la Société de biologie, né à Saint-Julien, le 12 juillet 1813, mort à Paris le 10 février 1878.

publique, des beaux-arts et des cultes et par le ministre des finances, qui sont chargés d'en exposer les motifs et d'en soutenir la discussion.

« Art. 1er. — Les funérailles de M. Claude Bernard auront lieu aux frais de l'État. (Marques d'approbation et applaudissements sur tous les bancs.)

« Art. 2. — Un crédit de dix mille francs (10,000 fr.) est ouvert à cet elfet au ministre de l'instruction publique, des beaux-arts et des cultes.

« Art. 3. — 11 sera pourvu à cette dépense sur les ressources générales du budget de 1878. »

Je demande la déclaration d'urgence et le renvoi du projet à la commission du budget.

M. le président. — Je mets l'urgence aux voix.

(L'urgence est déclarée.)

De divers côtés. — Votons tout de suite!

M. le président. — Je ne demanderais pas mieux que de répondre à la légitime impatience de la Chambre, mais le règlement s'y oppose.

Si la Chambre veut renvoyer le projet de loi à la commission du budget..., la commission pourra, dans quelques instants présenter son rapport.

Il n'y a pas d'opposition au renvoi demandé par M. le ministre ? (Non ! non !)

Le renvoi à la commission du budget est ordonné.

La commission du budget s' étant réunie immédiatement et ayant adopté sans débat le projet de loi présenté par M. Bardoux, M. Gambetta demande la parole :

M. le président. — M. le président de la commission du budget a la parole.

M. Gambetta. — Messieurs, pour répondre au désir qui s'est fait jour dans la Chambre, la commission du budget vient de se réunir sur les bancs mêmes de la commission et a adopté le projet de loi présenté par le Gouvernement. La commission du budget, interprète de l'unanimité de cette Chambre... (Très bien!), n'a pas cru pouvoir différer l'expression du sentiment qui doit animer, à cette heure, tous les membres de

l'Assemblée, en face d'une perte irréparable. {Très bien! t)'ès bien .')

Certes, la France scientifique peut montrer à l'univers bien des talents, bien des lumières, mais il est permis de dire que la lumière qui vient de s'éteindre ne sera pas remplacée. (Nouvelles marques d'approbation.)

M. Claude Bernard, en effet, était non-seulement pour le monde scientifique français, mais pour la science générale, universelle, l'inspirateur reconnu, le guide le plus assuré de la recherche scientifique, et, dans les luttes et dans les polémiques de la science, tout le monde lui décernait cet hommage, qu'il ne s'est jamais laissé aller ni à l'esprit de parti, ni à l'esprit de système, ni à la passion personnelle. (Très bien ! très bien !)

Je n'ajouterai, Messieurs, aucune espèce d'éloge; ce n'est pas à moi qu'il appartient de dire sur cette grande tombe, encore ouverte, quelle traînée lumineuse laissera son passage dans le monde scientifique.

Des voix plus autorisées, celles de ses collègues, de ses amis, doivent seules préparer le jugement de l'histoire ; nous saluons simplement l'entrée de Claude Bernard dans l'immortalité. (Vifs applaudissements.)

Le projet de loi est adopté à L'unanimité de 429 votants

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