‹ Discours et plaidoyers politiques de M. GambettaChapitre 41 sur 55 · IV. u · texte numérisé non relu

IV. u

dernières paroles qu'a prononcées Thonorable garde des sceaux contiennent pour Tavenir une promesse. Nous savons qu'il est fidèle à ses promesses, à ses engagements ; nous sommes convaincus qu'à ce point de vue son langage est rassurant.

Mais avant lui... (Ah! ah! et applaudissements ironiques sur quelques bancs à droite,)

Mais avant lui, l'honorable ministre de l'intérieur.., {Nouvelles interruptions.)

Messieurs, si vous m'interrompez à chaque mot... {Humeurs à droite.)

A gauche, — Pariez! parlez!

M. Gambetta — ... l'honorable ministre de l'intérieur a porté à cette tribune un langage qu'il faut expliquer, juger, apprécier. (Marques d'assentiment sur plusieurs bancs à gaiîche, — Rumeurs à droite.)

Messieurs, je ne demande que quelques instants de patience, mais comptez sur la modération de mon langage et ne m'interrompez pas par avance. (Parlez! parlez!)

Je disais que l'honorable M. Buffet, après ce débat qui venait d'établir qu'il existe à côté du gouvernement qu'il représente et qu'il sert, de ce gouvernement issu de la Constitution du 25 février, un gouvernement occulte, et non pas un comité électoral, un gouvernement au service d'une maison ayant régné sur la France et déclarée déchue par cette Assemblée ; un gouvernement qui, sous prétexte de choisir les candidats et de faire de l'agitation électorale, porte la main sur tous les ressorts de la puissance publique, et travaille l'armée, la police, la garde républicaine, la magistrature... (Rumeurs à droite. — Très bien! très bien! à gauche.)

Je dis que lorsqu'il a été porté de pareilles révélations à la tribune, il est étrange de voir un ministre de l'intérieur se lever pour défendre... quoi? l'ordre public? la Constitution menacée? Non! pour plaider

les circonstances atténuantes en faveur du préfet de police.... (Très bien! et applaudissements à gauche) du fonctionnaire vigilant qui, à travers des résistances que nous connaissons, a pu...

M. LE viCE-PRÉsn)ENT DU CONSEIL. — Comment?

M. Gambetta. — Oui, Monsieur Buffet, à travers des résistances que nous connaissons... {Applaudissements à gauche.)

M. LE viCE-PRÉsiDENT DU CONSEIL. — Quclles résistances?

M Gambetta... — et dont nous suivons la trace aujourd'hui... {Nouveaux applaudissements à gauche.)

M. LE viCE-PRÉsiDENT DU CONSEIL. — Je demande à M. Gambetta d'expliquer ses paroles. Quelles résistances Taction du préfet de police a-t-elle rencontrées?

M. Horace de Gdoiseul, à Forateur. — Déchirez les voiles I

M. LE vice-président du CONSEIL. — Oui, déchirez les voiles.

M. Gambetta. — Je dis, Monsieur Buffet... {Réda" mations à droite.)

Est-ce M. Buffet qui m'interpelle? {Oui! — Parlez f)

Je dis qu*il n'est un mystère pour personne dans cette Assemblée, — et ne plaisantez pas avec un air indigné des objections, — il n'est personne ici qui ignore qu'il y a un parti, le parti du 24 mai, qui a gangrené la France de bonapartistes... {Exclamàtùms à droite. — Vive approbation à gauche.).», et que c'est ce parti qui a empêché, quand il était au pouvoir, la Commission d'enquête d'obtenir les pièces de la procédure, et que la résistance avait pris un corps : elle s'appelait M. Tailhand...

M. Tailhand. — Je m'honore de ma résistance I

M. Gambetta... — Et aujourd'hui l'apologie a trouvé un orateur : il s'appelle M. Buffet. {Bravos et applau^ dissements à gauche. — Murmures à droite. — Vive agi" tation.)

Eh bien, je dis que Theure est venue... {Ohl oh! à (bH)îte,) Oui, Messieurs, je dis que Theure est venue d*en finir avec les hésitations, les équivoques, les malentendus.

M. DE Gavardie. — L*heure du parti radical aussi est venue! {Exclamations à gauche,)

M. Gambetta. — L'honorable ministre de l'intérieur tourne depuis longtemps autour d'une question de cabinet , autour d'une crise ministérielle, mettant autant d'ardeur à la poser qu'on en a mis, d'un certain côté, à l'éviter. M. Buffet a choisi la belle occasion de la révélation du complot bonapartiste pour se porter de l'autre côté. {Exclamations à droite. — Bravos à gauche.)

Eh bien, je dis qu*il n'y a pas d'intérêt parlementaire, qu'il n'y pas de considérations de modération, qu'il n'y a pas de concessions faites, prodiguées et accumulées dans l'intérêt de la France... {Exclamations ironiques à droite),.. Oui, Messieurs, dans l'intérêt de la France ! {Interruptions et bruit.)

