‹ Discours et plaidoyers politiques de M. GambettaChapitre 11 sur 55 · IV · texte numérisé non relu

IV

digé cette proclamation. Vous en avez indiqué une, vous avez parlé d*une communication qui venait d*Angleterre.

N'aviez-vous pas quelques autres renseignements lorsque vous avez jugé, dans les termes que vous avez employés, la conduite du commandant en chef?

M. Gambetta. — Les renseignements que j*indique sont de la dernière précision. M. le président du Conseil de guerre peut se faire remettre la dépèche de M. Tissot, qui est aux archives du ministère des affaires étrangères. A la date du 27 et du 28 octobre , on trouvera exposée la série des négociations de M. le général Boyer et de M. le maréchal Bazaine avec Tennemi, et j'ajoute que, pour moi, c'est d'après l'ensemble de ces documents que ma conviction s'est formée.

Je ne veux pas entretenir le Conseil d'une série de rapports qui avaient leur gravité , mais auxquels je n'aurais jamais ajouté la même foi ; ces rapports émanaient d'agents à nous , qui étaient placés dans le Luxembourg et qui nous renseignaient sur les allées et venues de ceux qui entraient et sortaient de Metz, en môme temps qu'ils établissaient des communications avec le quartier général prussien.

Mais, puisque la question m'est posée, je dois dire que les envoyés qui nous sont parvenus de la part du maréchal Bazaine et qui sont arrivés tous les trois, — MM. Waskiewitch, de Valcourt, et un troisième, dont le nom m'échappe parce qu'il n'est venu que très tard avec des renseignements tout à fait identiques et que , par conséquent, c'était une répétition à laquelle je n'ai pas ajouté autant d'attention qu'au récit des premiers, — je dois dire que ces messieurs qui étaient attachés au grand quartier général , l'un comme interprète, l'autre comme officier d'ordonnance, se trouvaient porteurs d'une dépèche qui nous apprenait que la place allait capituler ainsi que Tar-

mée; et que nous n'avons eu connaissance de cette dépêche que longtemps après, parce que nous n'en possédions pas alors la clef. Ces envoyés, Tun surtout, nous apportaient une série de renseignements sur lesquels nous les avons interrogés.

On leur a même demandé de déposer sous la loi du serment, tant on trouvait la chose grave; et ces renseignements, dont il a été dressé un procès-verbal, n'ont pas été démentis. Au contraire, les autres officiers qui se sont évadés de Metz, qui sont venus rejoindre la France et se sont mis au service de la Défense nationale, ont eu sous les yeux ce procès-verbal ; on leur a demandé de l'annoter , de le contredire, de le critiquer, et j'ai déposé dans l'instruction que cette pièce n'avait jamais subi une seule contradiction , quant au fond des choses.

Je le répète donc, en présence de cette déposition, déjà très grave, très significative d'un envoyé personnel de M. le maréchal Bazaine arrivant à Tours, lequel, après avoir remis sa dépêche, nous a décrit la série des actes sur lesquels vous avez à statuer aujourd'hui, nous avons pris la résolution de porter à la connaissance du pays, de la France, l'acte qui venait de s'accomplir à Metz; mais ce qui a donné une couleur positive, presque officielle, une quasicertitude à notre opinion du moment, — je parle du 29 octobre au !•' novembre, — ce sont les détails qui nous sont parvenus de Londres et de Bruxelles. Si je n'insiste pas sur le caractère ,tout à fait convaincant des renseignements qui nous sont parvenus de Bruxelles, c'est que vous aurez à entendre M. Tachard, et que je ne ferais que répéter ce qu'il dira lui-même.

Pour me résumer, en dehors de la question sur les communications, les renseignements que nous avons recueillis, avant même de faire la proclamation sur laquelle vous attirez ma réponse, étaient des rensei-

gnements officiels, posilifs, émanés de deux légations françaises, et ne laissant aucun doute, à mon point de vue et au point de vue du gouvernement que je senais, sur la culpabilité d*un commandant d*armée qui, au lieu de combattre, négociait avec Tennemi.

M. LE PRÉSIDENT. — Mousicur le commissaire du gouvernement a-t-il quelque question à poser au témoin?

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Je VOUdrais

demander à monsieur le député s'il se souvient d'une lettre qui a été reproduite dans un journal de Paris, au mois d'avril 1871, et qui émanait d'un des commandants de corps d'armée de larmée du Rhin. Je crois que l'existence de cette lettre a été connue de M. Gambetta, c'est pourquoi je le prie de faire connaître s'il s'en souvient.

