MARSEILLE
secousse, sans accident, et que nous doublions le cap des élections sénatoriales. {Assentiment unanime.)
Mes chers concitoyens, mes amis, ne diminuons pas les forces de la démocratie, ne nous séparons pas, soyons les serviteurs unis de la démocratie nationale. Par votre cohésion, par la convergence de vos efforts, facilitez à vos mandataires l'œuvre de libération et de consolidation qu'ils ont entreprise, qu'ils mèneront à bonne fin, soyez-en sûrs, grâce à votre patriotisme, grâce à votre sagesse. (Applaudissements.)
La Chambre des députés, les conseils généraux, les conseils d'arrondissement, les conseils municipaux, possèdent une majorité républicaine. Dans un an, nous aurons également la majorité dans le Sénat, si les élections sont faites sous un ministère républicain, et je compte sur le bon sens du pays pour permettre à ce ministère de rester au pouvoir, de même que le ministère peut s'attendre au dévouement de la majorité parlementaire, dans le même but.
Quand on sera à l'abri des manœuvres réactionnaires d'un Sénat hostile au suffrage universel, quand nous pourrons marcher avec confiance à de nouvelles conquêtes, nous aurons bien mérité de la France et de la République. Mais jusqu'à ce moment, je vous le répète, pas de témérités, pas de dissidences, pas de fautes ! Faisons une halte et restons campés sur les positions conquises. (Bravos.)
Facilitez leur tâche aux administrateurs que la République vous a envoyés. Ils donneront justice à vos légitimes revendications, à la condition que vous contribuiez au maintien de l'ordre, au respect du gouvernement, à l'observation scrupuleuse des lois.
Je bois, en terminant, à la conservation du pouvoir par les républicains. (Applaudissements répétés. — Cris enthousiastes de : Vive la République! Vive Gambetta!)
SUR
UNE PROPOSITION DU VICE-AMIRAL TOUCHARD Prononcé le 21 janvier 1S7S
Le parlement avait repris sa session le 9 janvier 1878. La Chambre des députés aborda aussitôt la discussion ajournée du budget de 1878 (voir p. 104) et l'examen des divers projets de loi présentés par MM. Bardoux, Dufaure et de Marcère, sur la restriction des droits du pouvoir exécutif en matière d'état de siège, l'amnistie pour les délits de presse commis du 16 mai au 1 \ décembre 1 877 et la liberté du colportage. Elle continua en même temps la vérification de ses pouvoirs.
Nous avons raconté dans le volume précédent quels avaient été, sous le ministère du 16 mai, les scandaleux abus de la candidature officielle. La majorité républicaine résolut de réagir avec énergie contre ce système corrupteur. Elle eût été dans son droit en invalidant en masse tous les candidats officiels qui avaient accepté l'affiche blanche. Dans un esprit de modération, elle préféra examiner pour chaque élection si la liberté des électeurs n'avait pas reçu de la pression administrative une coupable atteinte. Ce fut cet examen minutieux, plus pénible sans doute qu'un examen général, qui ne larda pas à exaspérer les députés réactionnaires. Après avoir agité pendant quelques jours la question d'une démission et d'une retraite en masse, ils se décidèrent à formuler leur protestation dans une étrange proposition.
Le dépôt de cette proposition par le vice-amiral Touchard donna lieu, dans la séance du 21 janvier, au débat suivant :
M. l'amiral Touchard.* — J'ai l'honneur de déposer une proposition signée par MM. de Durfort de Civrac ', Jolihois 2 et par moi 3 et qui a pour objet de modifier les articles 4, o et 6 du règlement relatifs à la vérification des pouvoirs.
Nous demandons à la Chambre de prononcer l'urgence.
Aucune résolution n'est plus grave que celle qui exclut de cette enceinte un député de la France. L'invalidation des pouvoirs ne doit être qu'une mesure exceptionnelle : elle ne se justifie que si la nécessité s'en impose à la conscience de tous. (Applaudissements à droite.) Nous sommes aujourd'hui en présence d'invalidations qui réveillent le souvenir des assemblées de la Révolution. (Exclamations à gauche. — Applaudissements à droite.)
Les ajournements dont nous sommes les témoins ne portent pas une moindre atteinte aux droits des électeurs, car ils mettent en interdit pour un certain temps les circonscriptions dont ils paralysent les représentants. (Applaudissements à droite.) Tantôt ils se produisent avec l'appui des bureaux, tantôt contrairement à leurs conclusions, et surgissent de propositions improvisées et inattendues. (Bruit à gauche. — Applaudissements à droite.)
On frappe ici d'artciens députés en possession depuis longues années de la confiance de leurs compatriotes, quand aucune protestation sérieuse ne s'élevait, et quand leur élection ne semblait pouvoir être contestée. (Applaudissements à droite. — Bruit à gauche et cris : A l'ordre!)
M. le président. — Je ne puis pas laisser passer, — même dans des considérants — des paroles qui sont une critique et un blâme des résolutions de la Chambre. (Très bien! très bien! à gauche. — Bruit à droite.) J'invite l'orateur à retirer ses expressions. (Très bien! très bien! à gauche)
M. l'amiral Touchard. — Tantôt on accorde des invalidations à d'anciens membres qui, ne pouvant se résigner à