IV
les améliorations et les progrès sociaux dont la République est le symbole aux yeux de la nation qui Ta si longtemps attendue. {Bravos et applaudissements prolongés.)
Messieurs, pour mener à bonne fin cette politique, allons lentement, sagement; à chaque jour suffit sa peine. L'année dernière, à pareille date, nous étions encore dans une période obscure, dans la mêlée; nous avions en face de nous des adversaires qui faisaient plus que de discuter, qui menaçaient. Quelques-uns conspiraient. Aujourd'hui toutes ces manœuvres sont déjouées ; cependant nous n*en avons pas fini avec les embarras, avec les intrigues : oui, mais un juge nous attend. Messieurs, je bois au 24 juin 1876, et je ne pense être démenti ni par les faits ni par la volonté souveraine de la nation, quand je dis qu'à la place de la République incomplète mais déjà rassurante d'aujourd'hui, nous saluerons, à cette date, l'aurore d'une République acceptée et reconnue comme définitive, d'une République assez forte pour n'avoir plus besoin de se défendre, de la République progressive et libérale, telle que la comprend et la veut la démocratie française. (Bravos répétés,) J'espère aussi qu'au lieu de nous réunir, mon cher Lefèvre, dans ce logis trop étroit, mais déjà plein d'amis, nous nous rassemblerons dans un local plus vaste, oh nous pourrons fêter, avec les absents que nous regrettons aujourd'hui, non pas Tavènement de la République, elle est fondée, non pas son établissement, il est acquis, mais le grand évènenement politique et social qui doit rendre à la France sa prospérité, sa force et sa grandeur, je veux dire la réconciliation de tous les Français sous les auspices d'une République où Ton verra enfin la bourgeoisie décidée à gouverner démocratiquement la France avec le puissant concours et l'appui confiant d'une démocratie émancipée et libérale. {Très bien/ très aient — Bravos et applaudissements prolongés.)
Le toast porté par M. Feray au Président de la République et que M. Gambetta rappelle dans son discours, était ainsi conçu :
« Messieurs,
« Je porte la santé de M. le maréchal de Mac-Mahon, duc de Magenta, président de la République.
« Lorsque l'an dernier, à pareil jour, j*ai eu Thonneurde vous proposer cette même santé, rappelez-vous dans quel état était le pays : partout l'inquiétude, Téquivoque, le provisoire avec ses conséquences funestes ; la France fatiguée, énervée, réclamait à grands cris un gouvernement défini, et à cette France, qui avait tant souffert, nos adversaires offraient pour seul remède à ses maux ce qu'ils appelaient la trêve des partis, consacrée, soi-disant^ par le pacte de Bordeaux.
« Les pouvoirs du président de la République, sans base assurée, manquaient de la force nécessaire pour garantir leur inviolabilité et nous donner la sécurité du lendemain ; ils manquaient de cette force, parce que la République, gouvernement de fait, n'était pas le gouvernement de droit.
« Cependant nous ne perdions pas courage ; nous sentions que le pays était avec nous. (Bravos,)
a Enfm, nous sommes arrivés au but : un grand pas, un pas immense^ a été fait; depuis le 25 février, la République est reconnue comme le seul gouvernement légal, comme le seul gouvernement régulier ; la République a reçu la consécration de la loi librement votée par les représentants de la nation ; nul ne peut l'attaquer, la mettre en question sans être un factieux. {Triple salve d'applaudissements,)
« Cet heureux résultat. Messieurs, nous le devons au patriotisme de l'Assemblée nationale, au patriotisme de ceux de nos collègues qui ont sacrifié leurs préférences personnelles pour se rallier au seul gouvernement possible, celui de la République.
« Nous le devons à la sagesse des républicains qui ont suivi le conseil que leur avait donné il y a quatre ans l'illustre M. Thiers, à l'admirable esprit de modération, de conciliation, dont a fait preuve le grand parti constitutionnel formé de tous ceux qui ont voté ensemble le 25 février, et
qui tiendront à honneur d'achever leur œuvre par le vote des lois complémentaires.
« Enfin, Messieurs, cet heureux résultat, nous le devons aux efforts dévoués, persévérants, infatigables, de ceux de nos collègues, que je n*ai pas besoin de nommer, (Jet Vorateur se tourne vers M. Gambetta) qui constamment sur la brèche dans ces moment décisifs, trouvaient dans leur amour de la patrie des accents irrésistibles pour persuader à ceux qui hésitaient encore qu'il fallait absolument accepter la Constitution qui leur était proposée, qu'il fallait l'accepter malgré ses imperfections, que là était le salut, et qu'en dehors il n'y avait que ruines et catastrophes.
« A ces collègues, que je suis fier d'appeler mes amis, la France sait ce qu'elle doit : elle ne l'oubliera jamais.
« Messieurs, dans cette journée glorieuse pour nos armes où le loyal guerrier dont je porte la santé, alors le général de Mac-Mahon, se rendit maître de la tour de Malakofi, inébranlable au milieu du carnage, il envoya au mai*échal Pélissier ces paroles sublimes par leur simplicité : J'y suis, j'y reste!
« Le maréchal de Mac-Mahon, président de la République, a accepté la Constitution du 25 février ; son passé nous est un sûr garant qu'il la maintiendra, qu'il la gardera contre les ennemis du dedans, comme il a gardé la lourde Malakoff contre les ennemis du dehors.
'< Pour accomplir cette tâche glorieuse, il aura le concours de tous les hommes modérés, de tous les bons citoyens, de tous les vrais conservateurs qui sont décidés à préserver notre pays de nouvelles révolutions, et avec ce concours il déjouera les intrigueb coupables de ce parti qui a amené sur la France la guerre, l'invasion et la ruine. {Applaudissements répétés et cris de : Vive la République !)
« Messieurs, je porte la santé du maréchal de Mac-Mahon, président de la République ! »
SUR