M. Gambetta. — En avril 1871?... Je ne me rappelle pas.

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Il s'agit d*une

lettre qui a été, je crois, publiée d'abord en Allemagne, au moins de décembre 1870, puis qui a été reproduite dans un journal de Paris, la République française, au mois d'avril 1871 (1).

M. Gambetta. — Vous devez vous tromper, monsieur

le commissaire du gouvernement; en avril 1871?

Je ne crois pas du tout... Si vous aviez la bonté de me préciser un peu la question, do manière que je puisse savoir à quoi vous faites allusion?

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Ma qUCStiOU

avait pour but de vous amener à vous rappeler certain pasi^age de cette lettre qui a été citée par le journal la République française et dans lequel il était dit : « Oui, vous avez raison, on nous a cruellement trompés à Metz, par le tableau lamentable qu'on nous a fait ^»e létat de la France au retour du général Boyer à Versailles. ^

5 novemb?rr877. """"""'^ '^^ '^ R^ublique française a paru le

(c Nous avons été trompés aussi d*une manière indigne au sujet de raffaire des drapeaux.

« Je n*ai pas besoin de vous affirmer que le commandant de votre corps d'armée a été dupe comme les autres, en tout et pour tout. »

M. Gambetta. — Je me rappelle parfaitement cette lettre ; elle est du général Frossard.

C'est pour cela que j'avais l'honneur de vous demander de préciser votre question. En effet, je peux même mettre cette lettre à la disposition du Conseil, quoique je ne l'aie pas eue directement. Ce n'est pas à moi qu'elle a été adressée.

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — VouS UC l'a-

vez pas eue entre les mains?

M. Gambetta. — Je ne Tai pas eue, mais je l'aie vue ; et la personne qui en a pris copie et qui nous en a communiqué les extraits dont vous donniez tout à rheure une lecture nécessairement tronquée, puisque le journal n'a publié que des fragments, cette personne, dis-je, en était le destinataire.

Cette lettre a été écrite par M. le général Frossard, pendant la captivité, à des officiers qui, au nombre de vingt, je crois, s'étaient adressés à lui pour lui demander de s'associer à une protestation dirigée contre les manœuvres qui se pratiquaient alors à l'occasion d'un journal appelé, je crois, ie Drapeau^ et, à l'occasion de cette démarche, le général Frossard avait jugé opportun de s'en expliquer vis-à-vis de ces officiers.

Le général Frossard avait été blessé du ton qu'avaient pris ces officiers : il avait jugé opportun de s'en expliquer avec eux, et il l'avait fait dans une lettre dont les termes n'ont pas besoin d'être rappelés ; seulement, il avait terminé sa correspondance par oette allégation que vous relevez et qui est parfaitement exacte.

M* Lacuaud. — Je n'ai qu'une question que je prie

102 ORAND-TRIANON.

M. le président de vouloir bien adresser à M. Gambetta; car le moment n*est pas encore venu de nous expliquer à notre tour et d'apprécier certains faits que le témoin a indiqués tout à Theure au Conseil. Actuellement, je me bornerai à demander à M. Gambetta, lorsqu'il a vu au mois d'octobre le général Bourbaki à Tours, à la dale qu'il indiquera, quels ont été les renseignements qui lui ont été donnés par le général sur la situation de l'armée de Metz et sur la possibilité de tenir encore.

M. LE PRÉSIDENT, au témoin. — Veuillez répondre au Conseil, si vous avez entendu la question de M. le défenseur.

M. Gambetta. — Je suis très heureux de la question, puisqu'elle me permet en effet de dire dans quelles dispositions d'esprit est arrivé à Tours le général Bourbaki, et de répondre en passant à une appréciation que j'ai recueillie dans sa propre déposition devant le Conseil.

Je crois avoir vu le général Bourbaki à Tours le 14 ou le 15 octobre, — il m'est impossible de préciser plus exactement la date. — Le général Bourbaki était sorti de Metz dans les conditions que vous avez apprises, et il paraissait fort désolé, fort inquiet de la déconvenue vers laquelle on l'avait fait marcher.

J'appris sa présence à Bruxelles par M. Tachard. J'ai toujours cru qu'en dehors des attaches antérieures et des liens de reconnaissance qui pouvaient rattacher le général Bourbaki à l'empire, il était, avant tout. Français et vaillant soldat. Je priai le général de vouloir bien se rendre à Tours; il y vint. Les explications entre nous ne furent pas longues. Je lui dis : « Vous êtes sorti de Metz; je ne veux pas savoir, je ne demande pas pourquoi vous en êtes sorti : il est très probable que vous l'avez fait sous des influences politiques; mais enfin, comme la France a besoin de votre épée, comme je ne suis pas ici pour faire de la

politique, je ne vous interroge pas sur vos secrets, si vous en avez... » G*est ainsi que débuta Tentretien.

