‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 3 sur 68 · MARSEILLE · texte numérisé non relu

MARSEILLE

cultes de la situation. On persuada à tous « qu'il y aurait une véritable imprudence à ne pas ajourner certaines réformes jusqu'à l'heure prochaine où le pays aurait donné au parti républicain la majorité dans le Sénat, comme il la lui avait procurée dans la Chambre des députés, dans les conseils généraux et dans les conseils municipaux ». On resta Bdèle à La politique des résultats.

Ce furent ces sentiments qui inspirèrent à M. Gambetta le discours suivant, prononcé à Marseille, au cercle de l'Athénée méridional, au retour d'un court voyage en Italie (7 janvier 1878).

Mes chers concitoyens,

Je n'ai pas voulu passer par Marseille sans m'y arrêter quelques heures au milieu de mes amis, et m'entretenir avec eux de notre situation politique.

Cette situation est des meilleures : nous avons conjuré une crise dont les conséquences eussent été désastreuses pour notre pays; nous sommes aujourd'hui en possession du pouvoir, régulièrement, librement, avec des administrateurs républicains placés à tous les services publics.

Et pourtant je ne suis pas tout à fait rassuré. Ceux qui me connaissent savent qu'autant je suis optimiste pendant la lutte, aux heures de péril, autant je deviens inquiet après la bataille, aux heures de trêve... Pourquoi ? Parce que je redoute avant tout l'ivresse du succès, une faute commise par notre parti, un coup de tête de quelqu'un, une machination perfide de quelque coterie d'intrigants. Soyons patients et stratégistes, mes chers amis. Ne nous hâtons pas, une fois les maîtres du terrain, de courir sus à l'ennemi, sans nous inquiéter de ceux que nous laissons derrière nous et qui, au moment où nous nous y attendrions le moins, feraient feu sur nos troupes et profiteraient de nos imprudences. Au contraire, je demande à mon parti de faire une halte, de se maintenir dans

les positions conquises, de les fortifier, de les palissader, de les rendre inexpugnables.

Oh ! je ne me fais point d'illusions. La victoire n'est pas décisive encore, et je comprends les impatiences de cette vaillante démocratie à laquelle j'ai voué mon existence ; mais, pour le salut même de la République et de mon pays, je suivrai toujours cette politique de raison, de méthode, de résultats certains et réels, qui consiste à utiliser toutes les circonstances, à éviter toutes les fausses alertes, à ne mettre le pied que sur un terrain solide, reconnu, dont la propriété nous demeure acquise pour jamais. (Applaudissements.)

En 1869, dans ce même cercle de l'Athénée, il fut échangé entre mes amis politiques de Marseille et moi des paroles que je n'ai pas oubliées. Nous jurâmes tous de servir avec amour la cause républicaine. Nous l'avons tous servie avec des fortunes diverses, sous l'empire en combattant, le front haut, ce régime de corruption, sous la République en éclairant le suffrage universel, en cherchant à rendre définitives les institutions qui la régissent.

Dès cette époque, dont j'aime à me souvenir, je vous dirais ici : « Je suis un homme de gouvernement, et non pas un homme d'opposition ; ce que je veux, c'est l'avènement au pouvoir de la démocratie française, car un an de pouvoir est plus fécond que dix ans d'opposition héroïque. » Aujourd'hui , je vous le répète, plus pénétré encore de ma conviction d'alors : « Je veux le maintien du pouvoir entre les mains des républicains, car le pouvoir avec ses difficultés est préférable à quelques jours d'opposition dont l'éclat ne remplace pas la stérilité. »

Voilà pourquoi il faut que la majorité actuelle de la Chambre, qui est républicaine, et républicaine d'une manière sérieuse, irréprochable, croyez-moi, il faut que la majorité de la Chambre soit ministérielle aussi, afin que nous arrivions au mois de janvier 1880 sans

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