‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 64 sur 68 · ALLOCUTION A LA DÉLÉGATION DE L'AVEYRON · texte numérisé non relu

ALLOCUTION A LA DÉLÉGATION DE L'AVEYRON

idées, ils vous demandent la permission d'acclamer, à côté de la République enfin bien vivante, l'homme qui a le plus contribué à la faire vivre : Vive la République! Vive Gambetta! »

« Après quelques paroles de remercîment, M. Gambetta a exprimé, dans un beau langage que nous regrettons de ne pouvoir exactement l'eproduire, les idées suivantes :

C'est un grand bien que ces délégations d'ouvriers envoyés des divers points de la France pour visiter la magnifique Exposition qu'a organisée le gouvernement républicain, au lendemain même des désastres que l'empire avait déchaînés sur nous. En visitant la capitale de la France, et en particulier le Champ de Mars, vous avez vu se révéler à vos yeux le génie même de la démocratie qui enfin triomphe, vivace et indestructible, sous sa forme naturelle, la République.

Revenus parmi vos compatriotes, vous leur direz combien est calme ce peuple parisien que dépeignent si turbulent les partis néfastes qui ne pardonnent pas à son intelligence politique de les avoir à jamais condamnés; vous leur direz combien sont injustes les méfiances de ceux qui ont voulu décapiter Paris en transportant le siège de nos deux grandes Assemblées à Versailles, où elles sont comme exilées, mais non heureusement à perpétuité.

Puis, vous aurez bien soin de faire que votre union fortuite, comme délégués envoyés ensemble à l'Exposition, devienne le point de départ d'une union constante entre vous, comme travailleurs, vous communiquant les uns aux autres les résultats de vos observations, comme patriotes, vous secondant les uns les autres dans la lutte contre les ennemis de la République, de plus en plus identifiée avec la patrie.

Ce que nous voulons, en effet, ce n'est pas une République inféodée à telle ou telle faction, ce n'est pas une République ou aristocratique, ou bourgeoise, ou plébéienne, c'est une République vraiment nationale.

Ceux-là sont dupes d'une chimère qui imaginent qu'il est prescrit et qu'il est possible au gouvernement de faire le bonheur de tous. Le gouvernement ne doit strictement à tous qu'une chose : la justice. Chacun s'appartenant, il convient à chacun de se rendre heureux ou malheureux par le bon ou par le mauvais usage de sa liberté. L'État se contente d'assurer également les droits de chacun, du pauvre comme du riche, du petit comme du grand.

Parmi ces droits, il en est un essentiel entre tous , c'est le droit à l'instruction, à l'instruction qui est la protectrice naturelle de la moralité, l'arme capitale dans la lutte de la vie, le préservatif le plus efficace contre la misère. Le devoir absolu des gouvernants est de la répandre partout à pleines mains et de faire que les lumières publiques s'accroissent de plus en plus, en même temps que seront allégées de plus en plus les charges publiques.

Soyez-en sûrs, la République, tout à l'heure définitivement assise, ne manquera pas à sa tâche de grande justicière et de grande éducatrice. Elle rendra de si importants services, elle s'appliquera si bien à être comme l'organisme vivant du droit, qu'elle achèvera de faire la conquête de tous les hommes de bonne foi qui ne sont pas encore convertis à elle. Quant à ses ennemis irréconciliables, je veux dire ces intrigants intéressés qui gagnent trop avec les régimes de privilège pour se réconcilier avec le régime du droit, ils continueront à calomnier la République et les républicains. Mais qu'importe? Laissons les dents de la calomnie se briser contre la pierre. Aux calomniateurs n'opposons qu'une réponse : Faire notre devoir.

Les paroles de M. Gambetta ont été accueillies' par des cris répétés de : Vive Gambetta ! Vive la République !

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