Le général me parla de Tétat d*abattement et de non-confiance dans lequel il se trouvait. Il me dit : « Voyez-vous, quand les armées régulières, quand les vraies troupes ont échoué, il faut jeter le manche après la cognée. » Je lui répondis : « Général, vous reviendrez de cette opinion. Non, vous ne pouvez pas désespérer de la France, vous ne pouvez pas admettre que, tant que dans ce pays il y aura des hommes de cœur comme vous, tant que sur ce sol on aura, — et on a, — des ressources, on ne les fasse pas valoir, on ne les emploie pas, et qu*on ne lutte pas contre Tinvasion! » Il m'exprima que ce qui était la grande cause de ses inquiétudes, ce qui le faisait désespérer du succès, c'était l'absence de cadres, et, à ce propos, il entra dans quelques détails sur Metz.

Remarquez qu'il était sorti de Metz le 25 septembre et que, par conséquent, il ne pouvait guère savoir oti Ton en était le 14 ou le 15 octobre. Il me parla de Teffort héroïque et tout à fait suprême de l'armée pour faire une trouée, dans la journée du 16, ainsi que dans celles des 17 et 18.

Pour être complet, je dois ajouter qu'il exprima sa stupéfaction absolue de ce qu'on n'eût pas continué l'action du 14 au soir à Gravelotte et qu'on ne Teût pas recommencée immédiatement le lendemain matin. J'ai ces indications très présentes à la mémoire. Il m'entretint ensuite de l'état de fatigue de l'armée de Metz; il me dit qu'on avait perdu beaucoup d'hommes, qu'on avait entamé fortement les ressources de l'artillerie, que la cavalerie était en mauvais état, mais qu'on tiendrait là encore dix ou quinze jours. Je répète que nous étions alors au 15 octobre. Je lui répondis qu'on tiendrait probablement jusqu'au bout, qu'on ferait son devoir.

Je n'avais, à ce moment, aucune inquiétude sur le

104 QRAND-TRIANON.

dévouement du commandant en chef; je n'avais, par conséquent, absolument rien à objecter à celte manière de voir ; mais le général ne se prononça pas d'une façon précise, il ne me dit absolument rien, ni sur rétat des ressources en subsistances, ni sur Tétat des armements; il n'insista en aucune manière sur aucun de ces points, et, comme je lui faisais remarquer la situation dans laquelle nous nous trouvions, comme je lui faisais part des espérances que l'on pouvait encore nourrir et des efforts qu'il était de notre devoir de tenter, le général revint un peu sur lui-même; la confiance ne lui revint pas tout d'un coup, mais l'abattement cessa ; il se leva et me dit : « Eh bien, nous continuerons! »

Il ajouta môme ces mots, lorsque je lui offris le commandement immédiat des troupes de la Loire, qui étaient à ce moment derrière la Saône : « Non, j'ai une meilleure affaire. » Et, dans son langage si vif et si patriotique, il ajouta : « Je connais un coup merveilleux à tenter du côté de Sedan et de Carignan. Envoyez-moi dans le Nord, je ferai cette bonne opération ; et puis, cela me rapprochera de l'armée de Metz. »

Je le pris au mot, et, en voyant qu'au bout d'une heure do conversation il reprenait le dessus sur luimême et qu'il se promettait de tenter de nouveau la fortune des armes, je lui dis : « Partez, allez à Lille; vous y serez le maître, tout le monde vous obéira, faites ce que vous jugerez à propos de faire, taillez en plein drap et reprenez confiance! »

C'est ce qu'il fit.

Depuis lors, je l'ai revu une seconde fois; le découragement l'avait de nouveau repris, je dois le dire; il était fort peu porté à tenter la fortune. Je crois, — permetlez-moi de vous dire ce mol, — je crois qu'il y avait en lui une défiance d'une nature un peu politique; il était arrivé malheureusement qu'à cause de

son nom, il s*était élevé contre lui d'indignes accusations, d'indignes soupçons; j'avais même été obligé d'intervenir — et je l'avais fait très vivement — contre des gens qui s'étaient permis de l'outrager.

Eh bien ! je suis convaincu que le regret amer qu'il exprimait d'avoir quitté sa garde qu'il connaissait si bien, qu'il aimait tant, d'être sorti d'une place investie par un subterfuge qui ne lui permettait plus d'y rentrer, les défiances qu'il rencontrait dans la population civile, le désir qu'il avait de ne pas compromettre son renom militaire, je suis, dis-je, convaincu que toutes ces choses l'ont fortement impressionné, qu*elles ont agi sur son àme et qu'elles ont pu, non pas amollir son intrépidité et son courage, — qui ont été admirables à Villersexel et à Montbard, — mais lui faire perdre cette confiance, ce diable-au-corps qui en avaient fait le plus brillant officier divisionnaire de l'armée française.

