‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 65 sur 68 · AU DIRECTEUR DU « JOURNAL DES DEBATS · texte numérisé non relu

AU DIRECTEUR DU « JOURNAL DES DEBATS

/2 novembre 1878

Au cours des vacances parlementaires le Sénat avait perdu trois de ses membres, le général Chareton, M. Renouard et M. Dupanloup, évêque d'Orléans, sénateurs inamovibles. Les gauches du Sénat choisirent MM. de Montalivet, André et le général Gresley pour candidats. Les droites présentèrent une liste de coalition composée de MM. Oscar de Vallée, bonapartiste, d'Haussonville, orléaniste, et Baragnon, légitimiste *. Le Journal des Débats ayant vivement reproché à M. d'Haussonville son alliance avec un bonapartiste aussi déclaré que ;M. Oscar de Vallée, M. d'Haussonville adressa à M. Bapst la lettre suivante :

« Monsieur le directeur,

« Je vous reconnais parfaitement le droit de discuter mes opinions et de m'accuser de mobilité, d'inconsistance et de scepticisme. Libre à vous de rappeler la campagne d'opposition irréconciliable que mes amis et moi avons menée contre l'empire. Quels étaient ces amis? Voilà où vous vous trompez étrangement, et c'est mon droit de rectifier vos assertions.

« Pendant toute la durée de l'empire, j'ai eu le bonheur de marcher d'accord avec M. Thiers, avec M. Guizot, avec M. Berryer, M. de Tocqueville, M. de Lanjuinais, etc. Ces

1. La liste des droites passa dans la séance du 15 novembre : M. Oscar de Vallée avec 141 voix, M. d'Haussonville avec 138 et M. Numa Baragnon avec 137.

Le général Gresley obtint 134 voix, M. Alfred André 126 et M. de Montalivet 125.

chefs de l'opinion libérale et modérée ont souvent rencontré, dans ce que vous appelez mes salons, M. Bertin et quelques-uns des plus brillants écrivains des Débats; mais personne n'y a jamais rencontré ni M. Louis Blanc ni M. Gambetta.

« J'ai l'honneur de vous offrir, Monsieur le directeur, l'assurance de mes sentiments de considération les plus disgués.

« D'Haussonville,

« De l'Académie française. »

Le Journal des Débats répondit :

(( La rectification de M. le comte d'Haussonville porte sur un fait matériel dont l'exactitude ne sera certainement point contestée par nous après son affirmation. Il est parfaitement certain qu'à l'époque où M. d'Haussonville comptait parmi les chefs les plus ardents de l'opposition, M. Louis Blanc se tenait en exil à Londres. Quant à M. Gambetta, il importe peu de savoir s'il a été ou non dans les « salons » de M. d'Haussonville. Ge qui est sûr, c'est que M. d'Haussonville et M. Gambetta ont fait campagne ensemble et qu'ils ont eu, au moins deux fois, des rapports personnels : une première fois, lorsque M. Gambetta a soutenu, sur l'invitation de M. d'Haussonville, la candidature de M. Prévost- Paradol ; une seconde, lorsque M. d'Haussonville a apporté 500 francs à M. Gambetta pour subvenir aux frais d'une candidature ouvrière dans un quartier de Paris. Ces deux faits, dont le premier est à l'honneur de l'esprit conservateur de M. Gambetta, et le second à l'honneur de l'esprit très libéral de M. d'Haussonville, ne sauraient être contestés. Il serait facile de citer d'autres républicains qui ont eu, à cette époque, au moins des rapports politiques avec le candidat actuel des droites sénatoriales. La seule différence entre eux et M. d'Haussonville est qu'ils sont restés ce qu'ils étaient, et que nous retrouvons aujourd'hui M. d'Haussonville en compagnie de M. Oscar de Vallée. »

M. d'Haussonville adressa aussitôt à M. Bapst une seconde lettre :

« Monsieur le directeur, « Je n'ai jamais eu l'honneur, quoi que vous en disiez,

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