‹ Discours et plaidoyers politiques de M. GambettaChapitre 31 sur 55 · De Bordeaux à Versailles, p · texte numérisé non relu

De Bordeaux à Versailles, p

2<^ Tadj onction des plus fort imposés; 3^* l'inamovibilité. La fraction du centre droit qui marchait avec MM. Bocher et d*Audiffret-Pasquier céda sur les deux premiers points; le centre gauche sur le troisième.

« Dès que les délégués furent d'accord et qu*on sut que le maréchal de Mac-Mahon acceptait la nomination des sénateurs inamovibles par l'Assamblée, les groupes de la gauche furent convoqués. Le centre gauche adopta à Tunanimité des voix les propositions qui lui étaient apportées. Dans la réunion de la gauche républicaine, des objections se produisirent. La majorité se prononça contre Tinainovibilité et demanda que le nombre des délégués, nommés par les Conseils municipaux, fût proportionnel à la population de la commune; autrement le vote des villes serait étouffé sous les bulletins ruraux. Le bureau de la réunion soumit ces difficultés aux délégués des centres et du groupe Lavergne, qui, après une longue délibération, décidèrent de passer outre. Si Ton ne maintenait pas le projet tel quel, de nouvelles modifications seraient demandées de divers côtés, la discussion se rouvrirait et deviendrait interminable. Si Ton voulait réussir, il fallait aller vite et ne pas donner aux adversaires le temps de se reconnaître. La proposition Méplain,qui organisait la dictature militaire en donnant au maréchal de Mac-Mahon le droit de veto et le droit de dissolution, était là toute prête. II fallait choisir! La gauche républicaine accueillit ces raisons, et, à Tunanimile moins cinq voix, donna son adhésion au projet. M. Grévy figurait parmi ces cinq opposants.

« Restait le groupe de l'extrôme gauche, dont le concours était nécessaire. On craignait que de ce côté il n'y eût des résistances invincibles. La séance du 21 février, où l'Union républicaine discuta la question, a laissé dans Tesprit de tous ceux qui y assistaient un profond souvenir. Adversaires et partisans des transactions proposées sentaient que le sort môme de la République était '^n jeu. Il n*y eut point de place pour les personnalités, pour les récriminations. La discussion fut passionnée, mais grave. Les opinions adverses furent exposées avec une égale sincérité, avec un égal patriotisme. Ce fut M. Gambetta qui enleva le vote dans une allocution qui toucha jusqu'à ses contradicteurs. On raconte qu'à ses dernières paroles,

l'émotion des auditeurs était extrême, émotion qui gagna jusqu'aux délégués du centre gauche et du groupe Lavergne qui assistaient à la réunion. Nul spectacle plus grand, en effet, que celui de ces républicains ai*dents, convaincus, qui abandonnaient les traditions de leur parti pour accomplir un devoir, pour sauver la République en péril !

« L'accord était fait. La majorité était certaine. On décida de plus, pour éviter les pièges, pour que la majorité restât compacte et unie, de repousser tous les amendements qni seraient présentés au cours de la discussion, et de voter le projet Wallon tel qu'il avait été adopté par les groupes coalisés.

« La précaution n'était pas inutile. Dès la séance du 22 février, où la discussion commença, M. Raoul Duval déposa un amendement demandant Télection de tous les sénateurs par le suffrage universel. M. Raoul Duval voulait renouveler la tactique digne des bonapartistes et qui leur avait si bien réussi à propos de l'amendement Pascal Duprat. Mais cette fois le cas était prévu, et chacun était sur ses gardes. Un député de l'extrême gauche monte à la tribune : u M. Raoul Duval, dit M. Lepère, nous a rappelé que « sa proposition avait déjà été Tobjet d'un vole auquel « nous nous sommes associés. Seulement nous avons vu M ensuite M. Duval voter avec les bonapartistes contre Ten- « semble de la loi pour perpétuer le néant constitutionnel. « C'est un stratagème sans précédent, dont le pays ne sera « pas dupe. Ht je déclare que pas un de nous, qui sommes « partisans du suffrage universel, ne votera la proposition de « M. Duval. » Le débat dura quatre jours. La loi sur le Sénat fut adoptée par 448 voix contre 210 (24 février).

Le lendemain, l'Assemblée passa à la troisième lecture de la loi sur le pouvoir exécutif. Un seul incident marqua cette séance du 25 février, la lecture par M. de la Rochette du manifeste de l'extrême droite « qui rejetait sur l'Assemblée, devant Dieu et devant les hommes, la responsabilité des désastres où la constitution républicaine devait fatalement conduire la France. » Le général de Cissey protesta qu'il n'y avait pas eu de défaillances dans les régions du pouvoir, mais seulement abnégation et dévouement à la France. Puis on vota» et par 425 suffrages contre 254,

tu ASSEMBLÉE NATIONALE.

rAssemblée adopta Tensemble de la loi sur ror^anisation et la transmission du pouvoir exécutif.

La République était constituée.

Le soir même, à Tissue de la séance, les ministres remirent leur démission, et le président de la République chargea M. Bu If et de former un cabinet.

Le ministère ne fut constitué que le i i mars, après les plus pénibles négociations ; M. Buffet avait l'intérieur ayec la vice-présidence du Conseil, M. Dufaure la justice, M. Decazes les affaires étrangères, M. Léon Say les finances, le général de Gissey la gueire, M. de Montaignac la marine, M. Wallon Tinstruction publique, M. Gaillaux les travaux publics et M. de Meaux l'agriculture et le commerce.

Le 15 mars, le duc d'Audiffret-Pasquier fut élu président de TAssemblée, en remplacement de M. Buffet, par 240 voix contre 130 bulletins blancs.

SUR

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