(M. de Gavardie prononce quelques mots qui se perdent dans le biuit.)

M. LE PRÉSIDENT. — Mcssicurs, sachez supporter avec calme la contradiction; gardez vos forces pour la réponse et ne les épuisez pas dans les interruptions.

M. Gambetta. — Je dis que nous avons accumulé les concessions ; ce n'est pas que nous les regrettions. Messieurs, nous les avons faites précisément parce que nous avions le sentiment qu'il fallait arracher le pays aux incertitudes, au provisoire qui le rongeaient, à une situation chancelante devant l'étranger... {Rumeurs à droite) et qu'il était nécessaire d'accomplir ce sacrifice solennel dans l'intérêt de la patrie ! {Applaudissements sur divers bancs à gauche.) . Mais il ne faut pas qu'à l'abri de ces concessions d'autres viennent se glisser dans la place, pour servir les intérêts de la faction détestée dont l'horreur et le

dégoût avaient un jour réuni tous les bons citoyens dans cette Assemblée. {Applaudissements à gauche, — Murmures sur plusieurs bancs à droite,)

Devant une pareille compromission, une coalition aussi honteuse, toutes les équivoques doivent disparaître et chacun doit reprendre son rôle. (Mouvements divers,)

Je soutiens, Messieurs, que lorsqu*on est venu vous révéler que votre magistratureétaitTobjet d'enquêtes de police, qu*on instrumentait dans tous les départements et dans tous les sièges pour connaître les opinions politiques, les pensées, les tendances de tous les magistrats ; quand on vous a appris que Tarmée elle-même était soumise , elle aussi , à ce système de comptabilité dirigé par M. Rouher, qu'on y tient état des services politiques et bonapartistes qui ont pu être rendus, qu'on crée des relations, qu'on pratique l'embauchage, — l'embauchage que vous avez raison de frapper sévèrement ; mais la loi est égale pour tous, et ceux-ci sont des conspirateurs comme on n'en a jamais vu! {Applaudissements à gauche. — /tumeurs à droite.)

Quand on apporte à cette tribune , dans un débat politique , plus de preuves qu'on n'en a jamais accumulé, plus de charges qu'on n'en a jamais rencontré dans aucun procès politique depuis plus de soixante ans, i) est au moins étrange de voir un ministre de l'intérieur se lever et dire : Je vais défendre, excuser mon préfet de police. {Applaudissements à gauche.)

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Ce u'cst pas le sens de mes paroles. Je n'ai pas fait d'excuses !

M. Gambetta. — Vous avez parlé l'autre jour, monsieur le ministre de l'intérieur, du gouvernement qu'on avait fondé le 25 février. Vous l'avez très bien défini, vous avez dit qu'il fallait que ce fût un gouvernement fort, respecté, mais limité. Eh bien, je vous le demande , ce gouvernement au nom duquel voué

avez le droit d*exiger Tobéissance et le respect de tous, savez-vous ce qu*il exige de tous, de nous tous? U exige qu'à côté de Tobéissance que nous tous donnons , tous nous donniez la protection et la sécurité pour la France. {Applaudissements à gauche.)

Est-ce cette sécurité que tous nous donnez, quand, deTant cette audace, ce C3misme de langage, tous reculez ? ( Vifs applaudissements à gauche. — Réclama" tUms et rumeurs à droite.)

Plusieurs membres à droite. — A Tordre I

M. LE président. — Monsieur Gambetta, lorsque tous aTCz parlé de faction tout à Theure, je n*ai pas releTé le mot parce qu*il ne peut s'appliquer ici à personne. {Interruptions à gauche.) Mais quand tous parlez du cynisme de langage...

M. Testelin et quelques autres membres à gauche. — Il a raison I

M. LE PRÉSIDENT. — Vous faites allusion à des orateurs, par conséquent à des collègues. Je tous engage à retirer cette expression.

M. Jules Gazot. — Elle sera ratifiée par la postérité 1

M. LE PRÉSIDENT. — Mousicur Gazot, Teuillez ne pas interrompre I Monsieur Gambetta , Teuillez retirer Totre expression.

M. Gambetta. — Gomment, Messieurs 1 que Teut dire ce mot que je Tiens d'employer? Cela Teut dire , j'imagine, que ceux qui, ayant prêté tous les serments, les ont tous Tiolés ; que ceux qui ont proféré à la tribune de l'empire comme aux tribunes républicaines les assertions les plus coupables et les mieux démenties par les faits, que ceux qui ont menti sur la France... {Exclamations sur plusieurs bancs à droite. — Applaudissements à gauche,), menti sur Rome, menti surle Mexique, menti sur Sadowa, menti sur la guerre, menti sur tout, sont cyniques quand ils parlent d'honneur etde probité ]po\iiiquB.{Applaudissements â gauche.)

