‹ Discours et plaidoyers politiques de M. Gambetta; (volume 5)Chapitre 8 sur 68 · XX« ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

XX« ARRONDISSEMENT

vernemont, et un gouvernement doit être, avant tout, un moteur de progrès, un organe de l'opinion publique,un protecteur de tous les droits légitimes et un initiateur de toutes les énergies qui constituent le génie national. [Marques d'adhésion.)

Un gouvernement tel que nous le comprenons ne peut véritablement exercer l'action légitime à laquelle il a droit au dedans et au dehors qu'en n'étant au dedans (lue l'expression de la loi, et au dehors que l'expression de la justice... (Vifs applaudissements), de la justice — car il y a une justice entre les peuples comme il y a une justice à l'intérieur des nations.

Mais ces considérations pourraient nous entraîner un peu loin. L'heure n'est pas venue pour la France de jeter les yeux ni trop loin ni trop haut. Vouée à la réparation de sa fortune, elle ne connaît que deux moyens d'y parvenir : le développement de l'intelligence et de la conscience de tous ses enfants, et en môme temps le développement de sa prospérité matérielle. [Adhésion.)

Le jour où elle aura atteint véritablement la réalisation de ce double progrès, d'être la nation la plus instruite, en ayant su rester la plus libre, comme d'ailleurs on ne peut pas contester qu'elle estla plus riche, je vous demande si, dans le choc des forces sociales qui se heurtent dans le monde, il y aura quelque part personne qui puisse regarder la France, je ne dis pas sans jalousie, — je dis sans respect ! [Salve d'applaudissements.)

Mais toutes ces choses : la stabilité, l'ordre, la liberté, le développement progressif et incessant de la grandeur française, tout cela, à l'heure actuelle, dépend de la sagesse persévérante, de l'union pratiquée du parti républicain dans toutes ses nuances du Nord au Midi, de l'Est à l'Ouest. Partout où une dissidence s'élèverait, partout où une discorde serait entretenue, on aurait le droit d'y aller, de chercher à

rapprocher les esprits, et, si on ne pouvait pas les vaincre, de se détourner d'eux, car là on ne comprendrait pas, je ne dis pas l'intérêt de la République, mais l'intérêt suprême de la patrie ! (Assentiment, général.)

Oui, je le dis, je le dis ici sur ce plateau de Belleville dont je m'honore d'être resté, sous les risées d'une réaction qui, à mon tour, ne me prête qu'à rire... (Hilarité), dont je m'honore d'être resté le représentant fidèle, — je le dis ici, parce que je l'ai répété partout ailleurs : oui, j'ai tenu à planter mon drapeau au milieu de vous, sawz-vous pourquoi? parce que j'étais sur que, le jour où Ton serait obligé de saluer et d'admettre votre bon sens, votre esprit politique, comme vous étiez à l'avant-garde de la démocratie, on pourrait se retourner vers la France, vers le monde, et lui dire : Est-elle donc bien ingouvernable, cette démocratie, quand on voit les plus vaillants, les plus ardents, les plus chauds, comprendre et pratiquer l'ordre, la sagesse, dans la fermeté et le patriotisme? (Acclamations et applaudissements. — Cris répétés de : Vive Gambella! vive la République!)

Mes amis, avant de nous séparer, je vous demanderai de vouloir bien avoir une pensée pour votre bibliothèque, et aussi pour votre école, puisqu'on eh a parlé, en faisant une petite quête qui serait, dans la mesure où chacun voudrait y contribuer, une sorte d'engagement et de lien, de telle façon que nous ne nous serions pas assemblés sans avoir donné une marque touchante, frappante de notre dévouement à la première de toutes nos œuvres : la régénération par l'esprit laïque I (Assentiment unanime et applaudissements.)

Le discours prononcé par M. Gambetta, le 27 janvier, fut commenté dans les termes suivants par la Critique pltilosophiqûe :

r,r, XX' ARRONDISSEMENT.

