‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 39 sur 68 · M. Madier de Montjau, député de la Drôme · texte numérisé non relu

M. Madier de Montjau, député de la Drôme

notre journée, lorsque, sur nos pas, ces populations aimantes, généreuses, que vous connaissez tous comme moi, faisaient retentir des cris ardents, passionnés, à l'honneur exclusif de l'hôte éminent que nous fêtons, mon honorable collègue, tout en les remerciant, ne cessait de leur répéter d'une voix émue mais ferme : « Criez : Vive la République! Messieurs, criez : Vive la République! » Aussi serait-il le premier surpris, j'en suis persuadé, si les sympathies qui nous poussent vers lui, si les entraînements de l'hospitalité que nous lui offrons avec une joie si complète et si sincère, me faisaient porter ici d'abord un autre toast que celui qui est dans son cœur comme dans le mien, comme dans le vôtre avant tous : A la République! [Très bien! très bien! — Applaudissements.)

Que serions-nous en effet sans elle, nous tous qui sommes ici, Messieurs, et que serait devenu le pays? Le pays, à la fin du dernier siècle, il se fût abîmé dans les hontes et les misères de l'ancienne monarchie, et sous elle il eût disparu comme plus d'une fois il avait été près de le faire, morcelé par l'étranger. (Vive adhésion.)

Il se serait, sous une royauté nouvelle, plus rapprochée de nous, énervé, épuisé, dénaturé sans doute, corrompu qu'il était chaque jour par l'influence d'un gouvernement qui avait pour devise et pour maxime unique, non pas: « Soyons grands et moraux et faisons la France prospère! » mais seulement ce conseil jeté du haut de la tribune au pays par un ministre de l'orléanisme : « Enrichissez-vous! Enrichissons-nous! »

Et sous une autre monarchie, qui déjà l'avait conduit à Waterloo, il serait resté inerte et déshonoré, sans relèvement et sans espérance, dans la boue sanglante de Sedan ! (Applaudissements prolongés.)

Nous... nous serions serfs et manants taillables et corvéables encore à merci ; ou sous une monarchie soi-disant constitutionnelle, nous aurions le spectacle d'une comédie politique tendant à nous persuader que nous sommes les maîtres..., tandis que nous ne serions en réalité que des serviteurs, sinon encore des serfs.

De tout cela la République nous a préservés, nous a sauvés; mais ella a fait plus, elle fait plus chaque jour : non-seulement elle nous relève, mais elle nous élève. (Très bien ! très bien ! — Applaudissements.)

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