‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 6 sur 68 · XV ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

XV ARRONDISSEMENT

« Un tonnerre d'applaudissements a accueilli ces dernières paroles.

« M. Gérard a porté un toast aux anciens conseillers municipaux de l'arrondissement, MM. Topart, Xadaud, Herold.

« M. Henri Passé ;i lui aux nouveaux conseillers.

<( M. Martin Nadaud : « Si nous pouvons arriver, à force de conduite irréprochable, à faire comprendre à la société qui vit en dehors de nous que le peuple Français ne demande rien que par le travail, notre époque sera une des plus bienfaisantes de L'humanité. Pour arriver aux meilleures conditions possibles, il faut la liberté du travail. Depuis 1818, nous n'avons pas eu un gouvernement qui s'occupe autant du travail que celui que nous avons. Je dis que la France n'a pas à désespérer de son avenir. Nous voulons vous outiller pour travailler. Alors ce n'est ni l'Anglais ni l'Allemand « 1 11 i vaincront l'ouvrier français... »

« M. Herold dit qu'il se considère comme le sénateur du XXe arrondissement avant d'être sénateur de la Seine. Il rappelle que des élections sénatoriales auront lieu au mois de janvier 1879. Il y aura à remplacer soixante-quinze sénateurs, dont cinquante-deux appartenant aux groupes de la Droite et vingt-deux aux groupes de la Gaucbe.Nous aurons évidemment la majorité, et ce qui le prouve, c'est l'élection dernière des conseillers municipaux. Oui, dans l'avenir le Sénat sera ce que Gambetta disait il y a deux ans: le grand conseil des communes de France, et, comme Gambetta voit 1rs choses avant les autres, on dit qu'il se I rompe. [Rires et applaudissements prolongés.) L'orateur termine en portant un toast à l'union des communes de France en 1879.

« M. Charles Quentin, un des nouveaux élus, se lève au milieu d'applaudissements prolongés. En son nom personnel et au nom de ses collègues, il remercie les électeurs. « Nous sommes, dit-il, de la famille du XX1' arrondissement. Nous ne voyons pas en vous des électeurs, mais des collaborateurs. » Parlant de la bibliothèque, qui a été fermée dès le lendemain du 16 Mai — « on commence toujours dit l'orateur, par casser les réverbères » — il annonce sa réouverture prochaine.

« M. Garnier a ensuite donné la parole à M. Gambetta, qui s'est exprimé en ces ternies :

M. Gamhetta. — Mon tour est venu de porter aussi une santé dans cette réunion fraternelle, où vous avez déjà entendu l'expression des sentiments de bonheur, de contentement, de joie patriotique, d'espérance nationale, que mes amis, à quelques conseils électifs qu'ils appartiennent, sont venus porter devant nous. Le toast que je veux porter est le résumé de toutes ces bonnes et fortes paroles. Je porte un toast à la fermeté d'âme du parti républicain français. [Oui! — Très bien! — Iiravos.)

Oui, c'est à lui, Messieurs, mes amis, que nous devons de pouvoir nous réunir aujourd'hui librement, de pouvoir presque oublier les douleurs et les angoisses du passé, frapper en maîtres le sol parisien et regarder, l'œil tout plein d'espérance, les perspectives de l'avenir. C'est à la fermeté d'àme, à l'héroïsme déployés par la France pendant ces sept mois de désordre, de turbulence administrative et de complots non encore fouillés et châtiés, c'est à cette fermeté d'âme que nous devons de pouvoir saluer enfin la victoire du suffrage universel. (Vive adhésion.)

C'est donc vers ce suffrage universel lui-même que nos cœurs doivent se retourner pour lui adresser notre premier sentiment de reconnaissance et de foi. Oui, c'est par lui que nous avons vaincu. Il avait bien senti, comme je le disais dans notre dernière entrevue, qu'il était en jeu et que c'était de son existence qu'il était question. On ne voulait pas l'avouer, niais on a accumulé toutes les entreprises, toutes les pratiques, toutes les compressions, toutes les sophistications pour arriver à le surprendre, se réservant, le lendemain de sa défaillance, de le détruire. 11 a résisté et, au contraire, nous pouvons, dans cette Assemblée restaurée, dans cette Assemblée qui a reçu l'acte d'allégeance des pouvoirs publics de la République, nous pouvons, avec; cette majorité revenue victorieuse mais plus disciplinée, plus calme et plus froide encore

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qu'elle n'était partie, nous pouvons instruire le procès des ennemis du suffrage universel. (Vive approbation.)

