‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 40 sur 68 · VALENCE · texte numérisé non relu

VALENCE

Si nous vivons de sa vie, en effet, si de plus en plus son souffle s'infiltre en nos poumons, elle, de son côté, elle vit de nos actes, elle vit de notre volonté, elle vit de nos votes. (Bravos.) Dételle sorte fpue l'on peut dire qu'elle s'incarne en chacun de nous et que, du plus humble au plus considérable, chacun peut avec orgueil se dire, quand il la voit belle : « Je suis quelque chose de cette beauté » ; quand il la voit forte, grande : « Je suis quelque chose de cette force » ; quand il la voit pure : « Je suis quelque chose de cette pui'eté/ » (Très bien! — Bravos et applaudissements.)

Vous comprenez bien, mon cher collègue, que de ce point de vue, en parlant de la République, j'étais bien près de parler de vous (Très bien! très bien! — Vive approbation) et qu'en se fixant sur elle, ma pensée restait à côté de vous.

Nous savons, en effet, — et nous nous plaisons à le rappeler et vous souffrirez que nous le rappellions encore devant vous, parce que c'est notre plaisir, — nous savons ce que vous avez fait pour elle et ce quevous continuez à faire. (Applaudissements et bravos.) '

Vous avez été dans son établissement pour une part considérable. Vous avez été, deux fois, dans son salut pour une part considérable aussi. Dans son établissement, lorsque, le premier, n'étant pas encore monté à la tribune parlementaire, mais posant en quelque sorte, ce jour-là, au palais de justice, votre pied sur son premierdegré, vous avez parlé de ce gouvernement infâme que je nomme déjà en le qualifiant ainsi et pour lequel il ne faut pas chercher d'autre épithète parce qu'aucune autre ne vaudrait celle-là, vous avez parlé, dis-je, de l'Empire dans le seul langage où l'on eût dû jamais en parler. (Applaudissements prolongés et bravos.)

Lorsque, évoquant l'ombre» de mon ami Baudin, — mort sur cette barricade que nous avions construite ensemble, (Mouvement) — du martyr vous avez fait le vengeur, et, du gouvernement qui avait tué, le gouvernement qui allait être tué!

Vous avez, par votre sanglante ironie, par vos invectives indignées-; flétri sous leurs oripeaux toutes les ignominies, vous avez montré que l'on pouvait frapper au visage le Tibère idiot qui s'était nuitamment imposé par tous les

crimes à la France, sans qu'à la clarté du jour, écrasé sous la vérité, il T5sât rendre coup pour coup. Vous avez fait voir où et comment il fallait le frapper, et la France l'a frappé! (Salve d'applaudissements.)

Sur ce que vous avez fait pendant la guerre, je n'insiste pas, je ne m'arrête pas. Chacun le sait. Ils auraient, disentils, les hommes de Sedan, traité eux-mêmes et mieux de la paix ! Oui, comme quelque roi de Bourges, en donnant à l'ennemi la presque totalité de la France, pour en garder pour eux un lopin! Et, plus ahaissés que le roi de Bourges, ils l'auraient fait en sacrifiant à jamais tout l'honneur de cette grande France, en faisant d'elle pour toujours la plus humble et la plus avilie des nations. (Mouvement.)

Oui, par la continuation de la guerre, hélas ! plus de sang a coulé. Oui, comme cela était presque inévitable, nous avons fini par payer une dure rançon, rançon d'or et rançon d'hommes que nous pleurons chaque jour bien plus que l'autre; car qu'est-ce que l'or à côté des âmes humaines?

Mais nous sommes sortis des fanges bonapartistes de Sedan avec une âme encore et notre drapeau lavé!

En contribuant à cette œuvre, vous avez fait une bonne, une grande, une noble chose; au nom de mon pays, au nom de mes concitoyens, au nom de la patriotique Drôme, je vous en remercie. (Vive approbation et applaudissements unanimes.)

En terminant cette histoire de nos huit dernières années, sans trahir, n'est-ce pas, ce secret de nos délibérations que dix-huit hommes de cœur s'étaient juré de garder et qu'ils ont fidèlement gardé, je peux et je dois dire encore, moi, le contemporain de cette grande génération dont vous avez fait tout à l'heure un si bel éloge, que dans notre dernière et si redoutable crise je n'ai cessé de vous trouver, du commencement à la fin, de la première à la dernière heure, décidé, comme moi, comme tous nos amis, à aller jusqu'au bout plutôt que de laisser étouffer une fois encore la République et le droit, et je vous ai vu parmi les plus vigoureux ; au nom de la justice, je le dis avec une joie profonde. (Applaudissements répétés.)

Entre ces dejix pôles de votre carrière politique, — ■ vous l'avez rappelé vous-même et c'est pour celaque j'en parle, — je souhaite et j'espère le faire, sinon avec le même

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