M. LE PRÉSIDENT. — J'ai engagé Toraleur à retirer une parole qui m*a paru directement, personnellement blessante pour un de ses collègues. Il ne la retire pas; il en ajoute d*autres. Il n'est pas aussi évident pour moi que ces autres paroles s'adressent directement à ses collègues. Je n'en fais pas état; mais je demande que le mot auquel je viens de faire allusion soit retiré.

M. Gambetta. — Monsieur le président, ce mot existe dans notre langue et il y a des gens qui le méritent. {Oui! oui/ à gauche.)

A droite et au centre, — A Tordre î à l'ordre!

M. SiLVA. — Et le décret de déchéance?

M. LE PRÉSIDENT. — MousieuT Gambctta, sur votre refus de vous rendre à mon invitation, je vous rappelle à l'ordre. {Applaudissements à droite et au centre.)

M. Jules Cazot. — C'est le patriotisme que vous venez de rappeler à l'ordre. (Bruit,)

M. LE PRÉSIDENT. — Mousicur Cazot, vous interrompez encore, je vous rappelle à l'ordre. {Nouveaux applaudissements à droite, — Murmures et réclamations à gauche,)

M. Gambetta. — Non content de comprendre de cette manière le devoir de protection qui vous est imposé en face de complots pareils, de conspirations aussi flagrantes, le ministre de l'intérieur, comme s'il voulait d'avance panser et cicatriser les quelques blessures que le débat a pu causer au parti bonapartiste, s*est empressé de se tourner de notre côté et de chercher à établir une confusion contre laquelle je viens protester.

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — PaS du tOUt ! je

ne me suis pas tourné...

Quelques membres à gauche. — Si ! si 1

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je uc me suis pas tourné de votre côté , j'ai apporté à la tribune la déposition de M. le préfet de police.

A gauche, — N'interrompez pas !

M. Gambktta. — M. le ministre de Tintérieur vous a, en effet, donné lecture de deux passages de la déposition de M. Renault. Dans cette déposition, M. Renault, justement préoccupé des dangers que peuvent faire courir aux institutions établies les entreprises illégales, d*où qu'elles viennent, après s*ètre expliqué sur les bonapartistes , s'est expliqué sur le parti révolutionnaire.

A droite, — Il a bien fait !

M. DE Tréveneuc. — Et vous vous êtes reconnu ?

M. Gambetta. — Eh bien, je n*ai qu'un mot à dire : Nous n'en sommes pas ! {Bravos et applaudissements à gauche, — Exclamations et rires à droite,)

M. le ministre de Tintérieur a voulu par là tenter une diversion qui est à peu près de la même finesse que celle essayée hier par M. Rouher et aujourd'hui par rhonorable M. Haentjens. {Rumeurs diverses.)

Ce que je dis est tellement vrai et tellement de nature à soulever les protestations de tous mes amis qui siègent sur ces bancs {la gauche), qui sont les seuls défenseurs de la Constitution républicaine... {Oh! oh! à droite!) Gomment! vous le niez, vous qui ne l'avez pas votée et qui, tous les jours, Tattaquez! 11 faut une bonne fois en finir avec ces perpétuelles railleries. De quel côté sont les défenseurs de la Constitution du 25 février? Exisle-elle? Lui devez- vous, Messieurs, respect et obéissance? Expliquons-nous une bonne fois.

Quand nous disons que ceux qui siègent de ce côté {la gauche) sont les véritables défenseurs de la légalité, et qu'en cette circonstance précisément ils ont le droit de reprocher à M. le ministre de l'intérieur de ne pas faire bonne garde autour des institutions, de chercher par des imputations détournées...

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Comment, détournées !

M. Gambetta. — ... à assimiler avec les révolution-

naires du dehors les gens qui siègent dans celle Assemblée...

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je ne me suis adressé à aucun membre de TAssemblée. Je n'ai pas commis Tinconvenance que vous commettiez tout à rheure.

M. Gambetta. — Vous vous êles tourné de notre côlé.

Voix nombreuses à gauche, — Oui î oui ! C'est vrai !

Un membre à droite. — C'était bien naturel !

M. René Goblet. — Et vous avez ajouté à la déposilion de M. le préfet de police !

M. LE PRÉSIDENT. — Mousicur Goblet, vous n'avez pas la parole.

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je n'y ai pas ajouté une ligne.

M. Gambetta. — Vous savez très-bien...

(M. le vice-président du conseil se lève pour répondre.)

A fjauche, — A l'ordre, le ministre! N'interrompez pas!

M. Gambetta. — Je demande aux membres de la Commission de vérifier la citation.

M. LE vice-président du conseil. — Je l'ai copiée moi-môme.

A gauche. — N'interrompez pas! n'interrompez pasi

M. Gambetta. — Laissez-moi parler avant de m'interrompre.

Vous avez dit, en signalant ce parti cosmopolite dont vous savez bien que nous ne sommes pas, vous avez dit que « ce péril était plus près de nous ». Je demande si ces mots sont dans la déposition.

