SUR UNE RÉPLIQUE DE M. CBARREYRON
ET
SUR LE PROJET DE LOI DE PROROGATION Prononcés les ii, iS et 31 juillet 1874
Nous avons raconté (page 214) que TAssemblée nationale, dans la séance du 15 juin, avait voté l'urgence sur la proposition de M. Casimir Perier tendant à l'organisation de la République, et sur le contre-projet de M. Lambert de Sainte- Croix tendant à la prolongation du provisoire. Dès le 17 juin, la commission des Trente se saisit de ces deux propositions, et le 28, après six séances de discussions longues et complexes, elle rejeta par dix-buit voix contre six la proposition de M. Casimir Perier. Le plan du duc deBroglie et de M. de Fourtou était ingénieux. Une fois repoussée par la commission, la proposition Perier ne pouvait plus être discutée par l'Assemblée que comme amendement, et, à ce titre, elle ouvrait le débat, elle serait rejetée, et le projet Lambert de Sainte-Croix resterait seul pour rallier les voix des indécis de tous les groupes et pour consacrer, sous une nouvelle étiquette, la continuation du statu quo, « Ce sera l'anarchie obligatoire », disait spirituellement M. Cézanne. M. Dufaure pénétra le plan du duc de Broglie et, pour
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le déjouer, demanda réiection immédiate d'un rapporteur chargé d'exposer les raisons du rejet de la proposition Perier. Naturellent MM. Batbie, Chesnelong et de Larcj s'opposèrent à cette demande, et M. Lambert de Sainte-Croix proposa de formuler en quelques articles les points essentiels des lois organiques à élaborer. La majorité delà commission se rangea à cette idée. « Les Trente nommèrent alors une sous-commission de trois membres ^ chargée de leur faire un rapport sur la manière dont il serait possible de chercher un moyen qui permit de trouver une façon dMmaginer une formule à l'aide de laquelle on pût essayer de proposer à l'Assemblée des résolutions rédigées en on projet propre à garantir les plus heureux effets, sans cependant que l'on ait rien fait du tout. » Cette boutade attribuée à M. Laboulaye caractérise à merveille l'œuvre bizarre qui fut préparée par ladite sous-commission et qui porte, dans l'histoire de l'Assemblée nationale, le nom patronymique de Ventavonat,
M. Dufaure ayant été battu dans la commission, le duc de Broglie se croyait assuré du succès, quand les légitimistes rentrèrent bruyamment en scène. Le 4 juillet, V Union publia un nouveau manifeste du comte de Chambord, et tout l'échafaudage, laborieusement élevé par les partisans da septennat personnel , s'écroula du coup. Le comte de Chambord déclarait en effet, dans ce document, « qu'il était prêt aujourd'hui comme il Tétait hier, » « que la royauté légitime pouvait seule sauver le pays, qui avait assez souffert, » « que la monarchie chrétienne et française était dans son essence même une monarchie tempérée, » et que, « la maison de France étant sincèrement et loyalement réconciliée, il était temps que chacun, dans sa conscience, pesât les responsabilités du présent et songeât aux sévérités de l'histoire ». Le centre droit fut consterné. « La lettre du 27 octobre a fait le septennat, s'écria un des amis du duc de Broglie, le manifeste du 2 juillet fera la République. » La prévision était exacte. Du moment que la terrible franchise du comte de Chambord rendait impossible la prolongation de la politique d'équivoque, il fallait renoncer au septennat personnel, qui