LA TOUR-DU-PIN
de toutes parts ont envahi les quais de la gare et tous les alentours. La musique joue la Marseillaise ; les cris de : « Vive la République! vive Gambetta! » sortent de toutes les poitrines. M. Antonin Dubost, maire de la Tour-du-Pin descend du compartiment où il se trouve avec M. Gambetta, et, debout sur le quai, lni adresse ces paroles :
« Je vous présente les républicains de notre pays, heureux de venir vous payer le juste tribut de leur sympathie et de leur reconnaissance. Je n'ai pas besoin de vous dire ce qu'ils pensent, vous l'avez entendu durant tout le cours de votre voyage; mais il m'est permis d'ajouter que les sentiments qui vous ont été exprimés ailleurs ne sont nulle part ressentis plus vivement qu'ici, dans ce foyer de la démocratie dauphinoise. Cependant au bonheur de vous recevoir se mêlent de vifs regrets et comme une pointe d'amertume : vous aviez promis en effet de vous arrêter à la Tour-du-Pin ; des circonstances indépendantes de votre volonté vous en ont seules empêché. Mais nos amis espèrent que ce n'est que partie remise et que, dès que vous en trouverez l'occasion, vous leur consacrerez une partie de votre temps. Cela seul peut atténuer l'immense déception qu'ils ont éprouvée. C'est dans ces sentiments qu'ils vous souhaitent la bienvenue et qu'ils poussent ce cri qui vous va au cœur : Vive la République! »
« M. Gambetta répond :
Mes chers concitoyens, votre maire, qui est mon ami des premiers jours, mon compagnon et mon collaborateur dévoué, vous a exprimé exactement tout ce que je ressens. Je regrette bien vivement en effet, de n'avoir pu vous consacrer quelques heures. Je connais depuis longtemps votre dévouement à la démocratie républicaine, et je saisirai avec empressement l'occasion de vous voir. Bientôt je reviendrai, votre maire sera ici, et ensemble nous visiterons votre arrondissement. J'aurai plaisir à vous retrouver tous. D'ici là la République sera plus fortement assise encore, vous aurez fait des élections sénatoriales qui l'auront pour toujours rendue invulnérable. Donc, mes amis, au revoir!
« Les mêmes acclamations qu'à l'arrivée retentissent au départ. La musique joue le Chant du Vengeur.
Gare de Bourgoin, 7 heures soir.
« Malgré la nuit, une réception enthousiaste est faite à M. Gambetta.M. Marion, député, loi présente M. Degramon, maire de Bourgoin, entouré des conseillers municipaux républicains, et M. Pascal, conseiller général. M. Marion adresse à M. Gambetta ces paroles d'adieu :
« Illustre collègue et ami, au moment où vous allez quitter l'Isère, permettez à un de vos humbles collaborateurs de la Défense nationale, au représentant de la Tour-du-Pin, de vous dire adieu, ou plutôt au revoir, au nom des patriotiques populations qui vous ont acclamé sur votre passage. Quand vous reviendrez parmi nous comme vous l'avez promis, ce qui sera bientôt, je l'espère, la Bépublique, qui est aujourd'hui déjà, grâce à vous et au suffrage universel, un fait indéniable, indiscutable et surtout indestructible, sera devenue une grande et belle vérité politique et sociale. Au revoir, Gambetta; avant de vous quitter, permettez-moi de vous donner l'accolade fraternelle au nom de tous les républicains dauphinois. (Cris enthousiastes de : Vive la République! Vive GambeUa!
(( M. Gambetta répond :
Chers concitoyens, je vous remercie de votre accueil si sympathique, car je sais que vous saluez en moi la République que je sers. Au moment de franchir la limite du département de l'Isère, je tiens à vous expliquer tout le bonheur que m'a fait éprouver l'attitude des républicains de ce noble département. Oui, comme l'a dit votre député, après les prochaines élections sénatoriales, la République sera une réalité vivante ; elle pourra alors produire tous ses fruits. Je tiens aussi, relevant les paroles de mon ami Marion, à ajouter qu'il n'a pas été, comme il lui plaît de le dire, l'un des plus humbles collaborateurs de la Défense nationale : la vérité est qu'il en a été l'un des meilleurs
et des plus dévoués. Depuis dix ans que je le connais et qu'il est à mes côtés, je l'ai toujours vu luttant pour la liberté et pour la République. Dans la dernière crise, il faisait, je l'affirme, partie de ceux qui étaient prêts à tout, môme à donner leur vie pour le maintien de la République. Chers concitoyens, adieu, ou plutôt au revoir! (Acclamations. — Cris de : Vive la /République ! Vive Gambetta!)
Prononcé le 20 octobre 1878
Conférence de M. Martin Nadaud, député, sur la formation d'écoles
manuelles d'apprentissage au profit de la bibliothèque populaire
du XXe arrondissement)