A LA RÉUNION DU CIRQUE AMÉRICAIN
Nous empruntons à la République française du 21 mai le compte rendu suivant :
La réunion organisée par les conseillers municipaux du troisième arrondissement, au profit des victimes de la catastrophe de la rue Béranger1, a eu lieu hier, à deux heures, au cirque Américain, que MM. Myers avaient bien voulu prêter gracieusement. L'immense salle était comble. L'ordre, pendant toute la séance, a été parfait; les commissaires délégués par les conseillers de l'arrondissement, et qui portaient à leur boutonnière un ruban noir liseré de blanc, n'ont même pas eu à intervenir. Au moment où M. Gambetta, le président de la réunion, et M. Spuller, qui devait faire la conférence, ont pénétré dans la salle, des salves d'applaudissements ont éclaté et des cris répétés de : « Vive Gambetta! vive la République ! » poussés par l'assemblée entière se sont fait entendre.
M. Gambetta a pris place au fauteuil de la présidence. Il a ouvert la séance par les paroles suivantes :
Mesdames et Messieurs,
Je ne veux pas commencer cette réunion sans adresser, à tous ceux qui sont venus à ce pieux rendez-vous de l'assistance commune, un remercîment inspiré par une reconnaissance sincère et profonde.
1. Le 14 mai, une explosion terrible avait détruit deux maisons situées rue Béranger et causé la mort de plusieurs personnes.
24 MAI 1878. Ificf
Vous avez bien voulu vous arracher, les uns à vos occupations, les autres à vos plaisirs, pour venir apporter ici, avec votre présence, le tribut de votre obole pour la réparation, — dans la mesure où il est possible de réparer de telles infortunes, — pour la réparation de l'effroyable sinistre qui a désolé ce quartier et qui a soulevé la pitié, non seulement de Paris, mais, on peut le dire, du pays tout entier. Car il n'arrive pas à Paris de souffrir dans ses intérêts particuliers, comme dans ses intérêts généraux, sans provoquer immédiatement sur tous les points de la France les mêmes sympathies, le môme concours, le même esprit d'assistance et de sacrifice pour l'aider et le soulager dans le malheur qui le frappe. Cette réunion était donc véritablement nécessaire, elle a déterminé un concours que ses organisateurs étaient sûrs de rencontrer, car, quelles que soient les charges, quels que soient les sacrifices, les contributions, de tout ordre et de toute nature, pour les secours les plus divers — pourvu qu'ils soient légitimes — qu'on réclame de cette population parisienne, on la trouve toujours prête, et c'est d'elle qu'on peut dire qu'elle est inépuisable comme le génie même de la France. (Salves d'applaudissements . )
M. Spuller s'est alors avancé et a prononcé un discours remarquable, souvent interrompu par les bravos de l'auditoire.
L'orateur a tout d'abord expliqué la but de la réunion. Il a rappelé l'affreux événement qui a frappé Paris au milieu de l'allégresse où il se trouvait après la grande fête du Ier mai. Un immense cri de secours et d'assistance s'est fait aussitôt entendre. Tous ont fait leur devoir. On était anxieux, on voulait savoir le nombre des victimes, on courait au-devant du danger. Pendant quatre jours on travailla sans relâche, puis aussitôt on songea à secourir les malheureux. De tous côtés s'organisèrent des souscriptions, des représentations théâtrales. Deux sentiments se sont affirmés