J'entends quelquefois des gens qui se plaignent de la longueur de cette vérification de pouvoirs. Ah! ils ne savent pas ce qu'il en a coûté à nos amis, à nus frères de la province ! Ils ignorent, ceux qui font entendre ces plaintes, ce qu'on a accumulé de ruines privées, ce qu'on a accompli de vengeances odieuses, ce qu'on a entassé de persécutions misérables, abjectes. Ils ignorent à quel degré on a fait descendre les principaux agents de la force et de l'autorité publiques, que le soin d'un bon gouvernement est de redresser en les honorant, mais en les maintenant dans la sphère où les a placés la loi.

Il est bon que ces choses soient révélées et connues. Il est bon qu'il en soit fait justice. Non pas pour un stérile plaisir de représailles ; j'ai horreur des représailles en politique : c'est une perte de temps, au lendemain de la victoire, et je ne les veux pas plus chez nous que je ne les supporte chez les autres. (Adhésion unanime et applaudissements.)

Ce n'est pas par esprit de représailles que nous agissons; non! non! c'est par esprit de vérité, c'est par esprit d'enseignement, c'est parce qu'il faut que, jusque dans le dernier hameau de France, on sache à quels attentats on avait osé se porter contre la souveraineté nationale. Il faut que le suffrage universel connaisse l'étendue de ses droits et l'étendue des insultes qu'il a failli subir. C'est là l'éducation publique et politique et, dans un pays qui n'existe, qui n'a d'ordre, de stabilité et de puissance que par l'examen du suffrage universel, instruire, moraliser le suffrage universel, c'est instruire, c'est moraliser la nation, c'est assurer le présent, c'est fonder l'avenir. (Longs applaudissements. — Bravos répétés.)

Et le temps que vos députés passent à cet examen, à ce redressement, à cette enquête, ah! nos ennemis

seuls peuvent s'en plaindre, parce que c'est le temps qui sera le plus précieusement employé pour l'éducation politique de tous.

Il faut prévenir à jamais, en effet, le retour dans ce noble pays, ou des surprises hypocrites de ce qu'on a appelé, par une sorte d'ironie, l'ordre moral, ou des surprises brutales de la violence et de la force que l'on se réserve de faire ratifier, au lendemain, par des légions d'électeurs que la panique et la terreur courbent et poussent au scrutin. Il ne faut plus que de pareilles aventures puissent être tentées, et, pour cela, il faut donner par cet exemple, par cette démonstration publique, par ce châtiment de la publicité portée à la tribune, il faut donner à tous et à chacun le sentiment de sa dignité et le respect de sa volonté. [Très bien! t?Mès bien! — Applaudissements prolongés.)

Donc, nous continuerons cette enquête, cet examen, sans nous laisser émouvoir par les gémissements intéressés des uns et par les violences calculées des autres, Mais, soyez-en bien convaincus, nous ne laisserons pas pour cela chômer les véritables questions, les questions d'affaires, l'achèvement de cet outillage national dont vous parlait avec tant de chaleur mon ami Nadaud. Non! non ! il y a temps pour tout quand on donne son temps. {Applaudissements .) Il y a temps pour frapper les coupables au nom de la loi. Il y a temps pour faire des réformes qui, dans l'école, dans l'impôt, dans les travaux publics, dans l'administration intérieure, dans l'armée, dans tous les services publics, donneront aux forces naturelles, sociales, politiques du pays toute leur énergie, sans affaiblir, sans énerver l'Etat ; qui feront, au contraire, converger toutes les activités vers le but suprême : la grandeur de la France. Il faut que la Chambre donne au ministère, dont on vous a parlé tout à l'heure dans un langage que je ne saurais trop applaudir, l'appui éclairé, sympathique, dévoué, qui vient d'une conscience

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