M. René Goblet. — Vous avez ajouté à la déposition ces paroles : « Ce péril est plus près de nous. »

M. LE VICK-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Nou , je les ai ajoutées en mon propre nom, et j'ai déclaré que je les ajoutais.

Je demande à donner une explication.

Nouveaux cm à gauche. — A Tordre ! N'interrompez pas I

M. LE PRÉSIDENT à M. Gambetta. — Permettez-vous

à M. le ministre de faire une courte observation?

M. Gambetta. — Tout à l'heure, quand j'aurai fini.

M. LE PRÉSIDENT. — Du momcut que M. Gambetta

ne le permet pas , je ne puis pas accorder la parole à

M. le ministre.

M. Gambetta. — Il est donc bien établi que vous cherchiez une diversion, que vous y comptiez, que toute celte politique repose en effet sur un malentendu que vous prolongez et que nous entendons dissiper.

Vous avez dit que vous veniez couvrir le préfet de police, car vous appelez cela couvrir vos fonctionnaires; vous êtes venu faire des amendes honorables...

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Comment! des amendes honorables?

M. Gambetta. — Oui, et vous avez dit : « Et ce péril est plus près de nous », vous l'avez dit en nous désignant.

M. le vice-président du conseil. — Mais non!

Plusieurs membres à gauche, — Si I si I

M. Edouard Lockroy. — Nous avons bien vu votre geste !

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Mais uon ! mais non !

(Plusieurs membres qui se trouvent debout dans le couloir, à gauche de la tribune, adressent à M. le vice-président du conseil des interpellations que le bruit empoche d'entendre.)

Voix nombreuses au centre et à droite, — En place ! en place I

M. LE PRÉSIDENT. — Jlnvitc tous Ics mcmbrcs qui sont dans les couloirs, à droite comme à gauche, à reprendre leurs places.

(MM. les dépatés qui s*étaient groupés en grand nombre dans les couloirs se rendent à Tinvitation de M. le président.)

M. Gambetta. — Ce que je tenais à établir dès à présent, c'est qu'une parole avait été ajoutée au texte même du préfet de police; quant au geste, M. le ministre de rintérieur déclare qu'il ne Ta pas fait. J'en prends acte. {Approbation à gauche, — Exclamations à droite et au centime,)

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Ce ne sont plus là des débats parlementaires.

M. Gambetta. — Messieurs, je crois cependant qu'il y avait un certain intérêt à représenter la citation que M. le ministre de l'intérieur avait faite tout à l'heure de la déposition de M. le préfet de police, car rien que le choix de cette citation et le mode de cette argumentation donnent la clef de toute sa politique.

L'honorable M. Buffet, dans des sentiments que je crois parfaitement loyaux et sincères, comme conservateur, s'imagine que la Constitution qui est sortie des journées des 24 et 25 février 1875 ne doit fonctionner, se développer et être appliquée que dans l'esprit et les sentiments, par les hommes et avec la direction administrative qui a présidé au gouvernement de combat.

M. DE Tréveneuc. — M. Thiers a dit que la République serait conservatrice ou qu'elle ne serait pas!

M. le PRÉSIDENT. — N'iuierrompez donc pas!

M. Gambetta. — Et alors il est bien naturel que, le jour où l'on vient à cette tribune vous révéler les progrès clandestins, occultes, ou à fleur de ciel du parti bonapartiste... (Rumeurs ironiques à droite) à fleur de terre, Messieurs; ^ il peut échapper des lapsus, même à vos plus grands orateurs... — il est bien naturel, dis-je, que le ministre de l'intérieur, héritier et représentant au fond de sa conscience de cette politique du 24 mai , cherchât à atténuer autant que possible

la responsabilité du parti bonapartiste et la gravité des accusations qui sortent de votre Commission d'enquête...

Quelques membres à gauche. — C'est cela ! ' M. Gambetta... — Parce qu'en effet, quel est le vrai coupable? Est-ce le parti qui a ramassé les armes qu'on lui a laissées, qui se sert des moyens de propagande qui sont entre ses mains, l'argent de Ghiselhurst, et le concours, la complicité des agents qui ont pu rester en fonctions depuis la chute de l'empire? Est-ce ce parti qui est responsable de ce qu'il fait? Non ! Les responsables , ce sont ceux qui ont voulu gouverner la République avec le concours, avec le contingent des hommes néfastes qui avaient perdu la France. {Applaudissements à gauche.)

Voilà où est la responsabilité, et voilà pourquoi le pays ne s'y trompera pas ; et en même temps qu'il reculera de dégoût devant la campagne bonapartiste, il ne chargera qu'une tête de cette responsabilité : M. de Broglie et ceux qui lui ont succédé. {Très bien! très bien/ et applaudissements répétés à gauche. — Exclamations à droite et au centre — Vive et générale agitafion.)

