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jugés, la démocratie demeura hésitante ; elle ne sut pas reconnaître qu'elle avait affaire à un homme plein de cœur et de droiture, à qui elle avait le devoir d'ouvrir ses rangs.
Je sais, Messieurs, et je puis révéler aujourd'hui que c'était là la douleur intime, la plaie secrète de d'Alton-Shéc. Il avait constamment lutté^ donnant sans compter sa vie, ses forces, à notre cause qu'il avait faite sienne. Sous la monarchie, en pleine Chambre des pairs, il avait prononcé une parole mémorable : « Je ne suis ni catholique, ni chrétien, » indiquant par là qu'il avait le sentiment exact et profond de l'ennemi le plus redoutable de l'esprit démocratique, de cet ennemi que nous devons toujours combattre, je veux parler de cet ancien esprit théocratique qui persiste dans les institutions et qui, malgré toutes nos révolutions, dispose encore des forces les plus vives de l'État.
Il a tenu à mourir comme il avait vécu, sans ostentation, mais aussi sans faiblesse; accablé par des infirmités nombreuses, qui nous l'ont pour ainsi dire enlevé par morceaux, il disait : « Je m'en vais, mais il me semble que je vois se lever l'aurore de la République. Et je suis certain que cette République atteindra à son apogée. Dites-le à mes amis ; ditesleur bien que je meurs dans la religion qui a été celle de toute ma vie : la religion de la France. »
C'est du pair de France converti à la République, c'est du patriote avisé qui, sous la monarchie môme, comprenait quelle place devait ôtre faite à la démocratie, que nous devons garder le souvenir. Il faut. Messieurs, ne point oublier ceux qui sont venus à nous, comme l'a fait d'Alton-Shée. Il s'est rallié à la cause des humbles, des déshérités, lui, l'homme des traditions aristocratiques, élevé parmi les privilégiés de la fortune, à une époque où le parti républicain ne se composait guère que d'une poignée de héros
qui luttaient, les armes à la main, pour le triomphe du droit et de la justice. A cette époque, le droit n'était pas encore reconnu. D*Alton-Shée fut de ceux qui se jetèrent dans la mêlée pour assurer la victoire, pour mettre entre les mains de tous cette arme nouvelle, incomparablement plus puissante que les anciennes et qu'il n*est au pouvoir de personne de nous arracher: le suffrage universel. D'Alton a lutté pour les grandes idées d'égalité et de justice qui dominent la conscience française. Il avait foi dans l'intelligence logique du peuple autant que dans ses sentiments généreux. Par là, Messieurs, il a donné un grand exemple qui sera certainement imité, maintenant que la France a conquis la pleine possession d'elle-même, et qu'elle peut envisager l'avenir avec quelque sécurité.
Ghers concitoyens, les rangs de la démocratie républicaine s'élargissent tous les jours. Notre parti en est arrivé à se confondre avec la nation elle-même. Ces progrès étonnants ont consolé les derniers jours de la vie si agitée de d'Alton, adouci ses dernières douleurs. Mais, en le quittant pour jamais, il faut emporter d'ici l'enseignement qui ressort de cette carrière marquée d'un trait si profond et si original. Il faut. Messieurs, que le souvenir de d'Alton-Shée nous aide à nous débarrasser de l'esprit d'exclusion. Oui, mes amis, prouvons à ceux qui nous calomnient et qui nous diffament que nous ne sommes pas des républicains intolérants ; démontrons que cette République, que nous finirons bien par fonder, sait accueillir ceux qui viennent loyalement à elle, et surtout ces fils éclairés de l'aristocratie qui embrassent sincèrement notre cause. Pourvu que les conversions soient sincères, désintéressées, pourvu qu'elles aient pour origine le sentiment de la justice, pour but le service de tous, il convient. Messieurs, de les accueillir. Dans une grande société comme la nôtre, qui a tout un