Voilà ce que je sais du général Bourbaki; je suis convaincu qu'il a fait son devoir, qu'il l'a fait tout entier. Il n'a pas été heureux, mais on peut dire de lui : « Honneur au courage malheureux! »

M" Lacuaud. — Monsieur le président, je désirerais fort qu'une réponse fût faite à la question que j'ai posée. Aussi, je demande la permission de la préciser davantage.

Il m'intéresse, non seulement au point de vue de ma cause, mais encore au point de vue de l'histoire de mon pays, d'entendre le récit des conversations qui se sont échangées entre le ministre de l'intérieur d'alors et le général Bourbaki.

Je crois qu'il n'y a rien à relever en ce qui touche au courage dn général Bourbaki; ce n'est pas là la question. Les magnifiques services et le dévouement admirables du général sont hors de doute et je suis très heureux d'entendre le témoin en parler dans les termes qu'il vient d'employer; mais quant à présent,

n'ayant pas le droit de faire un discours, voilà la question première que je lui pose :

Le général Bourbaki a-t-il dit au gouvernement de Tours qu'il fallait se hâter de conclure un armistice, que les jours, et peut-être les heures, étaient comptés, et qu'il était impossible que Tarmée de Metz pût résister plus longtemps dans la situation où elle était? Je veux à cette question une réponse par un oui ou un non.

M. Gambetta. — Eh bien, non !

M. LE PRÉSIDENT. — Permettez, avant de répondre à cette question, attendez que je vous la transmette.

M. le défenseur vous a demandé si le général Bourbaki vous avait indiqué avec précision que les jours étaient comptés et qu'il était nécessaire de conclure un armistice pour sauver l'armée de Metz. C'est là ce que M. le défenseur a demandé?

M' Laghaud. — Oui, monsieur le président.

M. LE PRÉSIDENT, « M. Gambetta, — Vous avez entendu la question?... Veuillez répondre au Conseil.

M. Gambetta. — Monsieur le président, j'avais répondu, et je m'étonne que ce soit M® Lachaud qui n'ait pas saisi ma réponse. J'avais répété, — et je croyais que c'était une réponse catégorique à la question, — tout ce qu'a dit le général Bourbaki dans l'entretien que j'ai eu avec lui. Je déclare qu'il n'a été question d'armistice ni ce jour-là ni les autres jours, que le général Bourbaki n'a même pas parlé de mettre fin à la résistance ou de ne pas la poursuivre. 11 n*a été question, entre le général Bourbaki et nous, que de ceci : que l'armée de Metz, tenant jusqu'au bout de ses ressources, ne pourrait guère tenir plus de quinze jours. Voilà tout ce qu'a dit le général sur cette question.

M. LE PRÉSIDENT. — Vous avcz répouduàla question.

M. Gambetta. — Permettez, monsieur le président, si je n'abuse pas de votre patience...

M. LE PRÉSIDENT. — Parlez, mais renfermez-vous dans la cause.

M. Gambetta. — Je ne sais si j'ai le droit de répondre à une accusation^ ou plutôt à une insinuation qui a été portée dans la question qui m'a été posée.

M. LE PRÉSIDENT. — Vous dcvcz VOUS bomcr à répondre à la question. Je ne puis laisser s'engager le débat que sur des faits relatifs à la cause.

M.Gambetta. — C'est précisément, monsieur le président, ce qui fait mon scrupule...

M. LE PRÉSIDENT. — Je VOUS ai transmis la question posée par la défense. C'est celte question, telle que je vous l'ai transmise, dont vous devez tenir compte. La forme sous laquelle M. le défenseur vous Ta adressée lui appartient : cette question, je l'ai faite mienne, ainsi que je le devais. Vous venez d'y répondre; il n'y pas lieu de prolonger le débat. D'ailleurs, monsieur le député, vous n'ôtes nullement en cause devant le Conseil. Vous avez fait votre réponse, je ne crois pas qu'il y ait rien à y ajouter, à moins que vous n'ayez encore à fournir quelque éclaircissement de nature à intéresser le Conseil.

M. Gambetta. — Précisément, c'est un éclaircissement que je veux donner. J'ai retrouvé dans la déposition du général Bourbaki, et ensuite dans les paroles du défenseur, cette insinuation que le général se serait prononcé pour la paix ou pour un armistice. Je dois dire que jamais, jamais, il n'a été question de cela.

