‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 59 sur 68 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

peut respirer tranquille après avoir éprouvé de si longues inquiétudes, je pense qu'il serait imprudent, qu'il serait injuste et regrettable de contester les avantages résultant des délibérations du congrès. La France républicaine, qui a démontré à l'Europe combien est pacifique le but qu'elle se propose, a remporté à Berlin le plus grand succès qu'elle pût désirer; elle a contribué, en effet, à cette œuvre de pacification vers laquelle elle tend et dont elle a besoin. Or, en admettant même que le congrès de Berlin ne nous ait donné que la paix, je ne me placerai certainement pas au nombre de ses adversaires.

« Je n'étudierai pas maintenant en détail l'œuvre du congrès. Le traité de Berlin soulève bien des questions compliquées qu'on ne peut juger qu'après de longues réflexions. Mais, considéré dans son ensemble, je puis affirmer que le traité de Berlin a un résultat considérable d'où découlent des conséquences importantes pour mon pays. 11 a mis fin, en effet, à l'état de désunion dans lequel se trouvait l'Europe; il a mis fin à cette politique de combinaisons qui poussait chaque puissance, non pas à suivre la voie où la conduisent ses intérêts naturels, mais à une sorte d'agrégation artificielle où ses intérêts naturels étaient sacrifiés à des intérêts factices, et où, sous prétexte d'avoir un but commun, ou se cachait mutuellement le but véritable auquel on tendait. Le congrès de Berlin n'a certes pas encore amené le rapprochement logique des États européens, mais je crois qu'il a porté un coup fatal à cette agrégation factice à laquelle je viens de faire allusion, et qu'il a indiqué à chaque puissance la politique naturelle et logique qu'elle devrait adopter.

« Je n'examinerai pas actuellement la triple alliance formée en 1873. Je ne prétends pas dire que cette alliance était exclusivement dirigée contre la France. Je crois toutefois que, lorsque trois gouvernements

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