M. LE PRÉSIDENT. — La parolc est à M. le vice-président du conseil.

M. LK VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Jc UC paSSiOD-

nerai pas ce débat; je n'ai, personnellement, aucun goût pour les débats passionnés, et je crois qu'ils font rarement les affaires du pays. {Très bien! très bien!)

Sur divers bancs, — Vous avez raison !

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Mais il m'cst impossiblc de ne pas répondre en quelques mots au discours que vous venez d'entendre.

Vous vous rappelez. Messieurs, le motif qui m'a appelé à cette tribune. Un haut fonctionnaire avait été attaqué à propos d'une interpellation qui ne devait et qui ne pouvait, d'après votre règlement, s'adresser

qu'au ministre. Ce fonctionnaire , je suis venu le défendre, et je ne crois pas que mes paroles aient laissé dans Tesprit d*un seul membre de cette Assemblée Topinion que j'étais venu plaider en sa faveur les circonstances atténuantes. (Si! si! à gauche, — Non! non! — Très bien! très bien! et applaudissements au centre et à droite,)

y ai dit qu'il y avait deux choses dans la déposition de M. le préfet de police et qu'on s'était plu à n'en voir qu'une seule. (Très bien! très bien! à droite et au centre.)

J'ai ajouté que, comme M. le préfet de police, je crois qu'il y a un grand danger, une grande imprudence , — ce sont ses propres expressions , — à ne voir qu'un péril, à n'envisager qu'un côté de la situation. ( Vives marques d'approbation à droite et au centre.) Et je me suis fait une règle constante de me préoccuper de tous les périls et de ne pas faire de l'un d'eux une diversion à l'autre... {Applaudissements à droite.) Car c'est là une parole que je pourrais parfaitement renvoyer à M. Gambetta. [Très bien! très bien!)

Et puisque M. Gambetta recherche et scrute mes intentions et qu'il m'en attribue que je n'ai jamais eues , je pourrais lui demander , à mon tour, quelle est l'intention qui l'a amené aujourd'hui à cette tribune. (C'est cela! — Très bien! très bien à droite.)

Dans cette œuvre de préservation sociale et de défense des lois, j'ai été, — et ce sera une de mes grandes satisfactions le jour où je quitterai le pouvoir, — j'ai été constamment en harmonie parfaite avec l'éminent collègue qui siège à côté de moi. (Très bien! à droite.) Et, quand je dis à côté de moi, s'il est une chose qui m'étonne , c'est qu'il ne soit pas au-dessus de moi. Ses grands services lui assuraient incontestablement cette situation, et si elle m'a été conGée, ce n'est assurément pour aucun mérite qui me soit personnel , c'est un hommage que M. le président de la

République a voulu rendre à TAssemblée elle-même qui, pendant deux années, m'avait maintenu à sa tète. (Applaudissements à droite et au centre.)

Oui, j'ai été constamment d'accord, dans toutes les questions de politique qui ont été portées devant le conseil, avec l'illustre garde des sceaux. Jusqu'à présent, la tactique qui consistait à diviser le ministère pour l'affaiblir ne s'était produite que dans la presse : on n'avait pas osé encore l'apporter à cette tribune. {Très bien/ très bien! au centre.)

Et même on affectait de considérer, — sans vouloir discuter, sans vouloir dissiper les équivoques dont on se plaint aujourd'hui, — on affectait de considérer le programme que j'ai apporté à cette tribune, le 12 mars, comme l'œuvre exclusivement personnelle du ministre de l'intérieur.

Et bien! je suis heureux de dire, puisque l'occasion m'en est offerte et qu'elle m'est imposée aujourd'hui. — je ne l'aurais pas choisie, mais je l'accepte, — je suis heureux de dire à l'Assemblée que cette déclaration, qui renferme le programme et comme la charte du ministère, n'a pas été une déclaration écrite rapidement par le ministre de l'intérieur, soumise par lui à ses collègues au moment de se rendre à la séance ; non, le programme politique, les points qu'il indique, ont été l'objet des longues, trop longues négociations qui ont précédé la formation du ministère, et il n'y a pas eu un seul de ces points qui n'ait été défini , précisé, commenté, développé dans de nombreuses conversations. {Très bien! et applaudissements à droite et au centre.)

J'ai donc le droit de dire que j'ai parlé au nom du ministère tout entier, et la politique résolument conservatrice que ce programme expose est la politique du cabinet sans distinction; c'est le programme et la charte du ministère. [Très bien! très bien! à droite et au centre.)

Vous avez trouvé longtemps qu'il était à propos de dissimuler l'équivoque que vous dites exister, vous avez évité de nous demander aucun des éclaircissements que je me suis toujours déclaré prêt à vous donner. Et aujourd'hui, c'est moi que vous venez accuser d'avoir fait une diversion?... [Oui! oui! à gauche.)

A droite. — N'interrompez pas I Laissez parler !