« Dans le discours qu'il vient de prononcer à Belle vU le, M. Gambetta a donné une très belle définition du gouvernement. « L'n gouvernement, a-t-il dit, doit être, avant tout, un moteur de progrès, un organe de l'opinion publique, un protecteur de tous les droits légitimes et un initiateur de toutes les énergies qui constituent le génie national. Un gouvernement, tel que nous le comprenons, ne peut véritablement exercer l'action légitime à laquelle il a droit, au dedans et au dehors, qu'en n'étant au dedans que l'expression de la loi et au dehors que l'expression de la justice : —de la justice, — car il y a une justice entre les peuples comme il y a une justice à l'intérieur des nations.

« dette définition du gouvernement, de l'État, ne peut s'appliquer qu'au gouvernement d'une démocratie, qu'à un État républicain. Il est clair qu'un gouvernement qui représente surtout l'intérêt d'une dynastie et l'intérêt d'une classe privilégiée, ne peut se donner pour mission de susciter, de développer et d'élever au maximum de valeur toutes les forces nationales.

« 11 y a, dans ces quelques mots de M. Gambetta, un but nouveau assigné à l'activité gouvernementale, et tout un programme politique auquel nous sommes heureux d'applaudir et dont nous appelons de nos vœux la réalisation.

« Ce programme, notons-le, ne s'accorde ni avec les vues pratiques et la tradition de l'école doctrinaire, ni avec les principes de l'école économiste, ni avec le socialisme anarchique des disciples de Proudhon, ni avec le nihilisme administratif de l'école évolutionnistc anglaise.

« Les hommes d'État de l'école doctrinaire n'ont jamais vu dans le gouvernement un moteur du progrès, un organe de l'opinion, un initiateur des énergies nationales. Ils le considéraient surtout comme un instrument d'ordre matériel et connue une force de résistance. Ils s'en servaient, non pour donner satisfaction, dans la mesure du possible, mais pour ôter toute espérance aux promoteurs de réformes. Gouverner, pour eux, c'était lutter sans cesse contre l'ennemi intérieur, c'était réfréner. Ils ne comprenaient pas qu'un progrès accompli en temps opportun est le meilleur et le plus sûr moyen de l'ordre. L'opinion publique n'était, à leurs yeux, quand elle venait conLredire leur orgueilleuse sagesse, qu'erreur dangereuse et folie perverse. Si la mo-

narchie constitutionnelle n'a pu vivre en France, il faut en accuser, croyons-nous, en premier lieu, la conception doctrinaire du gouvernement.

« C'est la tendance de l'école économiste et l'esprit de sa politique de réduire le gouvernement, comme une sorte de mal nécessaire, à un minimum d'attributions, de borner soit rôle au maintien de la liberté générale des échanges et des contrats. Proudbon n'a fait que pousser, pour ainsi dire, à l'absolu cette conception négative de l'État qu'on trouve exposée dans tous les écrits des économistes, lorsqu'il a présenté l'idée du gouvernement comme une pure idée de parasitisme, et lorsqu'il a soutenu ce paradoxe : que l'Etat, quelle qu'en soit la forme, quelque destination qu'on lui assigne, ne saurait jamais être qu'un organe d'oppression et d'exploitation, un obstacle au progrès, un mal à détruire. Quant aux disciples de M. Herbert Spencer, la défiance que leur inspire l'État est fondée sur leur foi au mouvement naturel de l'évolution sociale. Ils estiment que ce mouvement est nécessairement d'une très grande lenteur, mais qu'on ne gagne rien à vouloir l'accélérer; que le gouvernement, quand il agit, est incapable de prévoir toutes les conséquences de son action; qu'il n'a rien de mieux à faire que de laisser la société anda/re da se, parce que la violence aveugle des coercitions qu'il exerce ne peut que troubler, au détriment de tous, la marche générale du progrès.

« M. Gambetta nous parait avoir compris mieux que toutes ces écoles la nature et la destination de l'État et du gouvernement. L'Etat, comme il l'a dit avec toute raison, doit être un organe de justice et de progrès. Le gouvernement représente une association de consciences; il doit se considérer comme le mandataire de ces consciences associées, c'est-à-dire comme le serviteur de l'opinion publique. Il doit intervenir, directement ou indirectement, partout où son intervention est commandée par la justice, et, dans les limites de la justice, partout où il croit qu'elle peut être efficace pour le progrès. »

SUR

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