‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 24 sur 68 · CIRQUE AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

CIRQUE AMÉRICAIN

entretenaient pour ainsi dire le feu sacré, ont toujours été reliés entre eux par le sentiment de la fraternité; ils en ont conservé le tutoiement. Victorieux, ils ont établi le suffrage universel, expression admirable de ce sentiment; c'est à nous qu'il appartenait de faire de ce suffrage ainsi obtenu un moyen de liberté politique et de gouvernement. Chez ces hommes auxquels nous devons tant, tout procédait de l'amour de la patrie; c'est ce culte que nous voulons entretenir, en instruisant nos enfants, en multipliant les réunions populaires. Nous voulons que la liberté, l'égalité et la fraternité échauffent les cœurs. Nous voulons que la France soit pour toutes les autres nations un objet d'envie, qu'elle soit vraiment ce coin de terre privilégié, béni, où tout le monde désire vivre, parce que tant de verdure la colore, tant de moissons y mûrissent, et qu'un ciel si doux l'enveloppe. Nous voulons, dans cette République, l'abondance et la sécurité; nous y voulons aussi la clémence, la concorde qu'on est en droit d'attendre d'une République démocratique. »

Toute la salle, après ce discours, a éclaté en applaudissements. On a ensuite demandé à M. Gambetta de vouloir bien prendre la parole. M. Gambetta s'est exprimé dans ces termes :

Mesdames et Messieurs, on me prie d'adresser à la réunion quelques paroles qui permettent à la reconnaissance des organisateurs de cette fête de s'exprimer par la bouche d'un de ceux qui la ressentent le plus profondément.

Que vous dirai-je après les paroles de mon ami Spuller? Est-ce que je peux reprendre, après lui, l'examen de cette épopée nationale? Est-ce que je peux tenter, après un effort aussi heureux, aussi passionné, aussi enthousiaste, et aussi légitimement applaudi, de retracer les nobles qualités de l'âme de la patrie française? Mais j'abuserais de votre patience... (Non! non! Parlez! — Applaudissements.)

On vous a, dans un langage, qu'on me permette de le dire, qui était, et par les beaux côtés, comme le

langage d'un véritable apostolat, on vous a prêché les vertus républicaines. Vous, Mesdames et Messieurs, tous faites mieux que de les entendre prêcher, vous les pratiquez. (B?'avos.)

Votre présence ici est le meilleur, le plus éloquent, le plus décisif, et j'ajoute le plus fortifiant des plaidoyers en faveur des vertus républicaines. Et si j'ai une impression personnelle à traduire pour ceux qui m'écoutent et pour ceux qui sont au dehors, c'est que plus je vais, plus j'observe, plus je constate les actes et la marche de la nation française, et plus il me semble que devient irrésistible et invincible ce mouvement qui, rapprochant tous les Français les uns des autres, ne laisse plus d'espérance ni à la division, ni à l'anarchie, ni à l'outrage, ni à l'esprit de corruption, ni aux querelles civiles; plus il me semble que nous touchons au moment béni, trois fois béni, où il n'y aura plus qu'une opinion, qu'un parti, qu'un drapeau, qu'une France ! (Explosion cl applaudissements. — Bravos et acclamations. — Cris répétés de : Vive la République! Vive Gambetla!)

Et c'est surtout, Mesdames et Messieurs, par ces vastes et populaires réunions que vous organisez spontanément, aussitôt qu'une émotion ou qu'une fête publique vous donne un rendez-vous anonyme auquel vous ne manquez jamais, c'est par là que vous êtes les ouvriers véritablement puissants et irrésistibles de ce travail de communion et de cohésion qui fait, laissez-moi vous le dire, que le monde nous a rendu son estime et son respect (Applaudissements unanimes), qui fait que les partis se lassent d'inquiéter, d'entraver, d'arrêter ce mouvement, qui fait que, toute la France étant d'un côté, les personnalités même les plus obstinées désertent l'autre côté et qu'elles désarment, car on ne lutte pas longtemps contre toute la France.

Eh bien, n'est-il pas temps, Mesdames, — vous surtout qui (Hes parmi nous la représentation de ce qu'il

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