M* Lachaud. — Permettez-moi de dire, monsieur le président, qu'il n'y avait dans mes paroles aucune insinuation et que je ne peux accepter cette expression.

M. Gambetta. — Telle a été mon appréciation.

M® Lachaud. — J'ai devant moi un témoin dont je discuterai plus tard la déposition, et nous aurons ensemble à examiner de grandes choses. Je le ferai sim-

108 GRâND-TRIANON.

plement, avec la convenance qu'un avocat doit toujours observer; mais, que M. Gambetta le sache bien, ce que j'aurai à lui dire sera clair, et il n'aura pas à se plaindre de rencontrer des insinuations sous mes paroles.

M. LE PRÉSIDENT. — M® Lachaud, veuillez vous adresser au Conseil et non au témoin. C'est une question de forme; mais je tiens à ce qu'elle soit observée.

M" Lacuaud. — Mes paroles seront précises; je dirai ce que je veux dire, tout ce que je veux dire, et je parlerai devant le Conseil assez clairement pour qu'on ne puisse pas m'accuser de recourir à des insinuations.

M. Gambetta. — Jeles ai rencontrées, j'y ai répondu.

M. LE PRÉSIDENT. — Y a-t-il d'autres questions à poser au témoin? Monsieur le commissaire du gouvernement?...

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. — Non, mOUSiCUr

le président...

M. LE PRÉSIDENT. — Monsieur le défenseur?...

M* Lachaud. — Je n'ai pas d'autres questions à adresser au témoin.

M. LE PRÉSIDENT. — J'autorfsc Ic témoin à se retirer.

(M. Gambetta se retire.)

Le 10 décembre, le président du Conseil de guerre déclara les débats clos. Après quatre heures de délibération, le Conseil rentra en séance. Le président prononça le jugement suivant :

« Au nom du peuple français,

« Cejourd'bui, 10 décembre i873, le !«' Conseil de guerre de la 1" division militaire délibérant à huis-clos, le pi-ésident du Conseil a posé les questions suivantes :

« 1« Le maréchal Bazaine est-il coupable d'avoir signé, le 28 octobre 1870, à la tête d'une armée en rase campagne, une capitulation?

M 2* Cette capitulation a-t-elle eu pour résultat de faire poser les armes à cette armée?

« 3® Le maréchal Bazaine a-t-il traité verbalement ou par

écrit avec Tennemi, sans avoir fait préalablement tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur?

« 4« Le maréchal Bazainc, mis en jugement après avis du Conseil d'enquête , est-il coupable d'avoir, le même jour 28 octobre 1870, capitulé avec l'ennemi et rendu la place de Metz dont il avait le commandement supérieur, sans avoir épuisé tous les moyens de défense dont il disposait et sans avoir fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur?

« Les voix recueillies séparément, en commençant par le grade inférieur, le président ayant émis son opinion le dernier, le Conseil déclare :

« Sur la 1" question, à l'unanimité. — Oui.

« Sur la 2*' question, à l'unanimité. — OuL

« Sur la 3® question, à l'unanimité. — Oui,

« Sur la 4* question, à l'unanimité. — Oui,

c Sur quoi, et attendu les conclusions prises par le commissaire spécial du gouvernement dans ses réquisitions, le président a lu le texte de la loi et a recueilli de nouveau les voix dans la forme indiquée ci-dessus pour l'application de la peine.

« En conséquence, vu les dispositions des articles 200 et 210 du Code de juslipc militaire,

« Le Conseil condamne à l'unanimité des voix François- Achille Bazaine à la peine de mort avec dégradation militaire, et, vu l'article 138 du Code de justice militaire, déclare que Bazaine cesse de faire partie de Tordre de la Légion d'honneur, et qu'il lui est interdit de porter la médaille militaire.

« Le Conseil le condamne en outre aux frais envers l'État en vertu de l'art. 130 du Code de justice militaire.

« Enjoint au commissaire spécial du gouvernement de faire donner immédiatement, en sa présence, lecture du présent jugement au condamné devant la garde rassemblée sous les armes, et de l'avertir que la loi lui donne vingtquatre heures pour se pouiToir en révision. »

Immédiatement après le prononcé du jugement, le président et les membres du Conseil adressèrent au ministre de la guerre un recours en grâce. Le président de la République commua la peine de mort prononcée contre le maréchal Bazaine en vingt années de détention, avec dispense des formalités de la dégradation militaire, mais sous réserve de tous ses effets.

SUR l'ajoub.neme.nt

ou VOTE OU BUDGET OES AFFAIRES ÉTRANGÈRES

ET

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