M. LE viCE-PRÉsiDKNT DU CONSEIL. — ... parcc que j'ai porté à la tribune l'expression d'une opinion profonde, d'une opinion qui est celle de tout le cabinet I J'ai déclaré et je déclare de nouveau, non seulement à la face de l'Assemblée, mais à la face de la France entière, que celui qui viendrait me dire : « Il n'y a qu'un péril, ne regardez que ce péril-là... [Bruyantes intert*uptions à gauche. — Applaudissements à droite et au centre.), il y a un comité rue de l'Elysée, c'est ce côté et ce côté-là seulement qu'il faut envisager, ce comité seulement qui vous menace » ; je dis que toute personne qui tiendrait ce langage s'abuserait et abuserait les autres , surtout si cette personne était ou avait été ministre de l'intérieur, ayant à ce titre des facilités particulières pour apprendre ce que j'apprends chaque jour. Si, dans ma situation, j'avais tenu ce langage, je le déclare sur l'honneur, j'aurais indignement trompé la FreLUcel [Bravos et applaudissements prolongés à droite et au centre.)

Je ne veux pas , — l'heure est trop avancée , — bien qu'on m'ait provoqué, entrer dans l'examen du programme ministériel ; mais il y a un point dont j'ai déjà parlé plusieurs fois et sur lequel je reviens.

L'honorable M. Gambetta vous a dit que le grand tort du ministère actuel avait été de laisser aux anciens partis, et particulièrement au parti de l'empire, toutes ses armes. Si par ces armes l'honorable M. Gambetta entend les fonctionnaires qui ont servi sous le gouvernement impérial et qui servent encore très

honorablement et très utilement le pays aujourd'hui.. . {Bruyantes exclamations à gauche.)

Comment, Messieurs, vous accueillez ces déclarations par des rires et des marques de dérision qui semblent, en quelque sorte, contester rhonorabilité et la sincérité de ces fonctionnaires I

Eh bien , si vous contestez que ces fonctionnaires . donnent très honorablement aujourd'hui leur concours loyal...

Quelques voix à gauche. — Oui I à l'empire !

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — ... donnent aujourd'hui leur concours loyal au gouvernement établi par l'Assemblée, pourquoi ne suspectez-vous pas aussi la loyauté même des plus honorables membres de cette Assemblée qui, sans appartenir au parti républicain , ont cru faire un acte patriotique et loyal en ne refusant pas leur appui à ce gouvernement, soit au moment où vous l'avez établi, soit depuis? Car j'ai entendu avec bonheur la loyale déclaration que mon honorable collègue et ami M. de Kerdrel a apportée à cette tribune; et je l'ai considérée comme un des actes les plus patriotiques, les plus utiles qui aient été faits pour le pays. (Applaudissements à droite et au centre.)

Si je quittais aujourd'hui le ministère de l'intérieur, je n'aurais pas la satisfaction, malgré tous mes efforts, et quoique j'aie consacré à mes fonctions, je puis le dire, tous mes jours et une grande partie de mes nuits, je n'aurais pas, dis-je, la satisfaction de penser que j'ai rendu de nombreux services; mais il en est un que je considère comme très important, et ce service que je crois avoir rendu au pays, c'est la résistance absolue, inflexible, que j*ai opposée à tous ceux qui voulaient me faire sacrifier l'administration. (Bravos et applaudissements à di^oite et au centre.)

A gauche. — Les administrateurs bonapartistes!

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — C'CSt CCttC politique...

M.ToLAiN. — ... bonapartiste!...

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Ah! moii Dicu ! cette interruption me rappelle un souvenir : je me souviens très bien que, sous l'empire, toutes les fois qu'il arrivait à quelqu'un d'exprimer avec la plus grande modération, avec la plus grande prudence, une idée libérale, on lui disait : « Vous êtes un orléaniste! » {Très bien/ — Rires et applaudissements à droite et au centre.)

Aujourd'hui, quand il se rencontre un homme qui a le sentiment, — et ce sentiment, à l'heure actuelle, doit être le sentiment dominant, — un homme, disje, qui a le sentiment de l'autorité et qui veut la faire sentir et respecter, on lui dit : « Vous êtes un bonapartiste! » [Rires et applaudissements à droite et au centre,) El permettez-moi d'ajouter que, s'il était mérité, ce serait le plus grand éloge qu'on pût adresser au parti bonapartiste. {IntefTuptions à gauche,)

Puisqu'on insiste sur cette question des fonctionnaires, j'ajouterai qu'on m'a dénoncé comme bonapartistes à peu près tous les fonctionnaires qui relèvent du département de l'intérieur; on m'a signalé notamment, comme livrant leur département au parti bonapartiste, des préfets qui ont été nommés au mois de septembre 1870. {Rires à droite.)

Je ne me suis pas ému de ces attaques.

Je n'en ai tenu et je n'en tiendrai absolument aucun compte. {Très bien! très bien! à droite et au cenfre. — Bruit à gauche,) •

M. Edouard Lockroy. — C'est naturel de la part d'un ancien ministre de Tempirel

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Je répondrai un mot à rhonorable M. Lockroy.

Oui, j'ai été ministre indépendant, mais loyal, de Tempire ; et je ne me suis jamais permis, même avant le vote et à plus forte raison depuis le vote du 25 février, de tenir, sur la loi du 25 février, le langage ou-

trageant qui a été tenu dans une réunion privée par des personnes sur lesquelles M. Lockroy doit être renseigné. [Ah! ah! — Rires bruyants et applaudissements à droite et au centre.)

J*espère qu'il n'y a, Messieurs, dans mes explications sur les quelques points que j*ai pu aborder à une heure aussi avancée, rien d'équivoque. [C'est vrai! c'est vrai!)

L'honorable M. Gambettame rendra au moins cette justice. Eh bien, puisqu'il a déclaré que sa patience était à bout et qu'il avait comblé la mesure des concessions...

M. Gambetta. — C'est une erreur!

M. 1.E VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — ... en ce qul concerne le ministère.

A droite. — Oui! oui! C'est vrai!

M. Gambetta. — Je vous répondrai.

A droite. — Oui ! oui ! vous l'avez dit I

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Eh bien, je lui demande de conformer ses actes à ses paroles et d'apporter à cette tribune un ordre du jour... {Applaudis-sements à droite et au centre) ne s'occupant plus des bonapartistes, s'il le veut...

M. Gambetta. — Je demande la parole.

M. LE vice-président du conseil. — Je demande qu'on ne crée pas à nouveau l'équivoque dont on a la volonté de sortir. Je demande, puisque l'on attaque la politique du ministère, politique que j'ai le droit de porter à cette tribune, — et il n'y en a qu'une dans le ministère, — je demande que l'on ne retombe pas dans l'équivoque, et que l'on ne confonde pas ces deux choses distinctes : d'une part, l'interpellation qui, depuis longtemps, s'était écartée du ministère, la conclusion que vous voudriez donner à cette interpellation au point de vue de tel ou tel parti ; et, d'autre part, une motion franche, directe, loyale, de nonconflance dans le ministère. ( Vive appfvbation à droite et au centre.) Si vous n'osez pas...

A droite, — Ils ne Toseronl pas I

M. LK VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Si VOUS n'osez

pas porter à cette tribune cette motion nette, franche, directe, de non-confiance dans le ministère, je vous dirai que c'est vous qui créez Téquivoquel [Exclama-' lions à gauche. — Oui! oui! — Très bien! — Longs applaudissements à droite et au centre.)

M. Gambetta. — Messieurs, M. le ministre de l'intérieur ne touche pas encore à la réalisation de ses espérances : il n'aura pas aujourd'hui d'ordre du jour de non-confiance. [Ah! ah! à droite.)

Il y a une question posée : c'est la question de l'interpellation des bonapartistes.

A gauche. — C'est cela !

M. Gambetta. — Il y a une autre question qui est impliquée dans la solution de celle-là, c'est l'honneur de la commission parlementaire qui a agi en exécution de vos décisions. (Très bien! très bien! à gauche.

— Réclamations et interruptions diverses à droite.) Permettez^ Messieurs, j'ai écouté, sans interrompre,

M. Buffet...

A gauche. — Parlez î parlez I

M. Gambetta. — Je dis qu'à côté de cette interpellation qu'on a oubliée et écartée, et qu'il faut ramener, il y a l'honneur d'une commission parlementaire engagé. [Non! non! à droite.) Et la preuve, c'est que M. Buffet, qui est probablement absorbé par les méditations de résistance politique... [Murmures à droite.

— Très bien! à gauche) pour maintenir à leur poste les maires et les fonctionnaires de combat, hostiles à la République... [Inten^uptions à droite.)

Messieurs, il est inutile d'interrompre; j'irai jusqu'au bout de ma pensée.

A gauche. — Parlez ! parlez I

M. Gambetta. — Il est assez singulier qu'un ministre qui se présente à vous comme ouvrant les yeux et cherchant à saisir tous les périls, vienne dire qu'il n'a

pas lo, qaH n'z pas pris conaaissance du traTail de la Commîssioii. Yoîlà le ministre qne noos aTons! {Exdamaiwmsamcemireei à érmte, — ApphMéiiwemtmiM ei rirt$ irmtiqms à ^mmekt.)

M. LE jHXrnÈSBbwsTw: ansBiL. — Je n'ai pas le ces pièces, parce qu'elles m'ont para inutiles... Akf ak f agoMcke.)

M. Gambetta. — M. BulTet est tellement persuadé que sa politique est infaillible, que ses alliés et ses anciens amis les bonapartistes sont impeccables, qu'U n'a même pas pris la peine de lire le travail de la Commission.

Eh ! qu'est-ce que tous faites donc au ministère de l'intérieur? A quoi passez-vous vos journées et, comme vous le dites si bien, une partie de vos nuits?

31. LE vicE-PiÉsmEST DU C09SE1L. — Oui! uuc partie de mes nuits !

M. Gambetta. — Mais il me semble que lorsqu'une Assemblée s*est émue, que lorsqu'une Commission a travaillé, que lorsque la magistrature a fait des rapports, lorsque le préfet de police... {/nterrupiians â droite,)

J'avoue, Messieurs, que vous n*ètes pas tolérants. Je demande à donner la preuve à TAssemblée que je n*avais pas engagé témérairement ma parole, puisque... (S'ouvelles interruptions à droite.)

Messieurs, que l*un de vous soit chargé de formuler vos plaintes, mais je vous prie de ne pas m'interrompre à chaque instant. C'est intolérable I

Je dis qu'il est étrange, dans un débat de cette gravité, quand tout le monde sait la vérité, nous de ce côté, et les hommes placés au centre de cette Assemblée, et dont tout à l'heure vous invoquiez le respect de la parole donnée, — je dis qu'il est étrange, alors qu'un complot bonapartiste est révélé... (Dénégations sur quelques bancs à droite) qu'un ministre de Tintérieur vienne déclarer qu'il n'a rien su, rien lu, et qu*il

ne discutera pas sur ce point. {Nouveaux applaudissements à gauche, — Protestations à droite.)

Quelle question voulez-vous alors que nous posions, quand vous venez nous dire que vous êtes figés dans la politique de résistance? Contre qui cette politique? Contre les défenseurs de la République, probablement, puisque vous fermez les yeux sur les preuves des menées factieuses du parti que vous protégez tout au moins par votre silence et votre inaction. Voilà la vérité!

M. Ambroise Joubert. — Formulez un vote de blâme, alors!

M. Gambetta. — Monsieur Joubert, je vous ai dit que la question de Tinterpellation bonapartiste était pendante, qu'il fallait la résoudre, et que la diversion de M. Buffet ne pouvait pas porter ses fruits aujourd'hui. (Rires ironiques à droite,)

Quand nous aurons résolu cette question, nous aborderons Tautre; à chaque jour suffit sa peine. Pour aujourd'hui, notre peine est de voir à la tète de rÉtat des hommes qui parlent de résistance.

M. LE VICE-PRÉSIDENT DU CONSEIL. — Renverscz-lcs, alors! renversez-les!

M. LE COMTE DE Maillé. — N'en parlez pas, si ce n'est pas le jour pour vous !

M. Gambetta. — J'ai le droit de répondre aux allégations qui ont été apportées à cette tribune, j'ai le droit de les juger, j'ai le droit de dire à ce ministère, qui a eu notre concours, qu'il n'a plus notre confiance.

Messieurs, sans vouloir me laisser aller à des stra>tégies de parlement, je dis que vous n'avez qu'une question à résoudre : c'est de savoir si vous voulez inviter le gouvernement à agir contre les bonapartistes, et alors, quand M. le ministre aura décliné cette mission, ce jour-là nous lui refuserons et notre confiance et notre concours. {Vive approbation à gauche,)

Cette grande discussion finit misérablement. La Commission d'enquête demandait l'ordre du jour pur et simple ^ui impliquait seul la condamnation et la flétrissure des menées bonapartistes. M. Buffet déclara que, devant les accusations qui, dirigées eu apparence contre le seul vice-président da eonseil, atteignaient le cabinet tout entier, le gouvernement considérait comme un refus do concours le vote de Tordre du jour pur et simple, et qu'il réclamait l'adoption de l'ordre du jour de confiance rédigé par M. Baragnon. Les bonapartistes n'eurent garde de refuser la perche qui leur était si charitablement tendue. Ils adhérèrent à la proposition de M. Baragnon, qui perdait ainsi le peu de signification antibonapartiste qu'une vigoureuse allocution de M. Bocher avait essayé de lui donner.

L'ordre du jour pur et simple ayant été rejeté par 392 voix contre 264, les membres de l'union et de la gauche républicaines sortirent de la salle, et la déclaration de confiance fût votée par 573 voix contre 2.

M. Buffet triomphait : il avait fait rentrer M. Rouher, M. Gavini et M. Raoul Duval dans la majorité ministérielle. Huit jours plus tard (séance du 27 juillet}, il en excluait le centre gauche.

L'Assemblée se sépara le 4 août, après avoir voté les lois complémentaires à la constitution présentée par M. Dufaure. (Loi constitutionnelle sur les rapports des pouvoirs publics, promulguée le 16 juillet; loi organique sur les élections des sénateurs, promulguée le 2 août.) Elle avait voté, le 16 juin, malgré les efforts de MM. Challemel-Lacour, Jules Ferry et Paul Bert, la loi sur la liberté de l'enseignement supérieur.

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